Comme la plume au vent… une « plume de chaleur »…!

« Inédite », « exceptionnelle », tels sont les qualificatifs utilisés par Météo France pour parler de la vague de chaleur qui touche la France en cette fin de mois d’octobre. Malheureusement, on le voit avec les événements extrêmes à répétition, le « jamais vu » ou l' »exceptionnel » ont tendance à se répéter!

Actuellement, sur l’ensemble du territoire français, les températures dépassent largement les normales de saison, avec des pointes supérieures à 30°C relevées localement dans le Sud. C’est bien sûr une conséquence directe du réchauffement climatique, une expression beaucoup plus parlante que « changement » ou « dérèglement » régulièrement utilisées par les médias français.

Météo France confirme que l’on a bien affaire à une vague de chaleur car les températures nettement supérieures (souvent de 4 ou 5 degrés, voire plus) à la normale se sont installées durablement et concernent une large zone géographique.

Comme d’habitude, Météo France rechigne à inclure d’emblée la vague de chaleur actuelle dans le cadre plus global du réchauffement climatique. On nous parle d’une « poussée d’air chaud nord-africain », et même d’une « plume de chaleur » (!) qui serait à l’origine des canicules de l’été 2022. [NDLR :Je sens qu’on ne va pas tarder à nous parler de « duvet » pour faire référence au peu de neige qui va bientôt recouvrir nos montagnes!]

Météo France constate que des périodes de chaleur ont déjà été observées à l’automne, en septembre et en octobre, mais elles étaient généralement plus courtes et pas aussi tardives. En 2022, les prévisions la font s’étendre jusqu’à la fin du mois. Après, on ne sait pas.

Avec la vague de chaleur que nous connaissons, tout porte à croire qu’octobre 2022 sera le plus chaud jamais enregistré depuis le début des relevés en France. Une climatologue de Météo France reconnaît que « c’est un signal de l’emballement du changement climatique. » [NDLR: toujours pas de « réchauffement »!!]

Les données ne livreront une réponse définitive qu’en janvier 2023, mais l’année 2022 est bien partie pour figurer, une fois de plus, parmi les années les plus chaudes en France et ailleurs dans le monde. A moins que les mois de novembre et décembre ne soient particulièrement froids, mais les instituts météorologiques qui osent faire des prévisions à long terme ne vont pas dans ce sens. Toujours est-il qu’au vu des températures enregistrées entre le 1er janvier et le 24 octobre, l’année 2022 est bien, pour le moment, l’année la plus chaude jamais enregistrée dans le pays.

Un climatologue au CNRS explique que la situation soit-disant exceptionnelle de cette année « pourrait être la norme au cours du siècle. » et le réchauffement (enfin!!) climatique actuel, lié aux activités humaines, s’annonce pire que prévu en France. En 2100, la hausse de la température moyenne en France hexagonale risque d’atteindre ou même dépasser 3,8°C, soit un réchauffement potentiellement beaucoup plus important que prévu.

L’article paru sur le site de France Info n’en parle pas, mais les épisodes de sécheresse à répétition vont faire apparaître des problèmes d’alimentation en eau dans certaines régions. Sans parler de la réduction de la couche neigeuse, avec ses conséquences sur les glaciers qui, rappelons le, participent à notre approvisionnement en eau.

Source: Adapté d’un article paru sur le site de la radio France Info.

Photo: C. Grandpey

L’agonie de la Mer de Glace (France) [suite]

Après un premier chapitre consacré à la hausse des températures dans le monde, ma conférence « Glaciers en péril, les conséquences du réchauffement climatique » débute par la situation dans les Alpes et en particulier la Mer de Glace. J’ai visité le glacier pour la première fois à l’âge de 8 ans. Dans les années 1950-1960, il n’y avait pas besoin d’un télécabine et plus de 400 marches pour atteindre la grotte percée dans le glacier. On y accédait pratiquement de plain pied.

Aujourd’hui, le réchauffement climatique a eu raison de la Mer de Glace. Les repères annuels qui ponctuent la descente par l’escalier métallique montrent avec quelle vitesse le glacier a fondu. On peut presque affirmer qu’à l’instar de l’Okjökull en Islande il est à l’agonie, voire mort.

Un article paru sur le site de la radio France Info nous montre une autre conséquence de l’effet du réchauffement climatique sur la Mer de Glace. Au cœur du glacier, la centrale hydroélectrique est, elle aussi, rattrapée par la hausse des températures et EDF a engagé une course contre la montre pour trouver un nouveau point de captage.

Grégoire Lecalot, journaliste à France Info, explique que l’on accède à la centrale par une galerie de deux kilomètres de long, creusée dans la montagne. Au bout de cette galerie, il faut escalader un escalier de fer particulièrement pentu. On arrive enfin au niveau des trois prises d’eaux qui montrent parfaitement la course engagée entre EDF et la fonte du glacier. Un technicien de l’exploitation explique qu’il y a 10 ans, le glacier et la prise d’eau pour capturer l’eau étaient beaucoup plus bas. Compte tenu du réchauffement climatique, il a fallu creuser une nouvelle galerie d’environ un kilomètre pour aller chercher l’eau plus haut. Les températures n’ayant pas cessé de grimper et le glacier n’ayant pas cessé de fondre, il faut de nouveau aller chercher l’eau différemment.

Ces nouveaux travaux vont coûter 3 millions d’euros, à ajouter aux 25 millions qu’il avait fallu consacrer à la recherche de l’actuel point de captage de l’eau. Ce dernier, similaire à une cascade, débouche sur une salle souterraine. Des ouvriers y travaillent au renforcement des parois. Il faut faire vite car la salle n’est accessible que trois mois par an. Au centre, un bassin recueille l’eau du torrent glaciaire. Le plafond de la salle est constitué de la glace du glacier de la Mer de Glace. Pour le moment, son épaisseur est de plusieurs dizaines de mètres, mais il va continuer de fondre a raison de 40 à 50 mètres par an.

L’avenir de la Mer de Glace s’annonce très sombre. Dans sa conclusion, Grégoire Lecalot explique que « si le réchauffement climatique se poursuit au même rythme, les générations futures ne verront plus de la Mer de Glace qu’un lac et un torrent de montagne. La centrale électrique sera peut-être toujours là mais elle captera l’eau au débouché du torrent, à l’air libre, comme de nombreuses autres. Les huit kilomètres de galeries creusées au cœur du massif du mont Blanc ne raconteront alors plus qu’une vieille histoire. »

Vous pourrez lire le reportage dans son intégralité à cette adresse :

https://www.francetvinfo.fr/economie/energie/reportage-au-coeur-de-la-centrale-hydroelectrique-de-la-mer-de-glace-rattrapee-par-le-rechauffement-climatique_4975395.html

Voici la Mer de Glace en août 1956 :

La voici en septembre 2020 :

Quelques remarques sur la vague de chaleur de juin 2019

Alors que la France traverse un épisode de très forte chaleur, la chaîne de radio France Info a invité Sébastien Léas, prévisionniste à Météo France, pour répondre aux questions des internautes. Ces derniers ont demandé si les épisodes caniculaires vont être plus fréquents et si la canicule est liée au réchauffement climatique.
Selon le prévisionniste, les projections font état de périodes de chaleur plus intenses, mais aussi plus étendues dans les années à venir. La saison estivale sera de plus en plus longue. Si on prend l’exemple des trois derniers étés, ces projections se vérifient. En 2016, il y a ainsi eu une canicule très tardive, entre le 23 et 28 août. En 2017, nous avons enregistré la canicule la plus précoce de l’histoire. Et en 2018, nous avons eu un des étés les plus chauds, avec 2003. Ces propos confirment ceux d’autres agences comme la NASA, la NOAA ou encore NCEP-NCAR.
S’agissant du lien entre la canicule actuelle avec les réchauffement climatique, Sébastien Léas explique fort justement que relier tout événement ponctuel au réchauffement climatique serait un raccourci. En revanche, le réchauffement climatique a effectivement un impact sur les canicules, avec des vagues de chaleur plus intenses et plus longues. Ainsi, à la fin du siècle, les températures qu’on a observées pendant la canicule de l’été 2003 pourraient devenir la norme.
Rien ne dit aujourd’hui que nous n’aurons pas un été normal car Météo France n’a pas de projections à si longue échéance. L’épisode de forte chaleur actuel n’est pas forcément annonciateur d’un été qui sera très chaud en continu. En revanche, dans les prévisions saisonnières de la période juin-juillet-août, il y avait des signaux d’un été chaud. C’était déjà le cas en 2018.
Dans la dernière partie de son intervention Sébastien Léas aborde un point très important: la différence entre météorologie et climatologie, deux termes qui sont souvent source de confusion au sein de la population. La météorologie permet de faire des prévisions sur une semaine ou deux, probablement un peu plus dans les années à venir. Les projections à l’horizon 2050 prennent en compte d’autres paramètres et les échelles sont différentes. La climatologie s’intéresse au globe et à des tendances avec des interactions océan-atmosphère qui sont plus profondes et moins sujettes à des variations quotidiennes. On peut ajouter que la canicule observée en France au mois de juin n’aura pas forcément un impact majeur sur la température globale de la planète. Rien ne dit que juin 2019 sera globalement en tête des mois les plus chauds jamais observés.