Kilauea (Hawaii): les empreintes de l’éruption de 1790 // The footprints of the 1790 eruption

La dernière rubrique « Volcano Watch » publiée par l’Observatoire des Volcans d’Hawaii est consacrée à un événement qui s’est produit sur le Kilauea en 1790. Selon le HVO, il « a probablement tué à lui seul plus de personnes que toute autre éruption dans ce qui est maintenant les États-Unis. » Plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont péri lors d’explosions au sommet du Kilauea.
La tragédie s’est apparemment produite le long d’un sentier traversant le flanc nord-ouest du Kilauea près de Namakanipaio, au moment où une déferlante de vapeur très chaude et de roches a balayé le sol à grande vitesse. Des cendres volcaniques humides sont tombées juste avant la déferlante mortelle et plusieurs centaines de personnes ont laissé des empreintes de pas dans cette cendre.

Il n’existe aucune relation contemporaine de cet événement. De brefs écrits rédigés dans les années 1820 ont été suivis en 1843 par une description beaucoup plus longue basée sur des souvenirs d’anciens collectés par des étudiants de l’école Lahainaluna. Ces récits ont, depuis cette date, été l’objet de nombreuses questions et ont été sujets à de multiples interprétations.
Une étude de terrain a été réalisée il y a plusieurs années et les résultats ont été publiés en 2015. Cette étude a identifié la plupart des dépôts laissés par l’éruption de 1790 et interprété les différents types d’explosions responsables des dépôts. Des incertitudes subsistent, mais l’étude dans son ensemble concorde assez bien avec les premiers récits et répond à certaines des questions les plus importantes.
Trois explosions ont eu lieu à quelques heures, voire quelques minutes d’intervalle, et il semble qu’elles aient été précédées de plusieurs jours d’explosions plus petites.

La première des trois explosions majeures a projeté des cendres humides qui ont été transportées vers le sud-ouest par les alizés. Ces cendres contiennent aujourd’hui les empreintes de pas, principalement de femmes et d’enfants, qui se trouvaient dans la zone au sud-ouest du sommet. Environ la moitié des empreintes de pas sont orientées vers le sommet. Les cendres étaient encore humides lorsque les deux explosions suivantes se sont produites.

L’explosion suivante fut la plus importante. Elle a émis une colonne de cendres qui s’est élevée à 12 – 15 km au-dessus du volcan. Les cendres ont atteint le jet-stream qui les a entraînées vers le sud-est au moins jusqu’à Kaimu, à plus de 30 km de distance. Autour du sommet, les matériaux émis par l’éruption se présentent sous forme de sable et de gravier et sont beaucoup plus grossiers que les cendres.

La troisième explosion a déclenché la déferlante mortelle qui a balayé le flanc ouest de la zone sommitale. Cette explosion était peut-être une phase tardive de l’explosion précédente car la colonne éruptive très dense s’est effondrée sous son propre poids. Tout de suite après avoir touché le sol, les débris à haute température ont dévalé la pente et piégé les gens sur le sentier. La mort a probablement été rapide, mais certaines victimes ont eu le temps de s’accrocher les unes aux autres pour éviter d’être emportées par la déferlante.

Pendant des années, les géologues ont supposé que la vaporisation des eaux souterraines avait déclenché les explosions, mais cette interprétation manque de preuves irréfutables. La nature humide de la cendre émise par la première explosion confirme cette idée. Une autre possibilité est que les gaz issus du magma aient été brièvement piégés sous terre, mis sous pression avant d’exploser. Un tel processus a provoqué une explosion mineure dans l’Halema’uma’u en 2008. Là encore, les preuves manquent pour confirmer cette hypothèse.

Les dépôts laissés par les explosions se composent principalement de roches solides arrachées à la paroi du conduit éruptif. Aucune pierre ponce ou cendre vitreuse bien vacuolée n’a été trouvée. Le verre relativement dense forme quelques petits morceaux et adhère à certains gros blocs. Un verre aussi dense indique la présence de magma, mais ce dernier avait probablement déjà perdu une partie de son gaz avant l’éruption.
De nombreux géologues pensent qu’une partie de la caldeira s’est effondrée en 1790, mais les travaux sur le terrain n’ont révélé aucune véritable preuve de l’effondrement. C’est une interprétation plausible, mais qui demande à être démontrée.

Certains géologues pensent qu’une coulée de lave dans la partie basse du district de Puna a été émise en 1790, mais c’est une interprétation, pas une observation. Si la coulée a bien été émise en 1790, alors, par analogie avec l’éruption de 2018, on pourrait émettre l’hypothèse qu’elle provient de la vidange du réservoir magmatique sommital, ce qui aurait provoqué l’effondrement du sommet et déclenché des éruptions explosives.
Les hypothèses mentionnées ci-dessus montrent qu’il reste beaucoup à faire pour comprendre l’éruption la plus meurtrière du Kilauea. La principale leçon de l’événement de 1790 est que de puissantes explosions peuvent se produire à nouveau sur le volcan.
Source : USGS/HVO. .

—————————————–

The latest « Volcano Watch » released by the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) is dedicated to an event that occured on Kilauea in 1790. It « probably killed more people than any other eruption in what is now the United States. »Several hundred men, women, and children perished during explosions at the summit of the volcano.

The deaths apparently occurred along a trail crossing the northwest flank of Kilauea near Namakanipaio, when a surge of hot steam and rocks swept across the ground at high speed. Wet volcanic ash fell just before the lethal surge, and several hundred people left footprints in the ash.

No contemporary accounts exist. Brief summaries written in the 1820s were supplanted in 1843 by a much longer description based on memories of old-timers that were assembled by students at Lahainaluna School. These accounts have posed many volcanic questions subject to multiple interpretations ever since.

A field study to understand better the tragic events was made several years ago, and the results were published in 2015. This study identified most of the deposits left by the 1790 eruption and interpreted the kinds of explosions responsible for the deposits. Uncertainties remain, but the general picture mostly agrees with the sketchy early accounts and answers some of the important questions.

Three main explosions took place within hours, perhaps minutes, of each other, though they were apparently preceded by several days of smaller explosions. The first main explosion ejected wet ash that was transported southwestward by the trade wind. This ash deposit now contains the footprints of mainly women and children who were mostly in the area southwest of the summit. About half of the footprints point back toward the summit. The ash remained wet when the following two explosions occurred.

The next explosion was the largest. Its column of ash rose 12–15 km above the volcano. The ash rose high into the jet stream and spread southeastward at least to Kaimu, more than 30 km away. Around the summit, the erupted material is of sand and gravel size, much coarser than the ash.

The third explosion produced the lethal surge that sped across the summit’s western flank. This explosion may actually be a late stage of the preceding explosion, as the towering eruption column collapsed under its own weight. The falling hot debris hit the ground and surged downslope, trapping people on the trail. Death was probably quick, but not before some victims grabbed onto one another to keep from being blown away by the hurricane-force surge.

For years geologists assumed that groundwater heated to steam triggered the explosions, but this interpretation lacks definitive evidence. The wet nature of the first explosive ash supports this idea. Another possibility is that gas leaving magma was trapped underground briefly, pressurizing and finally bursting out. Such a process drove a small explosion in Halemaʻumaʻu in 2008. But again, definitive evidence is missing.

The explosive deposits consist mostly of solid rocks broken from the wall of the eruptive conduit. No pumice or bubble-rich glassy ash has been found. Relatively dense glass forms a few small chunks and sticks to the sides of some large blocks. Such dense glass indicates the presence of magma, but it was not bubbling and so may have already lost some of its gas before eruption.

Many geologists assume that part of the caldera collapsed in 1790, but field work has found no clear evidence for collapse. It is a reasonable interpretation, but it cannot be demonstrated yet.

Some geologists assign an age of 1790 to a lava flow in lower Puna, but that is an interpretation, not an observation. If the flow were indeed erupted in 1790, then, by analogy with the 2018 eruption, one could hypothesize that its eruption drained the summit magma reservoir, causing the summit to collapse and triggering explosive eruptions.

The above mentioned hypotheses show that there is a long way to go to understand completely Kilauea’s most lethal eruption. The main lesson is that large explosions can happen again on the volcano.

Source : USGS / HVO.

Empreintes laissées dans la cendre lors de l’éruption de 1790 (Crédit photo : D. Swanson / USGS)

Des empreintes de pieds millénaires près de l’Ol Donyo Lengai (Tanzanie) // Ancient footprints close to Ol Doinyo Lengai (Tanzania)

drapeau-francaisSelon un article paru dans la revue Palaeogeography, Paleoclimatology, Paleoecology, des chercheurs ont découvert et daté un ensemble de très vieilles empreintes de pieds sur des vasières au pied de l’Ol Doinyo Lengai. Ils ont relevé plus de 400 empreintes sur le site, laissées par des êtres humains il y a entre 5800 et 19100 ans.
En étudiant ces anciennes empreintes près du village d’Engare Sero, les scientifiques pourront mieux comprendre comment vivaient et se déplaçaient ces premiers Homo sapiens africains.

Certaines empreintes laissent supposer que les gens se déplaçaient en trottinant rapidement, tandis que d’autres montrent des groupes de femmes et d’enfants voyageant ensemble. Une personne semble avoir marché avec un gros orteil cassé.
Les scientifiques ont observé le site d’Engare Sero pour la première fois en 2008 et ils viennent de publier les résultats de leurs recherches après des années passées à dater et analyser les empreintes. Ils pensent que c’est la boue qui s’écoule de l’Ol Doinyo Lengai qui a donné naissance aux vasières d’Engare Sero. C’est avant de sécher que cette boue a conservé les empreintes. Il se peut toutefois que ces dernières n’aient pas été toujours visibles et que le site ait été recouvert par une autre coulée de débris en provenance du volcan il y a 10000 ou 12000 ans.
A l’origine, les scientifiques pensaient que la boue s’était formée à partir d’un nuage de cendre, ce qui ferait remonter les empreintes à environ 120 000 ans. Aujourd’hui, on pense plutôt que la cendre a été transportée par l’eau, ce qui signifie que les empreintes ne sont probablement pas aussi anciennes.
En identifiant les cristaux les plus récents enfouis dans la boue grâce à des techniques géochronologiques, les scientifiques ont conclu que les empreintes ont probablement été laissées il y a 19 100 ans, avec une marge d’erreur de quelques milliers d’années.
Maintenant que la datation est plus précise, les chercheurs veulent en savoir davantage sur la façon dont ces gens vivaient car il y a encore beaucoup de mystères à résoudre.
Le site qui prétend avoir les empreintes les plus anciennes jamais découvertes est celui de Laetoli, également en Tanzanie. Il remonterait à environ 3,6 millions d’années. Les empreintes auraient été laissées par les premiers ancêtres de l’homme, les membres de l’espèce Australopithecus afarensis, mais il existe des désaccords sur l’interprétation du site.
Source: Sciencealert.

——————————————-

drapeau-anglaisAccording to an article in the journal Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology, researchers have dated an ancient and rare collection of footprints on the mudflats beyond the Ol Doinyo Lengai. There are more than 400 footprints at the site, thought to have been left between 5,800 and 19,100 years ago.

By knowing more about when these ancient footprints were committed to the dirt near the village of Engare Sero, it gives scientists a unique opportunity to figure out how these early African Homo sapiens might have lived and travelled.

Some of the tracks imply that people were moving at a brisk jogging speed, while others show groups of women and children travelling together. One person appears to have been walking with a broken big toe.

Scientists were first alerted to the Engare Sero site back in 2008, but have just published their findings after years of careful research to date and explain these prints. They think that mud flowing down from Ol Doinyo Lengai formed the Engare Sero mudflats, and in the days before it dried, it managed to capture and preserve these ancient tracks. However, they might not have always been visible; the researchers suggest that the site was covered with another flow of debris from the volcano 10,000 to 12,000 years ago.

Originally, the scientists thought the mud was formed directly from an ash cloud, which would date the prints at around 120,000 years old. Now, the hypothesis is that the ash was carried down by water, which means the footprints probably aren’t quite so ancient.

By identifying the youngest crystals buried in the mud using geochronological techniques, the scientists found the tracks could have been deposited as far back as 19,100 years ago, with a margin of error of a few thousand years.

Now that the timeframe has been narrowed, the researchers want to study more about how these people lived and socialised. There are still plenty of mysteries left to solve.

The site that claims to have the oldest footprints ever discovered is Laetoli, also in Tanzania, which is dated to around 3.6 million years ago. But those tracks would have been left by earlier human ancestors, members of the Australopithecus afarensis species, and there is some debate about the interpretation of the site.

Source : Sciencealert.

lengai-blog

Sommet du Lengai en décembre 2002 (Photo: C. Grandpey)