Comment l’éruption du Pinatubo a modifié la géopolitique en Mer de Chine méridionale // How the eruption of Mt Pinatubo altered geopolitics in the South China Sea

Le 15 juin 1991, le Pinatubo est entré violemment en éruption aux Philippines et a involontairement profondément modifié les données géopolitiques en Mer de Chine méridionale.
En plein sur la trajectoire de l’éruption, à seulement 14,5 km du volcan, se trouvait la Clark Air Base, base aérienne américaine qui était à l’époque la plus peuplée à l’étranger. Également à proximité du Pinatubo, à environ 30 kilomètres de distance, se trouvait la base navale de Subic Bay. Ces deux bases militaires regroupaient une population de plus de 30 000 personnes. Elles avaient permis aux États-Unis d’établir leur pouvoir dans la région. Leur seule présence dissuadait les ennemis potentiels d’une éventuelle agression.
Clark et Subic Bay ont subi des dégâts majeurs au moment de l’éruption du Pinatubo. Le volcan les a recouvert d’une couche de plus de 30 centimètres d’une boue lourde, grise et grasse. Il aurait fallu dépenser plus de 500 millions de dollars pour nettoyer les bases et, de toute façon, elles seraient restées inopérationnelles pendant des années. Fin 1992, les États-Unis ont décidé de les abandonner. C’était sans compter sur la Chine qui, depuis cette date, remplit lentement le vide stratégique laissé par ce retrait américain en Mer de Chine méridionale.
L’éruption n’a pas été le seul facteur à avoir entraîné la disparition des bases américaines. Il y a eu aussi l’échec des efforts des États-Unis pour mettre fin au nationalisme croissant chez les politiciens philippins. En effet, avec l’effondrement de l’URSS en 1991, on a assisté à une recrudescence des sentiments nationalistes aux Philippines et à un désir de plus en plus grand de voir disparaître les bases américaines. Ce changement d’attitude a conduit à l’expulsion des Américains de Subic Bay environ un an après leur déménagement de la Base de Clark, malgré l’espoir de certains responsables militaires de voir la base remise en état et de nouveau opérationnelle.
Pour la Chine, l’éruption du Pinatubo d’une part et la fermeture des bases américaines d’autre part ont été l’occasion de satisfaire des ambitions en Mer de Chine méridionale. En adoptant une politique qui se poursuit jusqu’à ce jour, la Chine a procédé par petites étapes pour obtenir une bonne position stratégique dans cette mer. En février 1992, la Chine a annoncé qu’elle considérait que la plus grande partie de la Mer de Chine méridionale lui appartenait, en s’appuyant sur sa «Loi sur les eaux territoriales et leurs zones contiguës». Peu de temps après, la Chine a commencé à construire des installations militaires sur le récif Mischief dans les Iles Spratleys, un archipel de petites îles coralliennes à quelque 250 km des côtes philippines. En janvier 1995, les pêcheurs philippins de la région ont été surpris d’observer un ensemble de structures et de plateformes dans les eaux peu profondes à l’arrière des récifs. Ils ont été encore plus surpris lorsque les forces chinoises les ont accusés d’intrusion dans les eaux chinoises, même si les îles se situaient bien dans la zone économique exclusive des Philippines.
La Chine a poursuivi sa stratégie « des petits pas », ne s’octroyant jamais une portion de territoire suffisamment grande pour provoquer une réaction de ses voisins ou des États-Unis. Il y a eu néanmoins un certain nombre de conflits locaux. Par exemple, en 2012, la Chine a mis la main sur le Récif de Scarborough, à seulement 200 km de Subic Bay, après un face à face avec les forces philippines. Quelque temps après, Rodrigo Duterte est devenu président des Philippines et a adopté une politique conciliatrice avec la Chine. Il était très intéressé par le financement que Beijing lui avait proposé pour de grands projets d’infrastructures dans son pays, même si certains craignent que les Philippines s’endettent fortement à cause de ces projets.
Les Chinois jouent la montre en Mer de Chine méridionale. Ils savent que les conflits locaux ne durent jamais, que l’attention des médias s’épuisera elle aussi et qu’il faut continuer à s’implanter quand une ouverture se présente…
Source: Quartz.

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On June 15th, 1991, Mount Pinatubo erupted violently in the Philippines and became an unlikely actor that profoundly shaped today’s South China Sea power contest.

Right in the line of fire of the volcanic eruption, just 14.5 km away, was Clark Air Base, then the most populated overseas US military installation in the world. Also nearby, about 30 kilometres distant, was the Subic Bay Naval Base. Together, these military bases, with a combined population exceeding 30,000, had allowed the US to project power in the region. Just by their presence, they made would-be enemies think twice before getting too aggressive.

Both bases suffered major damage from the eruption. They were covered in 30 centimetres and more of heavy, gray, and greasy mud. It would have taken over 500 million dollars to clean up the bases, and they would have been inoperable for years. By the end of 1992, the US abandoned them. Ever since, China has slowly been filling the power vacuum that withdrawal created in the South China Sea.

The eruption was not the only thing working against the bases. So were US efforts to cut spending and rising nationalism among Philippine politicians. Indeed, with the collapse of the USSR in 1991, there was an upsurge of nationalist sentiments, with leading legislators calling for an end to American bases in the Philippines. Such sentiments led to the Americans being kicked off Subic about a year after they left Clark, despite some US hopes that Subic might be spruced up and reoccupied.

For Beijing, the eruption and US base closings were good news for its South China Sea ambitions. In a behaviour pattern that has continued until this day, China began taking small, incremental steps to gain a better strategic position in the waterway. In February 1992, Beijing announced that it considered most of the South China Sea its own territory, putting forth its “Law on the Territorial Waters and Their Contiguous Areas.” Soon after it began to build military facilities atop Mischief Reef, a formation of reefs in the Spratlys some 250 km from a Philippine coast. In January 1995, local Philippine fishermen were surprised to come across huts and platforms arising from the shallows behind the reefs. They were even more surprised when Chinese forces apprehended them on charges of trespassing—even though they were well within the exclusive economic zone of the Philippines.

China has continued with its “salami slicing” strategy, never cutting off a piece big enough to provoke a reaction from its neighbours or the US. There have, though, been occasional flareups. For instance, in 2012 China took over Scarborough Shoal, just 200 km from Subic Bay, after a standoff with Philippine forces.  Some time later, Rodrigo Duterte became president of the Philippines and adopted a conciliatory policy with China. He was more interested in the financing Beijing had offered for big infrastructure projects, though some fear it will lead the Philippines into a debt trap.

Beijing is playing the long game in the South China Sea. It knows that flareups die down, that media attention is unlikely to blow away upon the sea breeze, and that you have to be ready to push forward when an unforeseen opening presents itself.

Source: Quartz.

Vue de l’éruption du Pinatubo (Source: Wikipedia)

Mer de Chine méridionale (Source: Wikipedia)

Il y a 25 ans, le Pinatubo entrait en éruption… // 25 years ago, Mt Pinatubo erupted…

drapeau-francaisCertaines dates sont à retenir en volcanologie. L’éruption du Pinatubo en 1991 est l’une d’entre elles. A 13h42, heure locale, le 15 juin 1991, le volcan laissait échapper son courroux après une période de repos d’environ 600 ans. Cette éruption cataclysmique est entrée dans l’histoire ; c’est la deuxième plus importante du 20ème siècle après celle du Novarupta en Alaska en 1912.
Le Pinatubo a commencé à montrer des signes de réveil en avril 1991 avec des essaims sismiques comprenant des événements allant de M 2 à M 3, parfois M4. Le PHILVOCS a remarqué que l’épicentre de cette activité sismique se situait sur le versant nord-ouest du volcan. Suite à l’augmentation du nombre de secousses, les scientifiques philippins sollicitèrent l’aide de l’USGS.
La première grande explosion du Pinatubo a eu lieu le 7 juin 1991. Le 12 juin, la colonne de cendre atteignait 20 kilomètres de hauteur. Le point culminant de l’éruption se situa le 15 juin en début de matinée et dura jusqu’au petit matin du 16 juin. L’éruption a été aggravée par le passage du typhon « Diding, » de sorte que la cendre émise par le volcan a atteint des secteurs situés au-delà de la zone de danger. Le typhon a également déclenché des lahars.
Grâce à l’anticipation de l’éruption et à l’évacuation de la population, environ 700 victimes seulement sont à déplorer; 40 pour cent d’entre elles sont décédées en raison d’effets indirects, tels que l’effondrement des toits sous le poids de la cendre, 50 pour cent sont mortes en raison de maladies dans les centres d’évacuation, et les 10 pour cent restants ont péri à cause des lahars.
Parmi les conséquences de l’éruption, on remarquera que la température moyenne de la planète a chuté de 0,4 à 0,5 degrés Celsius; la hauteur du volcan a été réduite de 300 mètres et un lac de cratère est apparu au sommet. 20 000 Aetas, population indigène qui vivait sur les pentes de la montagne, ont été déplacés.
L’éruption de 1991 a enseigné un certain nombre de choses. L’une d’elles est qu’un toit solide et en pente est le meilleur moyen de se protéger des retombées de cendre. Au cours de l’éruption, les gens qui se trouvaient en dehors de la zone de danger n’avaient pas imaginé que leurs toits s’effondreraient sous le poids de la cendre.
Une carte des lahars a été distribuée aux communautés concernées. Chaque fois qu’un typhon ou de fortes pluies sont attendues, le public est informé.
Le PHILVOCS et l’USGS ont fait un excellent travail pour sauver des vies lors de l’éruption du Pinatubo en 1991, mais il ne faudrait pas oublier qu’une vidéo pédagogique imaginée par le regretté Maurice Krafft pour le compte de l’IAVCEI a, elle aussi, sauvé des milliers de vies. Paradoxalement, alors que la vidéo sauvait des vies aux Philippines; Katia et Maurice Krafft perdait la leur sur le Mont Unzen au Japon, sous une coulée pyroclastique.

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drapeau-anglaisSome dates are to be remembered in volcanology. The 1991 eruption of Mount Pinatubo is one of them. At 1:42 p.m., local time, on June 15th, 1991, the volcano unleashed its fury after sleeping for some 600 years. The cataclysmic eruption went down in history as the second largest volcanic activity in the 20th century, after Novarupta (Alaska) in 1912.

Mt Pinatubo started to show signs of seismic unrest as early as April 1991. The seismic swarms included events that ranged from M 2 to 3, sometimes reaching M4. PHILVOCS was later able to detect the epicentre of seismic activity at the northwest side of the volcano. As the earthquakes were becoming more frequent, Phivolcs sought the assistance of the USGS.

The first large explosion happened on June 7th 1991. By June 12th, the ash column had reached 20 kilometres high. The strongest, or climactic, eruption occurred in the early morning of June 15th and lasted until early morning of June 16th. The eruption was aggravated by the passing of typhoon “Diding,” so that the volcanic ash released by the volcano reached areas beyond not in the hazard zone map for ashfall. The typhoon also triggered lahars.

Thanks to the anticipation of the eruption and the evacuation of the population, only about 700 casualties were recorded; 40 percent died due to indirect effects, such as collapse of roofs from heavy ash deposits, 50 percent died due to sickness in evacuation sites, and the remaining 10 percent died in the lahar flows.

Along the consequences of the eruption, the average global temperature dropped by 0.4 to 0.5 degrees Celsius; the height of the volcano was reduced by 300 metres; a crater lake formed at the volcano’s summit; and some 20,000 Aetas who used to live by the slopes of the mountain have been displaced.

The 1991 eruption taught quite a number of lessons. One of them was that a sturdy steep roof is best so it will not collapse from an ashfall. During the eruption, people who were outside the hazard zone were not aware that their roofs would collapse due to heavy ash deposits.

A lahar map has been distributed to the communities. They are aware of the hazard. Every time that a typhoon or heavy rainfall is expected, an advisory is issued to the public.

PHILVOCS and USGS did a great job to save lives during the Pinatubo eruption in 1991, but one should not forget that an educational video made by the late Maurice Krafft for the IAVCEI saved thousands of lives. Video worked where words would have failed. Ironically, while the video was saving lives in the Philippines; Katia and Maurice Krafft lost theirs on Mt Unzen in Japan where they were killed by a pyroclastic flow.

Pinatubo erup

Séquence éruptive dans le cratère du Pinatubo (Crédit photo: Wikipedia)