Mayon (Philippines): Des questions après l’éruption d’hier et la mort de 5 randonneurs

drapeau francais   L’éruption soudaine du Mayon qui a tué 5 randonneurs  conduit à se demander pourquoi les touristes locaux et étrangers ont été autorisés à se rendre à proximité du volcan, en sachant qu’il existe une zone de danger permanent de six kilomètres autour de ce dernier.
L’activité de randonnée autour du Mayon est habituelle pendant l’été et certaines agences de voyages s’en servent pour promouvoir le tourisme local. Alors que les agences de voyage sont autorisées à organiser des sorties sur le Mayon, il y a aussi des habitants de la région qui gagnent leur vie en servant de guides pour les touristes locaux et étrangers.
Le Président des Philippines a immédiatement ordonné une enquête pour savoir pourquoi les touristes ont été autorisés à entrer dans la zone de danger permanent autour du volcan. Préoccupé par la sécurité des personnes, il a demandé aux autorités concernées de se renseigner sur les «paramètres» de la zone où existent les restrictions d’accès.

La dernière éruption meurtrière du Mayon avait eu lieu en février 1993. 77 avaient alors perdu la vie. Cette éruption est décrite dans mon livre « Killer Volcanoes  » (voir colonne de gauche de ce blog).

Source : Manila Bulletin.

drapeau anglais   The sudden eruption of Mayon that killed 5 climbers brought to question why local and foreign tourists were allowed to go near the volcano, considering that there is a six-kilometre permanent danger zone around the volcano.

Mayon hiking activity is normal during summer days, with some travel agencies even promoting it as part of the local tourism drive. While travel agencies are allowed to do a Mayon adventure, there are also local residents who earn a living by serving as tourist guides for both local and foreign tourists.
The Philippine President immediately ordered an inquiry into why tourists were allowed to enter the permanent danger zone around the volcano. Concerned about the safety of the people, he asked to find out from concerned authorities about the “parameters” of the volcano’s restricted area.

Mayon’s last deadly eruption had occurred in February 1993. 77 people had then lost their lives. The eruption is described in my book « Killer Volcanoes » (see left-hand column of this weblog).

Source : Manila Bulletin.

Le Mayon (Philippines) tue 5 randonneurs // Mount Mayon (Philippines) kills 5 climbers

drapeau francais   5 randonneurs ont été tués et au moins 7 autres ont été gravement blessés près du cratère du Mayon quand il a projeté d’énormes blocs et de la cendre mardi aux premières heures de la matinée. Le volcan traversait une période calme et les 20 randonneurs du groupe ont été surpris par une explosion aussi soudaine que violente. C’est la première éruption de ce volcan depuis trois ans.
Les randonneurs décédés ont été frappés par d’énormes rochers qui, selon un guide, étaient « gros comme la salle de séjour d’une maison ». Parmi les morts figurent un Allemand, un Autrichien et un Philippin. Les blessés comprennent des étrangers et les guides philippins. Certains sont dans un état critique.

Le niveau d’alerte n’a pas été relevé après la dernière éruption et aucune évacuation n’est prévue.

Ce type d’événement n’a rien d’exceptionnel sur un volcan actif. Il s’agit probablement de la libération soudaine et violente d’une poche de gaz qui s’était accumulé sous le sommet. Certains articles de presse font état d’une éruption phréatique. J’ai eu l’occasion d’assister à ce phénomène sur l’Etna en période calme. J’ai vu le plancher de la Voragine se soulever sous la pression des gaz avant de produire deux grosses explosions qui ont projeté des blocs au-delà de la lèvre du cratère.

drapeau anglais   5 climbers were killed and at least 7 others were seriously injured near the crater of Mayon volcano when it spewed huge rocks and ash after daybreak Tuesday in its first eruption in three years. The volcano was quiet at the moment of the accident. The 20 climbers were surprised by an explosion which was both sudden and violent.

The climbers who died were struck by huge rocks, “as big as a living-room”, according to a guide. They include a German, an Austrian and a Filipino. The injured include foreigners and Filipino guides. Some are in critical condition.

No alert was raised for the volcano following the latest eruption and no evacuation is being planned.

This kind of event is not exceptional on an active volcano. It probably has to do with the sudden and violent release of a pocket of gas that accumulated beneath the summit. Some press articles also mention a phreatic eruption. I happened to witness this phenomenon on Mount Etna during a quiet period. I saw the floor of the Voragine rise under the pressure of the gases and produce two major explosions that sent rocks flying beyond the crater rim.

Mayon-blog-2

Le Mayon fait partie des volcans tueurs décrits dans mon livre « Killer Volcanoes »

(Crédit photo: Wikipedia)

Les fous de Rouzic (Bretagne)

Amoureux des volcans, je ne fais pourtant pas une fixation permanente sur les monstres de feu. La Nature a d’autres superbes choses à nous montrer et, contrairement à certains volcanophiles, il m’arrive d’aller visiter des sites non volcaniques. C’est ainsi que le week-end dernier, à l’issue d’une sortie volcanologique en Bretagne, j’ai délaissé les basaltes âgés de quelque 600 millions d’années pour aller jeter un coup d’œil aux oiseaux qui ont élu domicile aux Sept Iles, petit archipel au large de Perros-Guirec. L’île Rouzic – la plus septentrionale – est le lieu de rassemblement d’environ 20 000 couples de fous de Bassan qui viennent s’y reproduire tous les ans à cette période de l’année. Les fous de Bassan sont des oiseaux de mer qui tirent leur nom  de l’île de Bass, à proximité des côtes orientales de l’Écosse, qui en abrite une colonie particulièrement abondante. La plus grande colonie du continent américain, qui est aussi la plus grande colonie au monde avec plus de 60 000 couples, se trouve sur l’Ile Bonaventure en Gaspésie, à l’est du Québec au Canada. La plus grosse colonie française se situe en Bretagne sur l’Ile Rouzic.  

Rouzic-blog

Rouzic-blog-1

Rouzic-blog-2

(Photos:  C. Grandpey)

Les secrets du Vieux Fidèle // Old Faithful’s secrets (Yellowstone / Etats Unis)

 drapeau francais   Selon une étude récente effectuée par des scientifiques de l’Université de Savoie au Bourget du Lac, France, une cavité souterraine jusque-là inconnue serait la cause possible des éruptions très régulières du Vieux Fidèle (Old Faithful), le célèbre geyser du Parc National de Yellowstone. Les chercheurs qui ont découvert de nouvelles preuves de l’existence de cette cavité pensent qu’elle stocke l’eau quasi bouillante sous pression, la vapeur et d’autres gaz qui  provoquent les éruptions du Vieux Fidèle.

Le modèle de geyser réalisé par les premiers explorateurs il y a un siècle a montré qu’il existait effectivement une cavité, mais personne n’a été capable de la trouver. Depuis lors, les scientifiques qui ont étudié le Vieux Fidèle ont d’abord conclu que « le rétrécissement d’un passage souterrain par lequel passaient les fluides brûlants du geyser était suffisant pour provoquer l’écoulement difficile et produire une éruption régulière ».

L’an dernier, plusieurs études ont révélé l’existence de cavités associées à des geysers. Cela a poussé les scientifiques à réévaluer leur compréhension des geysers et à modifier leurs modèles en incluant les réservoirs souterrains qui stockent la vapeur sous pression et les gaz qui alimentent les éruptions.
Maintenant, avec de nouveaux indices suggérant qu’une cavité existe sous le Vieux Fidèle, les chercheurs français pensent qu’elle pourrait jouer le rôle du réservoir – ou chambre à bulles – où l’eau riche en soufre qui donne naissance au geyser s’accumule et provoque la pression nécessaire à son éruption.
Les chercheurs ont découvert la cavité en analysant à nouveau des données sismiques anciennes et en localisant l’origine des secousses souterraines précédemment négligées.
Dans la mesure où les expériences sur le terrain ne sont plus autorisés sur le site du Vieux Fidèle, les chercheurs ont analysé à nouveau 3 heures d’enregistrements sismiques effectués par le sismologue Sharon Kedar en 1992. En utilisant une technique développée à l’origine pour localiser les sources sonores dans l’océan, ils ont pu reconstituer la cavité point par point, secousse sismique par secousse sismique.

A l’intérieur de la ‘tuyauterie’souterraine du Vieux Fidèle, l’eau ne cesse de bouillonner, ce qui génère de minuscules secousses qui se répercutent sur la terre environnante. En analysant l’intensité et le temps d’arrivée de ces secousses sur 96 capteurs sismiques situés autour du geyser, les scientifiques français ont pu déterminer l’origine de chaque secousse.
C’est ainsi qu’ils ont constaté que de nombreuses secousses déclenchées par les bulles ne provenaient pas du chenal principal du Vieux Fidèle. Au lieu de cela, elles avaient leur origine dans une zone souterraine située entre le Vieux Fidèle et le Split Cone, un geyser faiblement actif au sud-ouest, ce qui indique qu’il existe une cavité d’environ 10 mètres de diamètre dans ce secteur, avec de l’eau bouillonnante à l’intérieur. Apparemment, les bulles de gaz à l’intérieur de la cavité explosent quand elles entrent en collision avec la voûte et les parois,  ce qui génère de petites séquences d’activité sismique que l’équipe de chercheurs a analysées afin de reconstituer la forme de la cavité et son emplacement.

L’activité volcanique sous le geyser vaporise l’eau souterraine et la transforme en vapeur qui s’élève ensuite vers la surface grâce à des canaux souterrains. L‘eau condensée plus froide à proximité de la surface empêche la vapeur de s’échapper et la pousse vers le bas, créant ainsi un système sous pression. L’eau dans la partie supérieure du conduit exerce une poussée vers le bas tandis que la vapeur chaude dans la source exerce une poussée vers le haut. L’interaction entre le poids croissant de l’eau et de la pression croissante de la vapeur ultrachaude sous pression pousse l’eau de surface vers le haut et vers le bas. Finalement, un peu d’eau s’échappe par le geyser ; cela réduit la pression et permet à la vapeur d’occuper rapidement un plus grand espace, ce qui déclenche une éruption.

Quand les scientifiques ont commencé à étudier le Vieux Fidèle dans les années 1980 et 1990, ils ont conclu que la structure complexe du chenal principal était suffisante pour expliquer les éruptions du geyser. D‘autres recherches récentes montrent que les geysers ont besoin de grandes quantités de vapeur d’eau, de gaz sous pression et d’eau pour alimenter le jet éruptif et donc que l’espace de stockage dans le chenal principal n’est peut-être pas suffisant.
En Septembre dernier, une étude menée en Californie a montré que les eaux souterraines très chaudes stockées dans des réservoirs à 42 mètres sous la surface d’un geyser fournissaient la puissance nécessaire au déclenchement des éruptions d’un geyser.
Des scientifiques russes ont récemment filmé la ‘tuyauterie’ intérieure de quatre geysers au Kamtchatka en faisant descendre des caméras dans leur orifice (voir ma note du 16 février 2013). A l’intérieur, leurs films ont montré des canaux horizontaux en provenance des conduits principaux. Les Russes pensent que ces canaux raccordent les conduits principaux à des chambres remplies de bulles de gaz et de vapeur.
De leur côté, les scientifiques français pensent que la cavité qu’ils ont découvert sous le Vieux Fidèle joue un rôle important dans le déclenchement des éruptions du geyser et est une preuve supplémentaire de l’existence de chambres à bulles souterraines qui alimentent les éruptions des geysers en général..

Source : Planet Jackson Hole.

 

drapeau anglais   According to a recent study made by scientists of the Université de Savoie in Le Bourget du Lac, France, a previously unknown underground cavity might help trigger the timely eruptions of the famous Old Faithful in YellowstoneNational park. The researchers who uncovered new evidence of a chamber suspect that it stores the pressurized near-boiling water, steam, and other gases that propel Old Faithful’s eruptions.

The first model of geysers made by early explorers one century ago showed a cavity, but no one was able to find the cavity or prove that it existed. Since then, scientists who first studied Old Faithful concluded that the narrowing of a subterranean passage through which the geyser’s searing fluids pass “was enough to provoke the choked flow and produce a regular eruption.

However, within the last year, new evidence of geyser-associated cavities turning up in several studies has prompted scientists to re-evaluate their understanding of geysers and modify their models to include subterranean reservoirs that store the pressurized steam and gas that fuels the eruptions.

Now with fresh signs that a cavity may be present beneath Old Faithful, the French researchers speculate that this cavity might act as such a reservoir, or bubble chamber, where the sulphurous brew that becomes the geyser accumulates and builds up pressure.

The researchers discovered the cavity after reprocessing old seismic data and locating the origin of previously overlooked subterranean shaking.  

Because experiments are no longer allowed at Old Faithful, the researchers re-analyzed 3 hours of seismic recordings taken by seismologist Sharon Kedar in 1992. Using a technique that was originally developed to locate sources of sound in the ocean, the cavity was revealed piece by piece, one tremor at a time.

Inside Old Faithful’s underground plumbing, ground water is continually boiling and bubbling, producing tiny tremors that shake the surrounding earth. By analyzing the intensity and arrival times of these tremors at 96 seismic sensors located around the geyser, the French scientists were able to reconstruct where each tremor originated.

As they did so, they found that many bubble-triggered tremors did not originate in Old Faithful’s main channel. Instead, they arose from an underground zone located between Old Faithful Geyser and Split Cone, a weakly active geyser to the southwest, indicating that there is a hollow chamber there, some 10 metres in diameter, holding bubbling water. Gas bubbles in the cavity apparently explode as they collide with the roof and walls, generating the small amounts of seismic activity that the research team interpreted to reconstruct the cavity’s shape and location.

Volcanic activity below the geyser vaporizes groundwater and turns it into steam, which then rises through underground channels toward the surface. Cooler condensed water near the surface blocks the steam’s escape and pushes it back down, creating a pressurized system.

The water in the upper part of the conduit is the mass pushing down, and the hot steam is the spring, pushing up.

The interplay between a growing weight of water and the increasing pressure of the ultra-hot pressurized steam pushes the surface water up and down. Eventually, some of the water escapes through the geyser, which reduces the pressure and allows the steam to rapidly expand, triggering an eruption.

When scientists first studied Old Faithful in the late 1980s and 1990s, they suspected that the complex structure of the main channel was sufficient to account for the geyser’s eruptions.

But other recent research shows that geysers need large amounts of pressurized steam, gas and water to fuel the spray of water—and that the storage space in the main channel might not be enough.

Last September, a California study showed that heated groundwater stored in underground reservoirs 42 metres below the surface of a geyser provided the fire-power necessary to propel the geyser’s eruptions.

Russian scientists also recently filmed the inner plumbing of four geysers in Kamchatka by lowering video cameras into the geysers’ mouths (see my note of February 16th 2013). Inside, their films showed, bubbling horizontal channels branched off of the main conduits—leading them to believe that these channels connect the main conduits of the geysers they studied to gas-and-steam-filled bubble chambers.

The French researchers suspect that the cavity they discovered below Old Faithful plays a large role in propelling the geyser’s eruptions and is further evidence supporting the existence of subterranean bubble chambers that fuel geyser eruptions.

Source : Planet Jackson Hole.

Old-faithful-graph

Schéma possible des entrailles du Vieux Fidèle

Old-Faithful-blog

(Photo:  C. Grandpey)