L’officier romain d’Herculanum // Herculanum’s Roman officer

Un squelette retrouvé à Herculanum, que l’on pensait être celui d’un simple soldat, était probablement celui d’un officier supérieur de la marine envoyé dans la ville romaine lors de l’éruption du Vésuve.

Le squelette est l’un des quelque 300 découverts sur le site dans les années 1980. Une nouvelle analyse des objets trouvés à côté des ossements révèle que le soldat était en fait un officier de la marine romaine stationnée dans la baie de Naples et qui avait à sa tête Pline l’Ancien, commandant militaire et historien.

La découverte confirme que Pline a ordonné l’envoi d’une mission à Herculanum, qui, comme Pompéi, était en train d’être dévastée par l’éruption du Vésuve. L’officier essayait probablement de diriger de manière ordonnée l’évacuation de la zone côtière alors que des avalanches de matériaux volcaniques s’abattaient sur le site.

Les archéologues ont découvert sur le squelette un ceinturon en cuir décoré d’argent et d’or montrant qu’il s’agissait d’un soldat occupant un rang élevé. Il avait également une épée avec une poignée en ivoire et un poignard décoré. À côté du squelette on a trouvé un grand nombre de pièces de monnaie, dont 12 deniers en argent, indiquant qu’il était plus qu’un simple légionnaire. L’homme avait un sac à dos rempli d’outils de menuiserie indiquant qu’il était un faber navalis, le terme latin désignant les officiers à bord des navires militaires romains qui avaient des compétences en ingénierie et en menuiserie. Le squelette a été retrouvé non loin des restes d’un navire militaire, ce qui confirme cette hypothèse.

Quarante ans après la fouille de ce qui était avant 79 le littoral d’Herculanum, les archéologues vont entamer une nouvelle campagne de fouilles grâce au financement du Packard Humanities Institute, une fondation à but non lucratif qui contribue à la protection des vestiges de la ville romaine depuis 2001.

J’ai expliqué dans une note précédente (12 février 2021) que certains des 300 squelettes trouvés sur le site dans les années 1980 appartenaient à des personnes qui tentaient de s’abriter de l’éruption dans des hangars à bateaux le long du rivage, mais elles ont été incinérés par la chaleur extrême générée par l’éruption. Leurs crânes ont explosé et leurs chairs se sont vaporisées.

Source: The Telegraph.

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A skeleton found at Herculaneum, long thought to be that of a lowly soldier, was probably a senior naval officer sent on a daring mission by Pliny the Elder to save the inhabitants of the ancient Roman town during the eruption of Vesuvius.in 79 A.D..

The skeleton was one of around 300 found at the site in the 1980s.
Fresh analysis of the items found alongside the skeletal remains suggests that the soldier was actually an officer with the Roman fleet stationed in the Bay of Naples, which at the time was led by Pliny, a military commander and historian.

The discovery provides fresh evidence that Pliny ordered a mission to be sent to Herculaneum, which along with neighbouring Pompeii was being devastated by the eruption of the volcano

The officer was most likely directing the panic-stricken evacuation of the beach as volcanic debris rained down. Archaeologists have discovered that a leather belt found on the skeleton was decorated with silver and gold, suggesting he was of senior rank. He also had a sword with an ivory hilt and a decorated dagger. Next to the skeleton was found a large collection of coins, including 12 silver denarii, again indicating that he was more than just a low-ranking legionary.

The man had a knapsack which was packed with carpentry tools, indicating that he was a faber navalis, the Latin term for officers on board Roman military ships who had specialised engineering and carpentry skills. The skeleton was found not far from the remains of a military vessel, which confirms the hypothesis.

Forty years after Herculaneum’s ancient beach was excavated, archaeologists are to embark on a new dig with funding from the Packard Humanities Institute, a non-profit foundation which has helped protect the remains of the Roman town since 2001.

I explained in a previous post (12 February, 2021) that some of the 300 skeletons found at the site in the 1980s had tried to shelter from the eruption in boat sheds along the beach but were incinerated by the extreme heat generated by the eruption, which made their skulls explode and their flesh vaporize.

Source: The Telegraph.

Squelettes des personnes réfugiées sous les hangars à bateaux à Herculanum (Source: Wikipedia)

Vue des hangars à bateaux le long de la plage où de nombreux Romains ont été incinérés par la chaleur extrême générée par l’éruption (Crédit photo : Wikipedia)

Belle découverte à proximité de Pompéi // Nice discovery close to Pompeii

Les archéologues ont fait une découverte exceptionnelle en mettant au jour un char d’apparat romain dans une villa juste à l’extérieur de Pompéi. Le véhicule, doté de quatre roues, est presque parfaitement conservé. Constitué de fer, bronze et étain, il a été découvert  près des écuries d’une ancienne villa à Civita Giuliana, à environ 700 mètres au nord des murs d’enceinte de Pompéi. Le char est le premier du genre découvert dans la région qui avait, jusqu’à présent, livré des véhicules fonctionnels utilisés pour le transport et le travail, mais pas pour les cérémonies.

Source : Presse internationale.

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Archaeologists have unearthed a unique ancient-Roman ceremonial carriage from a villa just outside Pompeii. The almost perfectly preserved four-wheeled carriage made of iron, bronze and tin was found near the stables of an ancient villa at Civita Giuliana, around 700 metres north of the walls of ancient Pompeii. The carriage was the first of its kind discovered in the area, which had so far yielded functional vehicles used for transport and work, but not for ceremonies.

Source : International news media.

Source : Parc Archéologique de Pompéi

Le beau thermopolium de Pompéi // Pompeii’s nice thermopolium

Pompéi n’en finit pas de révéler ses secrets. L’éruption du Vésuve en 79 a permis de préserver la richesse du monde romain pendant des milliers d’années. Pompéi et sa voisine, Herculanum, ont révélé des fresques, des corps humains et même les restes d’un cheval.

Dans une note publiée le 31 mars 2019, j’expliquais que des archéologues avaient découvert un thermopolium, établissement de restauration rapide, dans les ruines de Pompéi. Il se trouve à l’angle du Vicolo delle Nozze d’Argento et du Vicolo dei Balconi. Quelque quatre-vingts édifices du même genre ont déjà été découverts à Pompéi dans le passé.

Dans le thermopolium, les fresques colorées du comptoir ont survécu près de 2000 ans sous les cendres volcaniques et la pierre ponce. Le comptoir est orné de deux très belles peintures bien conservées. L’une représente une néréide assise sur un cheval, tandis que l’autre représente un ouvrier dans l’environnement d’un thermopolium. D’autres fresques aux couleurs vives représentent des animaux qui faisaient partie des ingrédients de la nourriture vendue, comme un poulet et deux canards suspendus par les pattes.

Plusieurs amphores découvertes près du comptoir ressemblent à celles représentées dans la fresque. Il y avait aussi un bol en bronze décoré, connu sous le nom de patera, des pots en céramique utilisés pour la cuisson des ragoûts et des soupes, et des flacons de vin.

J’ai illustré ma note du mois de mars avec plusieurs photos proposées par le Parc archéologique de Pompéi. Lors de sa découverte, les archéologues pensaient que l’établissement avait pu servir de la nourriture chaude.

Depuis la découverte en mars 2019, les archéologues ont mis au jour des objets très intéressants. En particulier, ils ont trouvé des traces d’aliments vieux de près de 2000 ans dans certaines amphores que le commerçant avait placées sous le comptoir percé d’orifices circulaires. Des traces de porc, de poisson, d’escargots et de bœuf ont été retrouvées dans les récipients. Ils témoignent de la grande variété d’ingrédients utilisés pour préparer les plats.

Les archéologues ont également fait apparaître une inscription : “NICIA CINAEDE CACATOR”. Il se peut qu’elle ait un caractère homophobe, mais cela reste à prouver.

Source: Parco Archaeologico di Pompei.

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Pompeii keeps revealing its secrets.The eruption of Mount Vesuvius in 79 helped to preserve the wealth of the Roman world for thousands of years. Pompeii and its neighbour, Herculaneum, have revealed frescoes, human bodies and even the remains of a horse.

In a post released on March 31st, 2019, I explained that archaeologists had discovered a thermopolium, an ancient snack bar, in the ruins of Pompeii. The bar is located at the intersection of Vicolo delle Nozze d’Argento and Vicolo dei Balconi. Some eighty thermopolia have already been discovered at Pompeii in the past.

In the thermopolium, the counter’s colourful frescoes have survived nearly 2,000 years under volcanic ash and pumice.  The counter is adorned with two very nice and well preserved paintings. One features a nereid seated on a horse, while the other depicts a worker in a snack bar–type environment. Other brightly coloured frescoes depict animals that were part of the ingredients in the food sold, such as a chicken and two ducks hanging upside down.

Several amphorae discovered close to the counter are very similar to those depicted in the fresco.  There was also a decorated bronze drinking bowl known as a patera, ceramic jars used for cooking stews and soups, and wine flasks.

I illustrated my March post with several images provided by the Archaeological Park of Pompeii. When it was first discovered,archaeologists thought the commercial space might once have served hot food.

Since the discovery in March 2019, archaeologists have made more researched and unearthed very interesting items. In particular, they have found traces of nearly 2,000-year-old food in some of the deep terra cotta jars  which the shop keeper lowered into the counter with circular holes. Traces of pork, fish, snails and beef were found in the containers. They are a testimony to the great variety of animal products used to prepare dishes.

The archaeologists also revealed an inscription: “NICIA CINAEDE CACATOR”. It may be homophobic in nature, but that remains to be proved.

Source: Parco Archaeologico di Pompei.

Source : Parc archéologique de Pompéi

Les secrets d’Herculanum (Italie)

Détruite en octobre 79 par l’éruption du Vésuve, la ville romaine d’Herculanum est moins connue et moins visitée que Pompéi. Située à 6 km du volcan, elle ne couvrait qu’une douzaine d’hectares et hébergeait 4000 habitants. Le site a été découvert par hasard au 18ème siècle par un paysan qui creusait un puits. C’est à cette époque que les fouilles ont débuté.

Herculanum et ses nombreuses fresques très élaborées est mieux conservée que Pompéi, comme le montre fort bien le documentaire intitulé « Les secrets enfouis d’Herculanum », récemment diffusé par la chaîne de télévision France 5.

Lors de l’éruption, le Vésuve a émis une colonne de cendre d’environ 34 km de hauteur que les vents ont d’abord dirigée vers Pompéi. L’effondrement de la colonne éruptive a ensuite déclenché des nuées ardentes d’une température estimée à 500°C qui ont envahi Herculanum. Ce phénomène éruptif est confirmé par le bois carbonisé retrouvé dans les habitations qui sont en meilleur état qu’à Pompéi. Ainsi, plusieurs maisons ont conservé leurs étages. On a découvert des meubles comme des lits et même un berceau avec le bébé à l’intérieur. Des figues, l’une des spécialités agricoles d’Herculanum, ont également été recueillies par les archéologues. .

Une couche de cendre a recouvert les dépôts pyroclastiques. Les strates visibles dans la couche de matériaux volcaniques d’une vingtaine de mètres d’épaisseur montrent que la ville d’Herculanum a été enfouie au cours de plusieurs phases éruptives.

Le documentaire est particulièrement intéressant car il nous montre la structure sociale de la ville qui était beaucoup plus riche et puissante que Pompéi. C’est à Herculanum que vivait l’élite de la société romaine, avec ses nobles et ses personnes fortunées, comme le montre l’architecture des maisons. La plus fascinante est sans aucun doute la Villa dei Papiri où les archéologues ont découvert, comme son nom l’indique, une extraordinaire collection de papyrus.

La maison de très grande taille appartenait au beau-père de Jules César. Elle était particulièrement luxueuse. La présence d’un collection de quelque 1500 papyrus – tous n’ont peut-être pas été découverts – révèle un haut niveau d’éducation à une époque où peu de gens savaient lire. Ecrits en grec, ce sont des extraits de philosophie épicurienne. C’est en utilisant l’imagerie multispectrale mise au point par la NASA, avec plusieurs longueurs d’onde infrarouge, que le contenu des papyrus a pu être déchiffré. La tâche est particulièrement difficile car les lettres à l’encre noire ressortent à peine sur leur support carbonisé.

NB : voir ma note du 30 mars 2016 consacrée à la Villa dei Papiri : https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/03/30/les-papyrus-dherculanum-livrent-leurs-secrets-suite-scrolls-of-herculaneum-are-telling-their-secrets-continued/

La partie du documentaire consacrée aux 300 squelettes découverts à Herculanum est passionnante. Les scientifiques expliquent pourquoi autant d’habitants se sont regroupés dans 79 hangars à bateaux. Il ne faut pas oublier que la ville ne se trouvait pas à 500 mètres à l’intérieur des terres comme aujourd’hui.

Juste avant l’éruption du Vésuve, la terre a tremblé fortement à Herculanum, comme cela s’était déjà produit en l’an 62. Les gens s’étaient réfugiés sous les arcades des hangars pour se mettre à l’abri des effondrements. Ils ne s’attendaient pas à l’éruption du Vésuve qui, pour eux, n’était pas autre chose qu’une montagne.

L’analyse des boîtes crâniennes montre que la mort de ces personnes a été immédiate. Leur crâne a carrément explosé par ébullition du cerveau. Ils ont été tués par la chaleur extrême de la nuée ardente.

La position des corps à Herculanum est très différente de celle révélée par les moulages de Pompéi. Selon les scientifiques, la position des corps à Pompéi s’explique par un « réflexe post mortem », avec une contraction des muscles après la mort.

De plus, contrairement à Pompéi, les os des squelettes d’Herculanum ont permis une identification par l’ADN. Les chercheurs ont pu se rendre compte qu’il y avait des regroupements familiaux. Les gens ont voulu se regrouper pour fuir, mais ils ont été littéralement incinérés.

Autre point important : l’analyse des squelettes révèle la structure de la société romaine à Herculanum, en particulier la présence d’esclaves dont certains étaient affranchis. Ils appartenaient à des maîtres très riches pouvant en posséder parfois une vingtaine. Beaucoup de ces esclaves étaient originaires du Moyen Orient, suite aux conquêtes de l’Empire Romain.

Il se pourrait que les 300 squelettes découverts à Herculanum soient les restes des seules victimes de l’éruption du Vésuve. Les scientifiques pensent que la grande majorité de la population a réussi à s’enfuir. Beaucoup d’habitants auraient élu domicile à Naples et surtout à Cumes, à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Herculanum.

Cette hypothèse devra toutefois être confirmée avec la suite des fouilles car seulement le quart de la ville romaine a été extrait de la cendre du Vésuve.

Le documentaire (accessible en rediffusion jusqu’au 26 décembre 2020) donne vraiment envie d’aller visiter Herculanum, Stabies et Pompéi, sans oublier le Musée archéologique de Naples qui est un complément indispensable à ces visites.

 Vue de la Villa dei Papiri (Crédit photo : Wikipedia)