Les flamants nains du lac Natron (Tanzanie) // The lesser flamingos of Lake Natron (Tanzania)

Lors de ma visite à l’Ol Doinyo Lengai, au cœur de la Vallée du Rift, en décembre 2002, j’ai eu l’occasion de parcourir les rives du lac Natron et de voir les innombrables flamants nains qui s’y nourrissent d’algues microscopiques, les cyanobactéries. Elles produisent des substances chimiques qui, chez la plupart des animaux, endommageraient les cellules, le système nerveux et le foie et entraîneraient la mort. Le flamant, lui, peut en consommer des quantités énormes sans effets nocifs. De plus, c’est un pigment produit par l’algue qui lui donne son magnifique plumage rose.
Deux des habitats préférés des flamants nains, le lac Bogoria au Kenya et le lac Natron en Tanzanie, sont hostiles à pratiquement toutes les autres formes de vie. L’eau du lac Natron peut même agresser la peau de l’homme. Dans de telles conditions, les prédateurs (quelques renards qui viennent chaparder des poussins) sont peu nombreux et la concurrence pour la nourriture est minime. C’est pourquoi ces zones humides toxiques abritent d’impressionnantes colonies de flamants.

Ayant évolué dans un environnement aussi hostile avec peu de rivaux, les flamants nains auraient du mal à s’adapter à un style de vie plus compétitif ailleurs. Malgré cela, leur nombre dans la nature diminue chaque année. Les hommes sont en grande partie responsables de cette situation. Les habitats des zones humides ont été pollués par des produits chimiques agricoles et des eaux usées. Le déclin de la prolifération d’algues signifie que certaines populations de flamants meurent de faim. Si les humains prélèvent trop d’eau dans un lac ou si le changement climatique entraîne une évaporation excessive, les niveaux de salinité deviennent instables. Les populations de cyanobactéries peuvent alors exploser et les oiseaux finissent par consommer de nouvelles espèces qui peuvent les empoisonner et causer de très nombreuses pertes.
Les tentatives d’extraction du carbonate de sodium (Na2CO3) – à des fins industrielles – du lac Natron représentent un autre danger. L’exploitation minière perturberait la vie de ces oiseaux qui tendent à nicher loin du rivage, sur des îles qui ont été isolées par les inondations. Étant donné la lenteur avec laquelle les flamants roses s’adaptent et évoluent vers de nouvelles aires de nidification, toute modification dans l’évolution du lac Natron doit être évitée. Les perturbations anthropiques ont déjà conduit les flamants nains à abandonner des sites de reproduction et, en 1993, les eaux polluées des lacs Bogoria et de Nakuru ont tué plus de 20 000 flamants nains, le premier exemple d’une série de morts récurrentes.
Le dernier projet d’exploitation minière du lac Natron a été retiré mais d’autres projets n’ont pas été définitivement abandonnés. Les groupes de conservation environnementale restent vigilants. La surveillance et la protection de la population de flamants du lac Natron constituent une priorité absolue. L’extraction à grande échelle du carbonate de sodium serait une catastrophe pour l’espèce et pourrait voir les flamants devenir officiellement menacés.
L’importance de ces zones humides et apparemment hostiles est évidente. La vie dans les lacs de la vallée du Rift dépend d’un équilibre délicat. Il est clair que nous nuisons déjà à ces écosystèmes uniques et fragiles. Si les humains devaient y provoquer des changements drastiques, les colonies de flamants roses disparaîtraient à jamais.
Sources: France Info, The Independent.

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During my visit to Ol Doinyo Lengai volcano in the heart of the Rift Valley in December 2002, I had the opportunity to walk along the shores of Lake Natron and see the innumerable lesser flamingos that feed on microscopic blue-green algae, also called cyanobacteria. They produce chemicals that, in most animals, can fatally damage cells, the nervous system and the liver. The lesser flamingo, however, can consume enormous amounts with no ill effects. It is a pigment in the algae that gives them their colourful plumage.

Two of the lesser flamingo’s preferred habitats, Lake Bogoria in Kenya and Lake Natron in Tanzania, are hypersaline and hostile to practically all other forms of life. Lake Natron water can even strip away human skin.With few other animals able to cope in such conditions, there is minimal competition for food, and these toxic wetlands are home to massive flocks.

Having evolved in such a hostile environment with few rivals, they would have trouble adapting to a more competitive lifestyle elsewhere. The number of lesser flamingos in the wild is decreasing each year. And humans are to blame. Wetland habitats have been polluted by agricultural chemicals and sewage. Declining algal blooms mean some populations are starving to death. If humans take too much water from a lake, or climate change causes excess evaporation, then salinity levels will become unstable. Populations of cyanobacteria can explode and the birds end up consuming new species which can poison them and cause mass deaths.

Attempts to extract sodium carbonate (Na2CO3) from Lake Natron represents another danger. Mining would disturb the birds who like privacy when breeding and tend to nest far from shore, on remote islands that have been isolated by flooding. Given how slow flamingos are at adapting and changing to new nesting areas, any Natron development must be avoided. Anthropogenic disturbances have previously caused lesser flamingos to abandon suitable breeding sites, and back in 1993, polluted water in Lake Bogoria and nearby Nakuru killed more than 20,000 lesser flamingos, the first of a series of recurring deaths.

The latest mining proposal has been withdrawn but such developments have not been completely shelved. Conservation groups remain alert. Monitoring and protecting the population at Lake Natron is the top priority for lesser flamingo conservation. Large-scale soda ash extraction would be disastrous for the species and could see the flamingos become officially vulnerable or even endangered.

The importance of these unique, and apparently hostile, wetlands is clear to see. Life in the Rift Valley lakes is a delicate balance. And it is clear that we are already harming these unique and fragile ecosystems. If humans were to cause drastic changes, their spectacular pink inhabitants would vanish forever.

Sources : France Info, The Independent.

L’Ol Doinyo Lengai

Paysage du Rift Africain

Flamants du lac Natron

(Photos: C. Gtandpey)

Ol Doinyo Lengai (Tanzanie) : Une éruption dans le court terme ? // A short term eruption ?

Selon des observations récentes, il semble que l’Ol Doinyo Lengai montre des signes de réveil et une éruption pourrait se produire à court terme.
Une géophysicienne de Virginia Tech a travaillé avec des universitaires locaux pour essayer de prévoir la prochaine éruption majeure. En juin 2016, ils ont installé cinq capteurs GPS autour de l’Ol Doinyo Lengai afin de contrôler les déformations de la surface du volcan.
Avec la collaboration de l’Université Ardhi de Tanzanie et le KIGAM de Corée du Sud, les chercheurs ont mis en place un système de surveillance en temps réel.
Le 17 janvier 2017, des signaux ont révélé que certaines parties du volcan se soulevaient. Ces signaux ont incité l’équipe scientifique à installer trois nouvelles stations en temps réel. Outre l’inflation, les chercheurs ont observé une augmentation des émissions de cendre et de l’activité sismique, un soulèvement au niveau de petits cônes volcaniques et l’agrandissement d’une fracture au sommet du volcan, du côté ouest.
Sur la base de ces données, les chercheurs ont mis en garde sur la proximité d’une éruption qui pourrait se produire d’ici « quelques semaines, quelques mois, un an ou plus ». [NDLR : Peut-on appeler cela de la prévision volcanique ?]
Les chercheurs font remarquer qu’une éruption n’affecterait probablement pas les nombreux sites paléoanthropologiques à proximité. En effet, l’Ol Doinyo Lengai se trouve à une centaine de kilomètres de la célèbre gorge Olduvai, avec un ensemble d’empreintes de pieds de 3,6 millions d’années à Laetoli et d’anciennes empreintes d’homo sapiens à Engare Sero.
Cependant, si une éruption majeure coïncidait avec une saison de fortes pluies, les coulées de débris pourraient atteindre Engare Sero et les sites à proximité. Historiquement, le Lengai a déjà produit de grands écoulements et des avalanches de débris qui ont atteint le rivage du lac Natron. Une telle situation pourrait constituer une menace pour le site et pour tous les camps situés le long du lac.
Source: The National Geographic.

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According to recent observations, it looks as if Ol Doinyo Lengai is showing signs that an eruption is imminent.

A geophysicist at Virginia Tech, has been partnering with local academics to try and predict the next major eruption. In June 2016, they installed five positioning sensors around Ol Doinyo Lengai in the hopes of tracking how magma is deforming the volcano’s surface.

In concert with Tanzania’s Ardhi University and South Korea’s KIGAM, the researchers set up a monitoring system that collects data on the volcano’s activity in real time.

On January 17th, 2017, there were signs that parts of the volcano were lifting upward. These signals incited the scientific team to install three new real-time stations. Beside the inflation, there were increased ash emissions, seismic activity, uplift at small volcanic cones, and an ever widening crack at the top of the volcano on the west side.

Based on the data they are seeing, the researchers warn that an eruption seems to be on the horizon, namely “a matter of a few weeks, a couple of months, or a year or more.”

The researchers note that an eruption alone likely would not affect many of the nearby paleoanthropological sites. Ol Doinyo Lengai is about 100 kilometres from the famed Olduvai Gorge, a collection of 3.6-million-year-old footprints at Laetoli, and more ancient Homo sapiens footprints at Engare Sero.

However, if a large eruption and a heavy rainy season were to coincide, the resulting debris flows could potentially harm Engare Sero and nearby sites. Historically, Lengai is capable of large debris flows and debris avalanches that reach the shore of Lake Natron, and these could potentially pose a significant threat to the site and to all of the camps that are along the lake edge.

Source : The National Geographic.

Vues du Lengai et du Rift en 2003 (Photos: C. Grandpey)

Kilimandjaro, Ol Doinyo Lengai, Ngorongoro (Tanzanie)

L’émission « Faut pas rêver » diffusée sur France 3 le 15 mars dernier était intitulée Tanzanie, du Kilimandjaro à Zanzibar. Elle a permis de survoler le Kilimandjaro qui domine le continent de ses 5895 mètres. Il s’agit d’un volcan décrit comme dormant. En effet, la dernière éruption majeure remonterait à plus de 300.000 ans mais une activité volcanique aurait été détectée il y a quelques centaines d’années. Par ailleurs, le Kili émet encore des fumerolles au niveau du Kibo, et connaît occasionnellement des secousses sismiques faibles à moyennes.
Beaucoup de randonneurs effectuent la longue ascension du Kilimandjaro dans l’espoir d’admirer les glaciers qui couronnent son sommet. Ceux qui veulent se lancer dans cette expédition doivent se dépêcher car les « neiges du Kilimandjaro » de la chanson de Pascal Danel sont en voie de disparition.
Depuis les années 2000, la glace sommitale aurait perdu 29 % de son volume, en grande partie à cause du réchauffement climatique. Les glaciers sur la façade nord, comme le Credner, ont largement contribué à cette perte. Si les glaciers de cette face disparaissent plus rapidement, c’est en partie parce qu’elle est la plus exposée au soleil. Le Kili étant dans l’hémisphère sud, à seulement 340 km de l’équateur, c’est le versant nord du volcan qui reçoit le plus de rayonnement solaire.  Au même titre que les glaciers andins tropicaux, les glaciers du Kilimandjaro dépendent des variations climatiques naturelles – El Niño notamment -, du changement climatique actuel, mais également de la déforestation. Selon certaines études, elle jouerait même un rôle déterminant. En effet, le volcan est entouré d’une forêt tropicale qui, malgré la création d’un parc national en 1973, continue de régresser.

Voici deux captures d’images du documentaire:

L’émission a également permis un survol de l’Ol Doinyo Lengai. Les visites à ce volcan se font rares depuis l’éruption de 2007 qui a creusé un profond gouffre à son sommet. Les images proposées par l’émission confirment la situation très calme actuelle. Il ne semble même pas que des coulées de carbonatite soient présentes au fond du pit crater. J’ai eu la chance de grimper au sommet du Lengai à la fin du mois de décembre 2003. On observait alors un petit lac de lave avec de fréquents débordements. Même si les coulées de carbonatite ont disparu, la région du Lengai au cœur du rift africain, avec le lac Natron et ses flamants roses, mérite largement un détour.

Voici une capture d’écran du documentaire:

Voici des photos prises en décembre 2003:

Sans oublier les populations masaï:

Les pistes permettent d’accéder assez rapidement au cratère du Ngorongoro qui figurait également en bonne place dans l’émission. Il s’agit d’un ancien volcan qui, il y a deux millions d’années, s’est effondré sur lui-même lors de la vidange de sa chambre magmatique. L’événement a donné naissance à la caldeira d’une vingtaine de kilomètres de diamètre que nous connaissons aujourd’hui et qui est un paradis pour la faune africaine. Le parcours au milieu des zèbres et des gnous, en compagnie des buffles, des éléphants et autres lions figure parmi mes meilleurs souvenirs de voyages….

Photos: C. Grandpey

Des empreintes de pieds millénaires près de l’Ol Donyo Lengai (Tanzanie) // Ancient footprints close to Ol Doinyo Lengai (Tanzania)

drapeau-francaisSelon un article paru dans la revue Palaeogeography, Paleoclimatology, Paleoecology, des chercheurs ont découvert et daté un ensemble de très vieilles empreintes de pieds sur des vasières au pied de l’Ol Doinyo Lengai. Ils ont relevé plus de 400 empreintes sur le site, laissées par des êtres humains il y a entre 5800 et 19100 ans.
En étudiant ces anciennes empreintes près du village d’Engare Sero, les scientifiques pourront mieux comprendre comment vivaient et se déplaçaient ces premiers Homo sapiens africains.

Certaines empreintes laissent supposer que les gens se déplaçaient en trottinant rapidement, tandis que d’autres montrent des groupes de femmes et d’enfants voyageant ensemble. Une personne semble avoir marché avec un gros orteil cassé.
Les scientifiques ont observé le site d’Engare Sero pour la première fois en 2008 et ils viennent de publier les résultats de leurs recherches après des années passées à dater et analyser les empreintes. Ils pensent que c’est la boue qui s’écoule de l’Ol Doinyo Lengai qui a donné naissance aux vasières d’Engare Sero. C’est avant de sécher que cette boue a conservé les empreintes. Il se peut toutefois que ces dernières n’aient pas été toujours visibles et que le site ait été recouvert par une autre coulée de débris en provenance du volcan il y a 10000 ou 12000 ans.
A l’origine, les scientifiques pensaient que la boue s’était formée à partir d’un nuage de cendre, ce qui ferait remonter les empreintes à environ 120 000 ans. Aujourd’hui, on pense plutôt que la cendre a été transportée par l’eau, ce qui signifie que les empreintes ne sont probablement pas aussi anciennes.
En identifiant les cristaux les plus récents enfouis dans la boue grâce à des techniques géochronologiques, les scientifiques ont conclu que les empreintes ont probablement été laissées il y a 19 100 ans, avec une marge d’erreur de quelques milliers d’années.
Maintenant que la datation est plus précise, les chercheurs veulent en savoir davantage sur la façon dont ces gens vivaient car il y a encore beaucoup de mystères à résoudre.
Le site qui prétend avoir les empreintes les plus anciennes jamais découvertes est celui de Laetoli, également en Tanzanie. Il remonterait à environ 3,6 millions d’années. Les empreintes auraient été laissées par les premiers ancêtres de l’homme, les membres de l’espèce Australopithecus afarensis, mais il existe des désaccords sur l’interprétation du site.
Source: Sciencealert.

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drapeau-anglaisAccording to an article in the journal Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology, researchers have dated an ancient and rare collection of footprints on the mudflats beyond the Ol Doinyo Lengai. There are more than 400 footprints at the site, thought to have been left between 5,800 and 19,100 years ago.

By knowing more about when these ancient footprints were committed to the dirt near the village of Engare Sero, it gives scientists a unique opportunity to figure out how these early African Homo sapiens might have lived and travelled.

Some of the tracks imply that people were moving at a brisk jogging speed, while others show groups of women and children travelling together. One person appears to have been walking with a broken big toe.

Scientists were first alerted to the Engare Sero site back in 2008, but have just published their findings after years of careful research to date and explain these prints. They think that mud flowing down from Ol Doinyo Lengai formed the Engare Sero mudflats, and in the days before it dried, it managed to capture and preserve these ancient tracks. However, they might not have always been visible; the researchers suggest that the site was covered with another flow of debris from the volcano 10,000 to 12,000 years ago.

Originally, the scientists thought the mud was formed directly from an ash cloud, which would date the prints at around 120,000 years old. Now, the hypothesis is that the ash was carried down by water, which means the footprints probably aren’t quite so ancient.

By identifying the youngest crystals buried in the mud using geochronological techniques, the scientists found the tracks could have been deposited as far back as 19,100 years ago, with a margin of error of a few thousand years.

Now that the timeframe has been narrowed, the researchers want to study more about how these people lived and socialised. There are still plenty of mysteries left to solve.

The site that claims to have the oldest footprints ever discovered is Laetoli, also in Tanzania, which is dated to around 3.6 million years ago. But those tracks would have been left by earlier human ancestors, members of the Australopithecus afarensis species, and there is some debate about the interpretation of the site.

Source : Sciencealert.

lengai-blog

Sommet du Lengai en décembre 2002 (Photo: C. Grandpey)