Le Mont St Helens serait-il un « supervolcan »?

Tel le monstre du Loch Ness (que je n’ai pas vu lors de mon périple écossais), le mythe du « supervolcan » vient de refaire surface ! Il ne s’agit plus de celui de Yellowstone, mais c’est le Mont St Helens qui pourrait bien recevoir ce grade…

En effet, en utilisant la magnétotellurique, des scientifiques néo-zélandais ont détecté ce qu’ils pensent être une vaste zone de roche en fusion partielle, et qui pourrait alimenter une éruption de grande ampleur. La magnétotellurique consiste à mesurer les fluctuations des champs électriques et magnétiques en surface et créer une image de ce qui se passe en profondeur.  Ces champs se modifient en relation avec les courants électriques – induits par les orages et autres phénomènes – qui se déplacent sous la surface de la terre. Ces courants sont plus puissants quand ils entrent en contact avec le magma puisque ce dernier est meilleur conducteur que la roche solide.

Les mesures révélées par les capteurs magnétotelluriques installés par les chercheurs néo-zélandais autour du Mont St Helens ont révélé la présence d’une colonne de matériau conducteur à la verticale du volcan. A une quinzaine de kilomètres de profondeur, cette colonne semble se connecter à une zone conductrice beaucoup plus large, déjà identifiée dans les années 1980 par la même technique. A l’époque, les scientifiques avaient découvert qu’elle s’étendait jusque sous le Mont Rainier – qui se dresse à 70 km au nord – et le Mont Adams, à 50 km à l’est). On pensait alors qu’il s’agissait d’une zone de sédiments humides, donc bons conducteurs.  

Au vu des dernières mesures (effectuées alors que le St Helens émettait des matériaux en fusion partielle), les chercheurs néo-zélandais pensent que cette vaste zone n’est pas composée de matériaux sédimentaires, mais de matériaux en fusion partielle. Sa conductivité n’est pas suffisante pour que ce soit du magma à l’état pur. Il s’agit probablement d’un mélange de roches solides et en fusion.

L’opinion des scientifiques américains est plus réservée quant à la notion de « supervolcan » pour le St Helens. Ils pensent eux aussi qu’il existe des matériaux en fusion partielle, mais la conduction, selon eux, serait surtout due à la présence d’eau.

S’il y avait, effectivement, une immense poche de magma sous les trois volcans mentionnés dans cet article, elle ressemblerait beaucoup à celle qui sommeille sous le Parc de Yellowstone et qui, comme chacun sait, s’est réveillée il y a 640 000 ans et devrait bientôt causer de graves soucis au Président Obama puisqu’elle ne semble pas avoir entendu son réveil !! Toutefois, faisant preuve d’une certaine modestie, les chercheurs pensent que l’éruption du « supervolcan » de la région du St Helens n’est pas pour demain et que, de toute façon, ils ne sont pas en mesure de dire quand elle se produira…. !

Source : The New Scientist.

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Le Mont Rainier vu depuis le St Helens, avec Spirit Lake au premier plan (Photo: C. Grandpey)

Un nouveau télescope sur l’Haleakala (Ile de Maui / Hawaii)

Un débat très animé est actuellement en cours sur l’île de Maui à propos du projet de construction d’un télescope solaire au sommet de l’Haleakala. Ce télescope, d’une hauteur de 43 mètres, serait réalisé par la National Science Foundation.

Les personnes contre la construction du télescope sur la « Maison du Soleil » indiquent qu’il serait édifié sur un site spirituel – probablement le plus important sur l’île de Maui – sur lequel des souverains ont été enterrés. Construire sur un site sacré équivaut à une profanation. De plus, les militants hawaiiens font remarquer qu’il s’agit d’une terre qui leur a été cédée par le gouvernement américain quand l’état d’Hawaii a été créé.

Les personnes en faveur de la construction du télescope avancent plusieurs arguments. Ce serait un investissement bienvenu sur l’île qui en a bien besoin. Elle permettrait de créer 35 emplois et apporterait 18 millions de dollars à l’économie locale chaque année. D’un point de vue scientifique, le télescope permettrait d’améliorer notre connaissance du soleil et de mieux comprendre sa capacité à détruire les communications et les systèmes électriques.

Les services du parc de l’Haleakala devraient donner leur avis dans les prochains jours quant à l’impact sur l’environnement.

Le public a jusqu’au 22 juin pour donner son avis.

La National Science Foundation donnera son verdict en juillet. Son directeur reconnaît qu’il s’agit d’un projet d’envergure et coûteux, mais qu’il profitera à toute la communauté scientifique.  L’administration Obama a alloué une somme de 146 millions de dollars à la construction du télescope solaire de l’Haleakala. Toutefois, le fait que l’argent ait été alloué ne veut pas forcément dire qu’il sera dépensé sur ce projet…. Wait and see !

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Coucher de soleil sur l’Haleakala où plusieurs télescopes existent déjà. (Photo: C. Grandpey)

Allègre: le retour?

Ce n’est pas vraiment de la volcanologie, mais la volcanologie est concernée, étant donné le rôle calamiteux joué par le personnage pendant « l’affaire de la Soufrière » en Guadeloupe en 1976.

Une rumeur court depuis pas mal de temps selon laquelle Claude Allègre serait pressenti pour entrer très prochainement au gouvernement (comme Ministre de l’Industrie ?) lors d’un remaniement ministériel. Il aurait même confié à Pierre Moscovici – député PS du Doubs – que « c’était fait ». Allègre a démenti l’information il y a quelques jours sur France Info, traitant de « menteurs » ceux qui colportaient la nouvelle ! Entendre le mot « menteur » dans la bouche du « dégraisseur de mammouths » prête à rire quand on se souvient de son attitude vis-à-vis de l’équipe Tazieff en 1976 ! Personnellement, j’ai honte d’avoir eu ce bonhomme à la tête du ministère de l’Education !

La perspective de voir Allègre venir une nouvelle fois au sein du gouvernement a fait violemment réagir Nicolas Hulot qui a déclaré que l’éventuelle nomination de Claude Allègre au gouvernement serait « un bras d’honneur aux scientifiques » et « un signal tragique », six mois avant le sommet de Copenhague où doit être conclu un accord mondial sur le climat. Toujours selon Nicolas Hulot, l’homme est sincère quand il dit qu’il ne croit pas à l’origine humaine du changement climatique et qu’il se refuse donc à mobiliser contre ce phénomène. Le problème, c’est qu’« il ne pense pas la même chose que les 2.500 scientifiques du GIEC, qui mettent le monde en garde contre la catastrophe. C’est son droit. Mais s’il devait être recruté au gouvernement, ça deviendrait une politique, et ce serait un bras d’honneur à ces scientifiques. La France expliquerait à l’Académie des Nobel (qu’elle a) remis (ses) prix à des chercheurs fantasques. »

Espérons donc que la rumeur n’est pas fondée….

 

Ol Doinyo Lengai (Tanzanie)

1475806114.38.jpgL’Ol Doinyo Lengai est un volcan d’exception. Il est le seul volcan actif sur terre à produire de la carbonatite, lave de couleur noire, très fluide et donc très différente de celle émise par un volcan comme l’Etna, par exemple. Une équipe de chercheurs américains et français, gérée par l’Université du Nouveau Mexique, pense avoir trouvé la raison pour laquelle le volcan tanzanien émet une lave aussi inhabituelle. Ces scientifiques pensent qu’elle réside dans la situation géographique et dans l’avenir du continent africain.

L’Afrique est en train de se fracturer. Toute la partie du continent située à l’est de la grande Vallée du Rift se déplace imperceptiblement  en direction de l’Océan Indien. La Vallée elle-même est en train de s’enfoncer et dans quelques millions d’années, elle se trouvera au fond de l’océan. L’Ol Doinyo Lengai se dresse en plein milieu de cette vallée. Sa lave, la célèbre carbonatite, est très pauvre en silice, le minéral que l’on associe habituellement aux volcans et qui détermine la viscosité de leur lave. Elle est aussi beaucoup plus froide – seulement 500°C environ – comparée aux 1000°C ou plus des laves traditionnelles. Elle s’écoule beaucoup plus rapidement et ressemble par sa fluidité plus à de l’eau qu’à de la lave. A sa source, la carbonatite est noire mais elle blanchit rapidement au contact de l’air ambiant et de l’eau de pluie.

Les scientifiques ont remarqué que le volcan présentait un grand nombre de petites fissures à l’intérieur de son cône ; ces fissures émettent des gaz en provenance directe de la partie du manteau terrestre située sous la surface. D’après l’article publié dans la revue Nature, les échantillons de gaz prélevés dans ces fissures contiennent du gaz carbonique, de l’hélium, de l’azote et de l’argon dans des proportions identiques aux gaz volcaniques émis par des fractures situées sur le plancher océanique. Cela montre que le volcanisme de la région présente les caractéristiques du processus qui se déroule au fond de l’océan et qui sera le devenir de la Grande Vallée du Rift africain.

Les scientifiques pensent que l’origine de la carbonatite est due à la minceur de la croûte terrestre sous le volcan. Il est vraisemblable que la carbonatite s’accumule dans des petites zones dans la partie supérieure du manteau, juste sous l’écorce terrestre. Là où l’écorce est suffisamment mince – au niveau du plancher de l’océan ou de la Rift Valley – la carbonatite peut atteindre la surface plus facilement. C’est un matériau qui a une vie éphémère. D’une part, le Lengai est une montagne trop imposante (elle culmine à près de 3000 mètres) pour avoir été formée uniquement de carbonatite qui est un matériau friable et très érosif. D’autre part, les analyses effectuées par l’équipe de chercheurs montrent que les éruptions de carbonatite tirent à leur fin. Actuellement, la carbonatite est remplacée par de la néphélinite.

Si les conclusions de cette équipe scientifique se confirment, le mystère qui entourait la carbonatite du Lengai sera enfin levé. Ce succès montrera – si nécessaire – l’importance du travail de recherche sur le terrain.

Source : Live Science.

 

993348610.47.jpgOl Doinyo Lengai is an exceptional volcano. It is the only one currently producing carbonatite, black, fast-flowing lava, very different from the one generated by Mount Etna, for instance. A team of American and French scientists, led by the University of New Mexico thinks it has found the explanation for the unusual behaviour of the Tanzanian volcano, which has to do with its location and the future of the African continent.

Africa is fracturing. Everything east of the Great Rift Valley is imperceptibly moving into the Indian Ocean. The valley itself is slowly sinking, and millions of years from now it will rest on the sea floor. Ol Doinyo Lengai sits right in the middle of this valley. Its lava, called carbonatite, is nearly free of silicon oxide, a mineral typically associated with volcanoes, and that determines the viscosity of their lava. It is much cooler – only about 500°C – compared with 1000°C or more for conventional eruptions. It also flows easily and rapidly, more like water than lava. Initially, the carbonatite is black but turns white quickly after exposure to rain and surface water.

The scientists noticed the volcano contains numerous small fissures inside its cone that are venting gas coming directly from the mantle layer deep below the surface. The team reports in Nature that the gas they collected from these fissures contains carbon dioxide, helium, nitrogen, and argon – indistinguishable from volcanic gas released from vents in the sea floor. Essentially, the volcanology of the region is beginning to take on the characteristics of the processes at work at the bottom of the ocean, because that’s where the Great Rift Valley is headed.

The scientists think the origin of carbonatite has to do with the thinness of Earth’s crust beneath the volcano. The carbonatite probably collects in small zones near the top of Earth’s mantle, just below the crust. Wherever the crust is thin enough – on the ocean floor and the floor of the Great Rift Valley – the carbonatite can push through to the surface more easily. It is a fleeting product. For one thing, Ol Doinyo Lengai is too big a mountain to have been formed out of carbonatite, which is relatively soft and erodes quickly. For another, the team’s analysis shows that the carbonatite eruptions are ending. Right now, the volcano is switching back to nephelinite.

If the conclusions of this scientific team are confirmed, the pystery around the carbonatite of Ol Doinyo Lengai will vanish. This success will show – if necessary – the importance of on-the-field research work. 

Source: Live Science.

 

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La carbonatite de l’Ol Doinyo Lengai (Photos: C. Grandpey)