Émissions et Concentrations de CO2

Les médias ne cessent de le répéter : l’épidémie de coronavirus a un effet bénéfique sur les ÉMISSIONS de CO2 dans le monde. Comme cela était prévisible – et s’était déjà produit pendant le confinement de printemps – les émissions de CO2 dues aux combustibles fossiles et à l’industrie ont chuté à travers le monde au cours de l’automne. Selon une analyse préliminaire du Global Carbon Project, ces émissions devraient chuter de 7% en 2020.

Le pic de diminution des émissions de CO2 en 2020 s’est produit au mois d’avril, lorsque les mesures de confinement étaient à leur maximum, en particulier en Europe et aux Etats-Unis. Les émissions quotidiennes de CO2 fossile ont alors chuté de 17% dans le monde. Elles ont augmenté par la suite et leur niveau est actuellement presque semblable à celui de la fin de 2019.

Les émissions de CO2 ont certes décliné au niveau mondial pendant la pandémie, mais les CONCENTRATIONS de ce gaz dans l’atmosphère ont continué d’augmenter. Elles ont progressé d’environ 2,5 parties par million (ppm) en 2020, et devraient atteindre 412 ppm en moyenne sur l’année. Il ressort que malgré la crise sanitaire, la hausse est proche de celle de 2019, année où la croissance avait été de 2,46 ppm.

Il faut bien faire la distinction entre émissions et concentrations. Les émissions représentent ce qui entre dans l’atmosphère en raison des activités humaines, alors que les concentrations indiquent ce qui reste dans l’atmosphère au terme des interactions entre l’air, la biosphère et les océans

Voici quelques chiffres intéressants sur les émissions de CO2 pendant la crise sanitaire :

Le secteur des transports de surface a connu la plus forte baisse des émissions de CO2 en 2020. Les émissions des transports en surface – qui représentent 21 % des émissions mondiales – ont été réduites de moitié au plus fort des confinements liés au coronavirus. Ce secteur représente la plus grande part de la diminution mondiale des émissions.

Les émissions du secteur de l’aviation – 2,8 % des émissions mondiales – ont été réduites d’environ 75 % au plus fort des confinements. Toutefois, l’effet a été moindre que celui des émissions des transports de surface, car l’aviation ne représente que 2,8 % des émissions mondiales.

Les émissions de l’industrie – qui représentent 22 % des émissions mondiales – ont été réduites de 30 % lors du pic de la première vague.

Les émissions provenant de la production d’électricité – soit 44 % des émissions mondiales – ont été réduites de 15 %  au plus fort des fermetures liées au coronavirus, tandis que les émissions provenant du secteur résidentiel n’ont pas beaucoup changé.

Avec les perturbations liées à la covid-19, la réduction des émissions de l’industrie dans le monde entier semble se poursuivre, mais il faut être prudent. En effet, dernières données disponibles pour le mois d’octobre montrent que les émissions industrielles en Chine et au Brésil ont suffisamment augmenté pour compenser les réductions des émissions ailleurs sur le globe au cours de ce mois.

Source : Global Carbon Project, global-climat.

Il ne faut guère se faire d’illusions. Une fois la crise sanitaire terminée dans le monde, l’économie connaîtra un boom de reprise et les émissions de CO2 augmenteront de plus belle. La baisse des concentrations de ce gaz dans l’atmosphère n’est pas pour demain. Comme je l’ai déjà expliqué, même si, par un coup de baguette magique, les émissions de CO2 chutaient aujourd’hui, il faudrait attendre plusieurs décennies pour que l’atmosphère se purifie et pour que le réchauffement climatique prenne une autre tournure.

Evolution des concentrations de CO2 au sommet du Mauna Loa au cours des 5 dernières années (Source : NOAA)

2 réflexions au sujet de « Émissions et Concentrations de CO2 »

  1. Bonjour Claude, bonjour à tous !
    Pour contribuer à éclairer la distinction entre concentration et émission, j’aime évoquer l’analogie suivante qui, bien que très simpliste, me paraît efficace…

    On assimile l’atmosphère de la Terre à un gigantesque tonneau contenant de l’eau ; l’eau représente le CO2 de l’atmosphère, ou encore la concentration de ce CO2 ; « nos » émissions de CO2, c’est l’eau qui remplit le tonneau ; l’absorption de CO2, bénéfique (végétaux, crustacés,…) ou néfaste (acidification des océans,…), ce sont les fuites d’eau du tonneau ; actuellement, le débit de remplissage est très nettement supérieur au débit de fuite : le tonneau se remplit, la concentration en CO2 augmente…
    Depuis le début de la pandémie, nous avons réduit « significativement » le débit de remplissage, mais ce débit reste supérieur au débit de fuite : le tonneau continue donc à se remplir ; tout ce que « nous » avons réussi à faire, c’est de ralentir la vitesse de remplissage !! …et tout ce que l’on peut espérer voir sur la courbe de Keeling, c’est peut-être une légère diminution — temporaire — de sa pente ascendante…

    La situation ne s’améliorera vraiment que si l’humanité rend le débit de remplissage durablement inférieur au débit de fuite : cela permettra au tonneau de se vider — à l’évidence, malheureusement, très lentement ! …et à ce moment seulement, on verra la courbe de Keeling redescendre…

    Désolé pour ceux qui trouvent cela trop puérile…

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