L’agonie des glaciers alpins : de la Mer de Glace (France) au Pasterze (Autriche) [2ème partie]

Comme la Mer de Glace, j’ai découvert le Glacier des Bossons en 1956, époque où sa masse blanche surplombait la vallée de l’Arve. Aujourd’hui, tout comme son voisin le Taconnaz, le glacier des Bossons semble avoir pris peur et recule à toute vitesse vers le haut de la montagne. Le phénomène apparaît surtout dans les clichés que j’ai pris depuis les années 1980.

En observant les photos prises en 2015, 2017, 2019 ou 2020, on constate une perte de glace régulière, en particulier sur le flanc oriental où le rocher est de plus en plus apparent. En septembre 2020, la couleur sombre de la glace trahit sa mauvaise qualité et sa disparition prochaine. La Jonction avec le Taconnaz n’existe plus depuis plusieurs années et le glacier a également tendance à s’amincir.

En fondant, le glacier des Bossons livre aussi des secrets qu’ils cachait sous sa glace. Les glaciers sont des rivières en mouvement. Un jour ou l’autre, elles déposent à leur front des personnes ou des objets disparus plusieurs décennies auparavant.

Le 24 janvier 1966, le vol 101 d’Air India qui reliait Bombay et Londres s’est écrasé dans le massif du Mont Blanc. Le Boeing 707 s’apprêtait à faire une escale à Genève. On pense que le pilote a commis une erreur d’appréciation au moment où il a amorcé sa descente vers la Suisse. Il pensait avoir dépassé le Mont Blanc, ce qui n’était pas le cas, et l’appareil est venu s’écraser en France, près du rocher de la Tournette, à une altitude de 4 750 mètres. Les 106 passagers et 11 membres d’équipage ont tous été tués.

En 1950, un autre vol d’Air India, le Malabar Princess, s’était déjà écrasé au même endroit causant la mort de ses 48 passagers et membres d’équipage.

Régulièrement, des fragments humains et autres débris sont retrouvés dans la zone de ces accidents, ou sont rendus par le Glacier des Bossons. En septembre 2013, un alpiniste savoyard découvrit une boîte contenant des bijoux et des pierres précieuses. En juillet 2015, des nouvelles pièces, incluant de l’argenterie et les fragments d’un gilet de sauvetage, ont été découvertes sur le plateau des Pyramides. En juillet 2017, un réacteur censé provenir de l’appareil a été retrouvé, ainsi qu’un bras et une jambe appartenant vraisemblablement à une femme.

Photos : G & C. Grandpey

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Dernière minute: Comme pour les avions qui se sont écrasés sur le Glacier des Bossons, les restes d’un bombardier américain B-17 Flying Fortress qui s’est écrasé sur l’Eyjafjallajökull (Islande) pendant la Seconde Guerre mondiale apparaissent régulièrement à mesure que le glacier recule. Les dix membres d’équipage ont survécu à l’accident, survenu le 16 septembre 1944. Le bombardier faisait route vers l’Angleterre, après avoir fait le plein à l’aéroport de Keflavík. Les conditions météorologiques étaient mauvaises en Islande ce jour-là; le vent a fait dévier l’avion de sa trajectoire et il s’est finalement écrasé sur le glacier. Heureusement, l’aéronef a fini sa course dans la neige et a continué à glisser sur la pente du volcan avant d’être arrêté par une congère. Une de ses ailes a été arrachée et les moteurs ont pris feu. Une fois l’incendie éteint, les hommes se sont réfugiés dans l’épave. Deux jours après le crash, après avoir aperçu une lumière dans la vallée, ils ont décidé de quitter le glacier et de se diriger vers les zones habitées.
Au fil des décennies, le glacier a ingurgité l’épave et l’a brisée en plusieurs morceaux. Aujourd’hui, comme les Bossons, l’Eyjafjallajökull livre ses secrets. Une hélice et une partie du train d’atterrissage viennent d’être découverts par des randonneurs islandais.
Source: Iceland Monitor (19 septembre 2020).