Sinabung (Indonésie): Un drame évitable // The tragedy could have been avoided

drapeau francaisLe drame du samedi 1er février sur les pentes du Sinabung appelle plusieurs remarques.

– La première est qu’il n’aurait jamais dû avoir lieu. Les 16 morts et les 3 autres personnes gravement brûlées n’auraient jamais dû se trouver dans le village de Sukameriah, à 2,7 km au sud du cratère du Sinabung, dans la zone de danger n°1, formellement interdite d’accès par les autorités indonésiennes. Un membre de l’Agence de Gestion des Catastrophes a indiqué que « bien que la zone soit très dangereuse et interdite d’accès, beaucoup de touristes y pénètrent en cachette pour prendre des photos ». Le problème est bien là : nous sommes en Indonésie où le mot « interdiction » n’a pas la même valeur que dans des pays comme les Etats-Unis ou le Japon. Je ne parle pas de la France où, comme chacun sait, il est « interdit d’interdire » depuis mai 1968… !

– Une autre remarque, c’est que ce genre d’inconscience peut mettre à mal la politique d’évacuation adoptée par les autorités indonésiennes. Il y a quelques jours, plus de 30 000 personnes vivaient plus ou moins péniblement dans 42 abris répartis dans des secteurs censés être plus surs. Vendredi, la veille du drame, les autorités indonésiennes ont décidé d’autoriser 13 828 d’entre elles à regagner leurs habitations dans 16 villages situés dans un rayon de plus de 5 km du Sinabung car le volcan semblait s’être calmé depuis la mi-janvier. Si les 16 inconscients avaient été tués jeudi, il est fort à parier que les autorités auraient revu leur décision, même si le drame n’était pas vraiment dû à une crise majeure du Sinabung.

– S’agissant de la gestion de l’éruption et des évacuations, j’ai toujours exprimé des doutes sur la politique des petits pas adoptée par les autorités indonésiennes qui élargissent la zone de danger en fonction des humeurs du volcan. Je sais que certains scientifiques ne sont pas d’accord avec ce point de vue, mais chacun a le droit de donner son opinion ! Lors de l’éruption du Merapi en 2010, plus de 320 personnes ont perdu la vie de cette façon. Dans le cas du Sinabung, le nombre de victimes est moindre. Pour moi, ce n’est pas grâce à la politique d’évacuation suivie, mais parce que le volcan a eu la bonne idée de ne pas déverser des coulées pyroclastiques majeures. Il faut parfois mettre la chance de son côté !

Je suis parfaitement conscient de la difficulté à évacuer plusieurs dizaines de milliers de villageois fortement attachés à leurs terre et leur bétail qui sont leurs seules maigres ressources, mais il faut savoir ce que l’on veut : faire du sentiment ou sauver des vies ! Il faudrait que le gouvernement indonésien fasse preuve d’une autorité plus grande et n’hésite pas à mettre en œuvre des moyens plus importants pour interdire effectivement l’accès aux zones de danger.  Mais c’est une autre paire de manches !

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drapeau anglaisThe tragedy that occurred on Saturday, February 1st on the slopes of Sinabung can lead to several comments .

– The first is that it should never have happened. The 16 persons who died and the three others who were seriously burnt should never have been in the village of Sukameriah, 2.7 km south of the crater of Sinabung in the danger zone # 1, whose access was prohibited by Indonesian authorities. A member of the Disaster Mitigation Agency said that « although the area is very dangerous and prohibited, many tourists enter secretly to take pictures. » This is the real problem: in Indonesia, the word « prohibited » does not have the same value as in countries like the United States or Japan. I ‘m not talking about France where, as everyone knows, it has been  » forbidden to forbid  » since May 1968 ! …

– Another point is that this kind of unconsciousness may affect the evacuation policy adopted by the Indonesian authorities. Some days ago, more than 30,000 people were still living more or less painfully in 42 shelters in areas supposed to be safer. On Friday, the day before the tragedy, the Indonesian authorities decided to allow 13,828 of them to return to their homes in 16 villages within a radius of more than 5 km from Sinabung which seemed to have calmed down since mid January. If the 16 people had been killed on Thursday, it is likely that the authorities would have revised their decision, even if the drama was not really caused by a major crisis of Sinabung.

– With regard to the management of the eruption and evacuations, I have always expressed doubts about the step by step policy adopted by the Indonesian authorities that consists in enlarging the danger zone according to the mood of the volcano. I know that some scientists do not agree with this point of view, but everyone has the right to give his opinion ! During the eruption of Merapi in 2010, over 320 people lost their lives in this way. As far as Sinabung is concerned, there are fewer victims for the moment. For me, it is not a matter of evacuation policy, just because the volcano had the good sense not to spill major pyroclastic flows. Sometimes, you put luck on your side !

I am fully aware of the difficulty to evacuate tens of thousands of villagers strongly attached to their land and their livestock which are their only meager resources, but we must know what we want : be sentimental or save lives! The Indonesian government should show greater authority and not hesitate to implement more important means to effectively prevent access to danger areas. But it is a different story !

Carte-Sinabung-2

Carte des zones menacées par le Sinabung  (Source: VSI)

Une réflexion au sujet de « Sinabung (Indonésie): Un drame évitable // The tragedy could have been avoided »

  1. Bonjour.
    Je n’ai pas d’avis sur la question du traitement des évacuations par les autorités indonésiennes. Juste un point supplémentaire par rapport à cette réflexion:
    – l’être humain est très compliqué à gérer, notamment vis-à-vis du changement. L’habitude, la routine, l’assurance et la non remise en question sont très compliquées à gérer.
    – malgré toutes les injonctions, Harry Truman est mort dans son hôtel au pied sur St Helens en 1980…

    Bref, c’est toujours le même discours, que ce soit pour des volcans, une avalanche, une vague… La responsabilisation des individus passe à mon sens avant tout, avant toute interdiction ou législation (même si il faut des règles bien sûr). Pourquoi ne pas interdire de rouler en voiture ou de prendre l’avion dans ce cas? Sachant qu’on met en péril par la pollution énormément de personnes, et pas juste soit même?

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    1. C’est vrai que de nos jours il semble très difficile de faire comprendre aux gens qu’il ne faut pas aller là où le danger menace: bord de mer au moment des tempêtes, hors piste quand le risque d’avalanche est au maximum, sans parler des volcans où certains n’hésitent pas à se rendre dans dans les zones exposées aux nuées ardentes, quitte à rendre encore plus complexe la tâche des autorités locales! Je crois que les médias sont pour beaucoup dans ce type de comportement à la fois débile et stupide. Tous les quatre matins, on entend parler d’émissions télévisées (je les déteste!) où le défi est à la clé; alors les gens semblent se sentir obligés de s’imposer à leur tour des défis, quitte à faire n’importe quoi. Et puis, il y a toujours eu cette curiosité morbide de l’être humain qui consiste à aller voir de ses propres yeux les sites des catastrophes…

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