Le réchauffement climatique menace la tombe de Chateaubriand

Tout comme son homologue atlantique, le littoral de la Manche est exposé à l’érosion et au recul du trait de côte. La ville de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) est en première ligne des conséquences du réchauffement climatique. Le niveau de la mer monte de quatre millimètres par an.

Photo: C. Grandpey

Situé à flan de falaise, sur la pointe occidentale de l’ilot du Grand-Bé à Saint-Malo, le tombeau de l’écrivain français François-René de Chateaubriand, mort en 1848, est de plus en plus menacé par l’érosion. Certaines associations craignent de le voir s’effondrer.

Photo: C. Grandpey

Devant la tombe, un panneau indique aux passants qu’un « grand écrivain français a voulu reposer ici pour n’y entendre que la mer et le vent ».

Photo: C. Grandpey

Désormais, une rambarde est installée pour empêcher les curieux de s’approcher. Bien sûr, certains font fi de l’interdiction et semblent ne pas de rendre compte à quel point la falaise est friable et menace de s’effondrer.

Photo: C. Grandpey

Les Malouins ont remarqué ce recul de la falaise. L’érosion s’est accélérée de manière spectaculaire au cours des dernières décennies. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder des photos du début du 20ème siècle. On y voit des personnes debout autour de la grille qui protège le tombeau. On estime qu’il y avait encore une marge d’au moins deux mètres avant le vide.

Aujourd’hui, la menace d’effondrement du tombeau est évidente. Cette crainte de l’effondrement semble aussi ancienne que la mort de Chateaubriand. Il se dit qu’en 1848, au moment de son enterrement, « il y avait déjà des textes qui disaient ‘attention elle va tomber’ ! »

Photo: C. Grandpey

La mairie de Saint-Malo a commandé une étude géologique pour « prendre la meilleure décision possible. » Selon l’adjointe au maire, il n’y a pas de « péril imminent » et « il n’est pas question de déplacer le tombeau à ce stade », comme le demandent certaines associations. Selon ces dernières, la seule solution viable serait de remonter la tombe en haut du Grand-Bé pour l’éloigner de l’érosion. Ce serait « un événement national » commente la mairie de Saint-Malo, qui espère trouver une autre solution.

Source : France Inter.

De passage à Saint-Malo ces derniers jours, j’ai profité de la marée basse pour me rendre sur le Grand Bé. Je n’ai pu que constater la fragilité de la falaise qui héberge les restes de l’auteur des Mémoires d’outre-tombe. Il faut espérer qu’une solution sera trouvée rapidement avant que la mer soit la dernière demeure de l’écrivain.

Photo: C. Grandpey

La Bretagne sous la menace des eaux

Les inondations catastrophiques qui viennent de se produire en Bretagne ne sont que l’une des conséquences du réchauffement climatique. L’ensemble de la Bretagne étant bordé par la mer, il va falloir également faire face à la hausse de son niveau. Aux inondations s’ajoutera tôt ou tard la submersion marine. En effet, une des conséquences principales du réchauffement climatique est la hausse du niveau des océans qui contribuera au phénomène d’érosion des côtes. On assistera peu à peu une inondation permanente d’une partie des zones les plus basses. Il faudra que les personnes qui y habitent s’adaptent ou aillent vivre ailleurs.

Les causes de la hausse du niveau des océans sont bien connues. Je les ai énumérées sur ce blog. Comme le rappelle fort bien l’Observatoire de l’Environnement en Bretagne (OEB), il y a en premier lieu la hausse des températures. 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée. On se trouve à 1,55°C au-dessus des années 1850-1900. Sans réduction drastique et immédiate des émissions de gaz à effet de serre, la courbe de chauffe ne cessera pas de grimper, et le niveau de la mer avec elle.

Les marégraphes et les données satellitaires montrent que sur la période 1901-2018, le niveau de la mer a augmenté de 20 centimètres en moyenne dans le monde. Deux phénomènes en sont responsables : La quantité d’eau déversée dans les océans par la fonte des glaciers et des calottes polaires. Par ailleurs, avec la hausse des températures, il se produit une dilatation thermique des océans dont le volume augmente et l’eau prend donc plus de place.

L’eau monte en Bretagne comme ailleurs dans le monde. Le marégraphe de Brest enregistre le niveau de la mer depuis 1711 dans le Finistère. Les mesures effectuées au cours des 300 dernières années indiquent une élévation d’environ 35 cm. À Saint-Malo, où l’on dispose de mesures depuis la fin du 19ème siècle, le niveau a augmenté d’une dizaine de centimètres. Globalement, le marégraphe de Brest est représentatif des changements observés sur toute la côte bretonne où le niveau de la mer augmente de manière homogène.

Source : OEB

Avec l’accélération actuelle du réchauffement climatique, la montée du niveau de la mer s’accélère sur le littoral breton et dans tout l’Atlantique Nord. À Brest, cette variation était d’environ + 1,30 mm par an entre 1890 et 1980, puis autour de + 3 mm par an entre 1980 et 2004. De 2004 à aujourd’hui, dans l’Atlantique Nord, le niveau de la mer s’est élevé à la vitesse d’environ 4 mm par an. Cette accélération devrait s’intensifier dans le futur, avec une vitesse de 5,9 mm par an sur la période 2080-2100, pour un réchauffement atmosphérique mondial de 3°C. A l’échelle mondiale, cette accélération est également bien perceptible ; le niveau de la mer est monté de 20 cm en un siècle. On s’attend à ce qu’il monte de 20 cm dans les trente prochaines années.

L’OEB conclut son rapport d’observation par une remarque très importante que je rappelle régulièrement sur mon blog. « Tous les phénomènes qui contrôlent la variation du niveau marin se produisent sur des échelles de temps longs et ont énormément d’inertie. Ainsi, même en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre dès à présent, le niveau de la mer continuera d’augmenter pendant des siècles. Des travaux scientifiques récents indiquent que le niveau de la mer dépassera de manière inévitable les 2 mètres d’augmentation, que ce soit dans une centaine d’années ou dans 2000 ans. Il faut donc s’y préparer. »

Projections selon le degré de réchauffement de la planète en 2100 (Source : OEB)