Un banc de ponce entre la Nouvelle Zélande et les Iles Fidji // Pumice raft between New Zealand and Fiji

drapeau-francaisUn vaste banc de pierre ponce a été découvert à la surface de l’océan à l’ouest du récif Minerva dans une zone à environ 600 km au SE des Fidji et à 500 km au sud-ouest des Tonga. Le banc de ponce ont été découvert au cours d’un vol militaire le 16 novembre et sa présence a été confirmée plus tard par GeoNet au vu de l’imagerie satellitaire acquise par le MODIS (Moderate-Resolution Imaging Spectroradiometer) de la NASA les 15 et 16 novembre. La ponce s’étire sur une longueur de plus de 100 km.
GeoNet n’a pas recensé de volcans sous-marins actifs dans cette zone. Un volcan sous-marin, le Monowai, se trouve à plusieurs centaines de kilomètres au nord du banc de pierre ponce. Il est entré en éruption le 3 août 2016, mais un pilote de ligne a déclaré avoir vu la pierre ponce dès le 1er août. De plus, ce volcan ne produit généralement pas de ponce.
En octobre 2012, un banc de ponce beaucoup plus grand avait été observé dans les îles Kermadec au nord-est de la Nouvelle-Zélande. Son origine a plus tard été liée à l’éruption du volcan sous-marin Havre.

Bien que la récente découverte de la pierre ponce coïncide avec le violent séisme néo-zélandais (M 7,8) de Kaikoura le 13 novembre, aucun lien n’a, pour le moment, été établi avec cet événement.

Source: GeoNet.

———————————

drapeau-anglaisA large pumice raft was found floating to the west of Minerva Reef in an area about 600 km SE of Fiji and 500 km SW of Tonga. The raft was discovered by a military flight on November 16th and later confirmed by GeoNet using satellite imagery acquired by NASA’s MODIS on November 15th and 16th. The rafts extend for more than 100 km.

GeoNet indicates that they are not aware of any active submarine volcanoes in this area. An undersea volcano several hundred kilometres to the north of the pumice – Monowai – had erupted on August 3rd, but an airline pilot reported seeing pumice as early as August 1st, but this volcano usually does not produce pumice rafts, just discoloured plumes.

In October 2012, a much larger pumice raft was found in the Kermadec Islands north-east of New Zealand and later connected to the eruption of Havre submarine volcano.

Although the recent pumice discovery coincides with New Zealand’s major M7.8 Kaikoura earthquake of November 13, the connection cannot be confirmed at this time.

Source : GeoNet.

ponce-copie

Localisation du banc de ponce (Source : Google Earth, NASA/MODIS)

La super éruption ignimbritique de Campanie // The Campanian Ignimbrite super-eruption

drapeau-francaisUne nouvelle étude sur la super éruption ignimbritique* de Campanie il y a quelque 39 000 ans met en relief de manière détaillée le déroulement de cet événement. Pour la première fois, les chercheurs ont reconstitué les deux phases de cette éruption qui a déposé une énorme quantité de matériaux entre le sud de l’Italie et les plaines de Sibérie. L’étude, intitulée “Reconstructing the plinian and co-ignimbrite 1 sources of large volcanic eruptions: A novel approach for the Campanian Ignimbrite”, est publié par Nature Scientific Reports. Vous pourrez la lire dans son intégralité à cette adresse: www.nature.com/articles/srep21220

Des chercheurs du Supercomputing Center de Barcelone (Espagne) et de l’Istituto Nazionale de Geofísica e Vulcanologia (Italie) ont reconstitué l’éruption en utilisant des centaines de simulations effectuées sur le super ordinateur MareNostrum.
Ces simulations ont permis d’établir que, dans la première phase (de type plinien), cette énorme éruption a généré une colonne de 44 kilomètres de hauteur et répandu 54 km3 de dépôts sur ce qui est aujourd’hui le sud de l’Italie.
Au cours de la deuxième phase (co-ignimbritique), un volume estimé à 154 km3 de particules fines a été émis.
L’ensemble des dépôts accumulés au cours des deux phases représente à peu près huit fois la partie visible de l’Everest.
Au total, la super éruption ignimbritique de Campanie a recouvert de cendre une superficie de plus de trois millions de kilomètres carrés, entre la Méditerranée et ce qui est aujourd’hui la Sibérie. Les plus grandes accumulations se sont produites dans ce qui est de nos jours la Macédoine, la Bulgarie et la Roumanie, tandis que la couche de matériaux en Méditerranée orientale atteignait jusqu’à 10 centimètres d’épaisseur.
Une autre caractéristique de l’éruption campanienne a été l’ « hiver volcanique » provoqué par la quantité importante de cendre et d’aérosols dans la stratosphère. Diverses études ont montré que ce phénomène a entraîné une chute de deux degrés de la température à l’échelle de la planète au cours de l’année qui a suivi l’éruption, alors que la température en Europe occidentale perdait jusqu’à cinq degrés.
En plus des effets sur l’environnement naturel, la grande éruption ignimbritique de Campanie a eu un impact significatif sur l’évolution de l’espèce humaine en Europe. En effet, elle s’est produite au moment où l’Homme moderne commençait à avancer sur le continent en provenance du Moyen-Orient, tout en déplaçant les Néandertaliens. L’éruption de Campanie, venant s’ajouter aux événements de la dernière période glaciaire, a considérablement réduit la surface habitable en Europe. Elle a peut-être contribué à ralentir le passage du Paléolithique moyen au Paléolithique supérieur, ce qui a probablement aussi ralenti l’entrée de l’Homme moderne et réduit la population qui s’était installée dans la zone dévastée par les dépôts de cendre. Des années plus tard, cependant, cette même zone allait devenir remarquablement fertile pour les nouveaux arrivants.
Source: Scientific Computing: http://www.scientificcomputing.com/

*Ignimbrite : Les ignimbrites sont issues de dépôts majoritairement ponceux que l’on rencontre dans les coulées pyroclastiques. Elles se forment en général par refroidissement des matériaux pyroclastiques lors d’une éruption explosive. Les matériaux pyroclastiques forment des couches épaisses et, si la température est suffisamment élevée (supérieure à 535°C), ils peuvent se souder entre eux et former une roche solide.

———————————

drapeau anglaisA new study on the Campanian Ignimbrite* super-eruption which took place some 39,000 years ago provides a detailed reconstruction of this natural phenomenon. For the first time, researchers have reconstructed the two phases of the super-eruption which deposited an enormous amount of ash between southern Italy and the Siberian plains. The study entitled “Reconstructing the plinian and co-ignimbrite 1 sources of large volcanic eruptions: A novel approach for the Campanian Ignimbrite,” is being published by Nature Scientific Reports. It can be fully read at this address: www.nature.com/articles/srep21220

Researchers at the Barcelona Supercomputing Center and at the Istituto Nazionale de Geofísica e Vulcanología (INGV) have reconstructed the phenomenon using hundreds of simulations carried out on the MareNostrum supercomputer.
These simulations have allowed them to establish that in the first (Plinian) phase, the super-eruption generated a 44-kilometre high column and dispersed 54 km3 of deposits in what is now southern Italy.
During the second (co-ignimbrite) phase, 154 km3 of finer particles were dispersed.
The total deposits that accumulated over the two phases is approximately equivalent to eight times the visible part of Mount Everest.
In total, the super-eruption of the Campanian Ignimbrite covered with ash an area of more than three million square kilometres, from the Mediterranean to what is now Siberia. The largest accumulations were in modern Macedonia, Bulgaria and Romania, while in areas of the eastern Mediterranean layers up to 10 centimetres thick accumulated.
Another impact of the Campanian Ignimbrite eruption was that the release of ash and aerosols into the stratosphere caused a ‘volcanic winter.’ Various studies have shown that this phenomenon caused global temperatures to drop by two degrees the following year, while the temperature in Western Europe dropped up by up to five degrees.
In addition to the effects on the natural environment, the Campanian Ignimbrite eruption has been identified as having a significant impact on the evolution of the human species in Europe, as it took place when Modern Humans had begun to advance on the continent from the Middle East, displacing the Neanderthals. The super-eruption, together with the events of the last ice age, significantly reduced the habitable area in Europe and would have contributed to slowing the transition from the Middle Paleolithic to the Upper Paleolithic, delaying the entry of Modern Humans and reducing the population which had settled in the area devastated by its ash deposits. Years later, however, this same area would become a remarkably fertile area for new settlers.
Source : Scientific Computing : http://www.scientificcomputing.com/

*Ignimbrite : Ignimbrite is a pumice-dominated pyroclastic flow deposit formed from the cooling of pyroclastic material ejected from an explosive volcanic eruption. As the pyroclastic material settles it can build up thick layers, and if the temperature is sufficiently high (above 535°C) it can weld into rock.

Tephra
drapeau-francaisLes retombées de téphra (avec leur épaisseur révélée par les nuances de rouge), venant s’ajouter à l’épisode calotte glaciaire fenno-scandienne et à l’avancée de la toundra (marquée par la ligne en pointillés) ont entraîné une réduction de la surface habitable en Europe.

drapeau anglaisTephra fallout (with various shades of red), together with the attendant episode of Fenno-Scandinavian ice cap and peripheral tundra advance on land (top dashed line), suggests a reduction of the area available for human settlement in Europe of up to 30%

La ponce du volcan Havre (suite) // The pumice from Havre volcano (continued)

drapeau francaisUn grand nombre de volcans actifs restent cachés dans les profondeurs des océans. Soixante-quinze pour cent des volcans de la Terre se dressent sur le plancher océanique. Ils fournissent à l’océan la chaleur et les éléments chimiques qui influencent les grands cycles biogéochimiques de notre planète. Ces volcans entrent parfois en éruption. Les seuls signes de ces manifestations sont la décoloration de la mer ou la présence de matériaux flottant à la surface de l’eau. A moins de voir un banc de pierre ponce ou d’observer une hausse de la sismicité à proximité d’une station de surveillance, on ne sait absolument pas que ces éruptions ont lieu.
Entre 2012 et 2014, j’ai écrit plusieurs notes à propos d’une éruption qui s’est produite sur le volcan Havre dans le Pacifique sud-ouest, à environ 1000 km au nord de la Nouvelle-Zélande, avec un énorme banc de pierre ponce observé à la surface de l’océan.

Havre-blog

Havre-blog-2

(Crédit photos:  NASA)

En 2015, une équipe de scientifiques de cinq pays différents va partir à la recherche de ce volcan sous-marin qui a émis les tonnes de ponce venues s’échouer sur les plages d’Australie et de Nouvelle-Zélande.
Deux robots seront utilisés pour étudier les fonds marins. Selon l’une des scientifiques, « l’éruption du Havre est très intéressante car elle va à l’encontre des discours actuels sur le volcanisme sous-marin. Par exemple, une théorie affirme que les éruptions de ce type de magma ne devraient pas être explosives à un millier de mètres sous le niveau de la mer. En fait, cette éruption a sa source au niveau de plusieurs bouches qui se trouvent à des profondeurs allant de 900 à 1600 mètres. Cette éruption va donc à l’encontre de cette théorie. » L’équipe scientifique voudrait aussi en savoir plus sur le rôle de l’eau dans les éruptions du volcan Havre.
La dernière éruption connue a produit environ un kilomètre cube de pierre ponce, et on pense qu’un tiers de cette pierre s’est répandu autour de l’océan Pacifique. Il est probable que des milliers, voire des dizaines de milliers de tonnes de ponce ont voyagé jusqu’à la côte est de l’Australie.
Source: Médias australiens.

 ——————————————————-

drapeau anglaisA large number of active volcanoes remain hidden in the depths of the oceans. Seventy-five per cent of Earth’s volcanoes are actually on the sea floor and they provide heat and chemicals to the ocean that basically influence the bio-geo chemical cycles of the Earth. These volcanoes sometimes erupt and the only signs of the eruptions are the discoloration of the sea or materials floating at the surface of the water. Unless you get a pumice raft or significant seismicity next to a monitoring station, you have no idea that these eruptions are occurring.

Between 2012 and 2014, I wrote several notes about an eruption that occurred at Havre volcano in the SW Pacific, about 1,000 kilometres north of New Zealand, with a huge pumice raft that could be seen floating at the surface of the ocean.

In 2015, a team of scientists from five different countries are about to embark on a voyage to this underwater volcano that produced tonnes of pumice which has washed up on beaches in Australia and New Zealand.

Two robots will be used to study the sea floor. According to one of the scientists, “the Havre eruption is very interesting in that it challenges current controversies in submarine volcanism. For example, theory predicts eruptions of this magma type should not be explosive at about 1000 metres below sea level. Actually, this eruption was sourced from multiple vents that extend maybe as deep as 1600 metres but as shallow as 900 metres – so this eruption is contradicting that theory.” The team is also interested in the role of water in the volcano’s eruptions.

The Havre eruption produced about a cubic kilometre of pumice, and probably up to a third of that got dispersed around the Pacific Ocean. Probably thousands to tens of thousands of tonnes of pumice travelled across the Australian east coast.

Source : Australian news media.

Prévision de la trajectoire des bancs de ponce // Tracking the route of pumice rafts

drapeau francaisEn Juillet 2012, le volcan sous-marin Havre dans le sud-ouest du Pacifique est entré en éruption. Il a émis une énorme quantité de ponce qui a formé un banc impressionnant à la surface de l’océan. Un article intitulé « On the fate of pumice rafts formed during the 2012 Havre submarine eruption » publié dans la revue Nature Communications révèle qu’une technique a été mise au point par des chercheurs du Centre d’Océanographie et de l’Université de Southampton afin de mieux prévoir la trajectoire et le mode de dispersion de grands bancs de pierre ponce générés par des éruptions volcaniques en mer.
Ces grandes accumulations mobiles de fragments de pierre ponce peuvent affecter une superficie considérable de l’océan, endommager les navires et perturber les routes de navigation pendant des mois, voire des années. La capacité à prévoir où ces radeaux finiront leur course pourrait donner suffisamment de temps pour mettre en place des mesures de protection sur les routes de navigation ainsi que dans les ports où la présence de la pierre ponce n’est pas sans risque.

En utilisant un modèle haute résolution de la circulation océanique globale, les scientifiques de Southampton ont simulé la trajectoire dérivante du banc de ponce de 400 kilomètres carrés en provenance du volcan sous-marin Havre. Ils ont ensuite comparé ces résultats avec les images fournies par les satellites et avec les observations directes des équipages des navires. Ils ont finalement prouvé qu’ils pouvaient reproduire avec précision la trajectoire d’un banc de ponce à la surface de l’océan en utilisant cette méthode.
Cette technique pourrait être utilisée pour prévoir la trajectoire et le mode de dispersion de bancs de ponce potentiellement dangereux émis lors de futures éruptions. Le même suivi précis de particules pourrait aussi être utilisé pour analyser le déplacement d’autres objets flottants à la surface de l’océan.

 —————————————————

drapeau anglaisIn July 2012, the Havre seamount in the southwest Pacific erupted and produced a huge quantity of pumice that formed an impressive raft at the surface of the ocean. An article entitled “On the fate of pumice rafts formed during the 2012 Havre submarine eruption” published in the review Nature Communications reveals that a technique was developed by researchers from the National Oceanography Centre Southampton (NOCS) and the University of Southampton in order to aid in predicting the dispersal and drift patterns of large floating pumice rafts created by volcanic eruptions at sea.

These large mobile accumulations of pumice fragments can spread to affect a considerable area of the ocean, damaging vessels and disrupting shipping routes for months or even years. The ability to predict where these rafts will end up could give enough advance warning for protective measures to be put in place on shipping routes or in harbours where the presence of pumice is hazardous.

The Southampton scientists simulated the drift of the 400-square-kilometre raft of pumice from the Havre seamount, using a high-resolution model of the global ocean circulation. The team then tested the results against satellite imagery plus direct observations from sailing crews, to show that they can accurately reproduce surface drift using this method.

This technique could be used to forecast dispersal routes of potentially hazardous pumice rafts from future eruptions. The same high-fidelity particle tracking can also be used to predict the spread of other floating objects in surface ocean waters.

Havre-blog

Site de l’éruption et banc de ponce vus depuis l’espace le 19 juillet 2012  (Crédit photo:  NASA)

Havre-blog-2

Vue du même banc de ponce le 13 août 2012 (Crédit photo:  NASA)