L’obsidienne et le tatouage // Obsidian and tattooing

drapeau francaisDe nos jours, les tatouages sont devenus une mode dans les pays occidentaux où les gens les arborent comme décorations sans signification culturelle particulière. Au contraire, dans certains autres pays, comme la Nouvelle-Zélande, où les tatouages ont une signification culturelle forte, ils existent depuis des siècles, voire des millénaires. Une nouvelle étude publiée dans le numéro d’août du Journal of Archaeological Science informe les lecteurs que des « outils de verre volcanique » – autrement dit d’obsidienne – âgés d’au moins 3000 ans ont été autrefois utilisés pour le tatouage dans le Pacifique Sud. En l’absence de restes humains tatoués, les chercheurs australiens qui ont effectué cette étude expliquent que ces outils capables de percer la peau pourraient aider à comprendre les pratiques de tatouage ancestrales.
Les recherches menées au cours des 25 dernières années, se sont attardées sur un tatouage vieux de 5000 ans découvert sur une momie dans les Alpes. Toutefois, de tels restes humains parfaitement conservés sont extrêmement rares, ce qui rend difficile leur utilisation pour mieux connaître l’histoire ancienne du tatouage. Une solution intéressante pour étudier les tatouages préhistoriques est d’exhumer les outils utilisés pour les réaliser. Cependant, jusqu’à présent, les archéologues n’ont découvert qu’un nombre très faible de tels instruments, probablement parce qu’ils étaient souvent confectionnés avec des matériaux périssables.
Les chercheurs se sont concentrés sur les tatouages préhistoriques dans le Pacifique, dans l’espoir d’en savoir plus sur cette pratique liée aux changements sociaux dans la région. Comme je l’ai écrit plus haut, le tatouage est une pratique culturelle très importante dans le Pacifique, même de nos jours. En fait, le mot anglais «tatouage» vient d’un mot polynésien du Pacifique: tatau. Les scientifiques ont analysé 15 objets en obsidienne découverts sur le site de Nanggu dans les îles Salomon. Les créateurs de ces objets, âgés d’au moins 3000 ans, ont donné une nouvelle forme aux éclats d’obsidienne de sorte que chaque éclat possédait une courte pointe acérée sur son rebord.
Pour créer un tatouage, la surface de la peau doit être brisée afin que le pigment puisse être inséré et reste présent de façon permanente, une fois la blessure cicatrisée. En 2015, pendant environ quatre mois, les chercheurs ont effectué 26 expériences de tatouage sur de la peau de porc, en utilisant un pigment noir à base de charbon de bois et une teinture d’ocre rouge. Ils ont utilisé des outils d’obsidienne reproduisant la taille et la forme des objets anciens de Nanggu. Lorsque les chercheurs ont comparé les anciens instruments d’obsidienne de Nanggu avec ceux utilisés pour leurs propres expériences, ils ont constaté que les deux ensembles d’outils présentaient des signes semblables d’usure, tels que l’écaillage microscopique, l’arrondissement et l’émoussement des bords, ainsi que de fines rayures. Ils ont également détecté des traces de sang, de charbon de bois et d’ocre sur les fragments d’obsidienne de Nanggu.
Ces résultats aideront peut-être les chercheurs à identifier et à mieux connaître l’utilisation ancienne des outils d’obsidienne ailleurs dans le monde.

Fox News: http://www.foxnews.com/science.html

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drapeau anglaisNowadays, tattoos have become a fashion in western countries where people wear them as decorations without any special cultural meaning. On the contrary, in some other countries like New Zealand, tattoos have a strong cultural meaning, and they have existed for centuries or even millennia. A new study published in the August issue of the Journal of Archaeological Science informs its readers that “volcanic glass tools” that are at least 3,000 years old were used for tattooing in the South Pacific in ancient times. In the absence of tattooed human remains, the Australian researchers say that the skin-piercing tools could yield insight into ancient tattooing practices.

Research conducted over the past 25 years found 5,000-year-old tattoos on a mummy in the Alps. However, such exceptionally preserved human remains are rare, which makes it difficult to use them to learn more about the ancient history of tattooing. One potential way to learn more about prehistoric tattooing is to unearth the tools used to make the markings. However, until now, archaeologists had discovered few ancient tattooing implements, likely because perishable materials were often used to make them.

The researchers focused on prehistoric tattooing in the Pacific, in hopes of learning more about the practice in relation to wider social changes in the region. As I put it above, tattooing is a very important cultural practice in the Pacific even today. In fact, the English word ‘tattoo’ comes from a Pacific Polynesian word: tatau. The scientists analyzed 15 obsidian artifacts recovered from the Nanggu site in the Solomon Islands. The creators of these artifacts, which are at least 3,000 years old, reshaped naturally occurring obsidian flakes so that each possessed a short, sharp point on its edge.

To create a tattoo, the surface of the skin must be broken so that pigment can be embedded and thus remain under the skin permanently after the wound heals. In 2015, the researchers performed 26 tattooing experiments with pigskin, using black charcoal pigment and red ochre dye, over the course of about four months. They used obsidian tools that copied the size and shape of the ancient artifacts from Nanggu. When the scientists compared the ancient Nanggu artifacts with those used in the experiments, they found that both sets of tools had similar signs of wear and tear, such as microscopic chipping, rounding and blunting of the edges, and thin scratches. They also detected residues of blood, charcoal and ochre on the Nanggu artifacts.

These findings may help researchers identify and learn more about how ancient obsidian tools elsewhere in the world might have also been used.

Source : Fox News : http://www.foxnews.com/science.html

Tatouage

Le tatouage fait partie de la culture des peuples du Pacifique Sud, comme les Maoris de Nouvelle Zélande.

(Photo: C. Grandpey)

La lave du Cordon Caulle (Chili)

drapeau francaisAu cours de plusieurs visites au volcan chilien Cordon Caulle, des scientifiques britanniques de l’Université de Lancaster ont pu observer une coulée d’obsidienne émise par ce volcan. Ils ont remarqué que cette lave extrêmement visqueuse continuait à avancer plus d’une année après la fin officielle de l’éruption. Les résultats de leurs observations ont été publiés dans la revue Nature Communications. Au début de leur article, les chercheurs rappellent que les coulées rhyolitiques peuvent donner naissance, malgré leur forte viscosité et leur débit d’émission relativement faible, à d’impressionnants champs de lave. S’agissant du Cordon Caulle, l’avancée de la lave s’effectue à partir de lobes qui émergent du front de coulée principal. En janvier 2013, ce front de coulée continuait à progresser de 1,50 mètre à 3 mètres par jour à 3,6 km de la bouche éruptive, en dépit du tarissement de la source 6 ou 8 mois plus tôt. Ce phénomène met en relief, une fois encore, la capacité isolante de la lave. Les laves basaltiques ayant montré des qualités analogues, les chercheurs concluent leur étude sur le Cordon Caulle en affirmant que « les similitudes inattendues avec les champs de lave basaltique indiquent un modèle unifié de mise en place de la lave ».

Une petite vidéo accompagne l’article que l’on peut lire dans la rubrique  « Science et environnement » du site de la BBC.

http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-24843643

 

drapeau anglaisDuring several visits to the Chilean volcano Cordon Caulle, British scientists from the University of Lancaster were able to observe an obsidian flow emitted by the volcano. They noted that this extremely viscous lava continued to advance more than a year after the official end of the eruption. The results of their observations were published in the journal Nature Communications. At the beginning of their report, the researchers remind us that rhyolitic flows can give birth, in spite of their high viscosity and relatively low effusion rate, to impressive lava fields. As for Cordon Caulle, lava extrusion occurred from lobes emerging from the front of the main flow front. In January 2013, this front was still moving forward at arate of 1.50 to 3 meters per day, 3.6 km from the eruptive vent, despite the exhaustion of the source 6 or 8 months before. Once again, this phenomenon highlights the insulating capacity of lava. As basaltic lavas have shown similar qualities, the researchers conclude their study about the Cordon Caulle writing that  » the unexpected similarities with compound basaltic lava flow fields point towards a unifying model of lava emplacement  »
A short video accompanies the article that can be read in the « Science and Environment” column of the BBC website.

http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-24843643

Cordon-Caulle

Le panache de cendre du Cordon Caulle vu depuis l’espace le 7 juin 2011.

(Avec l’aimable autorisation de la NASA)

Des pendentifs volcaniques radioactifs? // Radioactive volcanic pendants?

drapeau francaisJe viens de lire une information très surprenante publiée par le Daily Express de Malaisie orientale. Selon le journal, le Ministère de la Santé a demandé au public de ne plus acheter et de ne plus utiliser les pendentifs confectionnés avec de la cendre volcanique car celle-ci contient des substances radioactives naturelles susceptibles de nuire à la santé et être la cause de cancer. Les pendentifs contiennent de l’uranium 238 et du thorium 232 ; leur utilisation prolongée pourrait conduire à des effets secondaires néfastes, surtout pour les enfants, les femmes enceintes et les mères qui allaitent. Le Ministère de la Santé va évoquer prochainement l’interdiction de ces articles avec le Ministère de la Science, de la Technologie et de l’Innovation ainsi que la Commission de l’Energie Atomique.
Les pendentifs sont vendus sur le marché local depuis 2009 et les entreprises qui les commercialisent affirment qu’ils améliorent la circulation sanguine, la mémoire et stimulent l’énergie (Cela me rappelle certaines potions vendues sur les marchés guatémaltèques, censées soigner la cataracte et le cancer !).
Rien n’est dit dans l’article sur l’origine de la cendre volcanique contenue dans les pendentifs. Cependant, il faut se rappeler que les cendres volcaniques peuvent contenir des proportions significatives d’éléments radioactifs. Par exemple, en 2010, le volcan islandais Eyjafjöll a libéré dans l’atmosphère une quantité estimée à 600 tonnes d’uranium et 1800 tonnes de thorium (chiffres donnés par l’Institut français de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN). Toutefois, le nuage éruptif très dilué dans l’atmosphère s’est maintenu à une altitude relativement élevée en France et il n’y a pas eu de précipitations qui auraient pu générer une contamination au sol.
La conclusion est aisée : Désormais, quand vous achèterez  un pendentif à votre femme ou votre petites amie, assurez-vous qu’il ne contient pas de cendre volcanique !  Choisissez donc un pendentif taillé dans la belle obsidienne pure de Lipari!

 

drapeau anglaisI’ve just read a very surprising piece of news released by the East Malaysian Daily Express. According to the newspaper, the Health Ministry has advised the public to refrain from buying and using pendants made of volcanic ash containing natural radioactive substances as it could damage their health and cause cancer. The pendants contain Uranium-238 and Thorium-232 and prolonged use could lead to damaging side effects, especially to children, pregnant women and lactating mothers. The Health Ministry will discuss the banning of the items with the Ministry of Science, Technology and Innovation and the Atomic Energy Licensing Board, in the near future.

The pendants have been in the local market since 2009 and the companies marketing them claim that they improve blood circulation, enhance memory and energy.

Nothing is said in the article about the origin of the volcanic ash contained by the pendants. However, one should remember that volcanic ash may contain large proportions of radioactive elements. For instance, in 2010, the Icelandic volcano Eyjafjöll released in the atmosphere an estimated quantity of 600 tons of uranium and 1,800 tons of thorium (figures given by the French Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN). However, the diluted eruptive cloud travelled at a relatively high altitude over France and there was no rainfall that could have caused a possible contamination on the ground.

Now, when you by a pendant to your girl friend or your wife, just make sure it does not contain any volcanic ash. Just choose one made of Lipari obsidian, so nice, so pure!

Lipari-Obsidienne

Puyehue (Chili)

   Souvenez-vous: Entre juin 2011 et avril 2012, le Puyehue était en éruption. Il émettait une volumineuse coulée de lave recouvrant une surface de 16 km2 sur une épaisseur moyenne de 30 mètres. La lave est de l’obsidienne, un matériau brillant et tranchant, dont les propriétés vitreuses uniques sont dues à sa structure désordonnée : les atomes sont répartis de manière irrégulière, comme pour un liquide. Alors que les matériaux cristallins comme la glace, les diamants ou le granit ont leurs atomes disposés selon des motifs répétitifs, l’obsidienne et les autres types de verre présentent une disposition irrégulière car les atomes ont été figés sur place pendant le processus de solidification du matériau.
Une équipe de géologues qui a visité le Puyehue en janvier 2013 a découvert que la lave continuait d’avancer alors que l’éruption est terminée. Contrairement aux roches cristallines, la structure de l’obsidienne n’est pas complètement rigide ; elle peut continuer à s’écouler, même à l’état solide. Plus la température est élevée, plus la déformation du verre sera rapide, en particulier près de son point de fusion. L’un des scientifiques a décrit le bruit produit par la coulée d’obsidienne en train d’avancer comme une succession de bruits de fractures, comme dans un bol géant de rice crispies. L’intérieur de la coulée de lave, encore très chaud et isolé par une enveloppe de roche solidifiée, permet à la coulée de continuer à avancer très doucement sur la pente du volcan.

L’image satellite ci-dessous montre la coulée d’obsidienne du Puyehue le 13 janvier 2013. Le gris foncé de la lave se détache sur la cendre gris clair qui l’entoure.

 

   Just remember: From June 2011 until April 2012, Puyehue volcano erupted a massive lava flow that covered roughly 16 square kilometres with a thickness of 30 metres. The lava is obsidian – sharp-edged and lustrous – whose unique glassy properties result from a disordered structure: the atoms are irregular, like a liquid. Whereas crystalline materials like ice, diamonds, or granite have atoms arranged in repeating patterns, obsidian and other types of glass retain an irregular pattern because the atoms are frozen in place as the material solidifies.
A team of geologists visiting Puyehue in January 2013 discovered that the lava was still in motion even though the eruption had stopped. Unlike a crystalline rock, obsidian is not completely rigid: it can flow, even when solid. The higher the temperature, the faster a glass will deform, especially near its melting point. One of the scientists described the sound of the advancing obsidian lava as a succession of fracturing sounds, as if a giant bowl of rice crispies. The hot interior of the lava flow, insulated by a shell of solidified rock, allowed it to continue to ooze downhill.

The natural-colour satellite image shows Puyehue’s obsidian flow on January 13th , 2013. The dark grey lava stands out against the light grey ash that covers surrounding areas.

Puyehue-blog

(Avec l’aimable autorisation de la NASA)

   A noter qu’il existe des coulées d’obsidienne spectaculaires en d’autres endroits du monde, comme la Big Obsidian Flow dans le Newberry National Volcanic Monument (Oregon / Etats Unis).

   There are other obsidian flows elsewhere in the world. One of the most dramatic is the Big Obsidian Flow in the Newberry National Volcanic Monument (Oregon / United States).

Big-Obsidian-Flow

The Big Obsidian Flow  (Photo:  C. Grandpey)