Tornades et réchauffement climatique

Le lundi 20 octobre 2025, une tornade a causé de très importants dégâts à Ermont, dans le Val d’Oise. Le vent a provoqué la chute de trois grues et fait au moins un mort, quatre blessés « en urgence absolue » et cinq « en urgence relative. » D’importants dégâts matériels sont également à déplorer en raison des vents violents survenus vers 17h45. Sur place, 80 pompiers, 50 policiers et 20 membres du Samu ont été mobilisés, selon la préfecture, qui précise que l’épisode météorologique est « à présent terminé ».

Image des dégâts à Ermont publiée sur les réseaux sociaux

Cette tornade n’est pas un événement isolé. D’autres ont été filmées notamment à Tours, Miramas et dans le Val-d’Oise, le lundi 21 juillet. Quant à savoir si ces événements extrêmes sont de plus en plus fréquents dans le contexte du réchauffement climatique, les météorologues français nous expliquent que le lien n’est pas évident. On remarquera que c’est une politique régulièrement adoptée dans notre pays pour ne pas affoler la population. On nous explique que ce phénomène météorologique d’intensité très variable se produit surtout entre l’été et l’automne. Selon la radio France Info qui relate les propos d’un ingénieur de Météo France, un tel événement extrême « semble de plus en plus fréquent, mais le lien avec le réchauffement climatique n’est pas évident. Les tornades répondent plutôt à une dynamique de l’atmosphère qui n’est pas forcément liée directement à la température. Donc le lien de cause à effet entre le réchauffement climatique et l’évolution du nombre ou de l’intensité des tornades est difficile à établir. »

De l’autre côté de l’Atlantique, l’approche des tornades est plus nuancée, même si l’Oncle Sam hésite à établir un lien définitif entre tornades et réchauffement du climat. Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), les catastrophes naturelles telles que les vagues de chaleur, les incendies et les inondations deviennent de plus en plus violentes en raison du réchauffement climatique, mais l’effet du réchauffement climatique sur les tornades est complexe et n’est pas prouvé de manière définitive.
La NOAA indique qu’une augmentation du nombre de tornades observées a été enregistrée depuis 1950, mais les scientifiques expliquent que cela est dû en grande partie à l’amélioration des technologies telles que le radar Doppler. Aucune augmentation de la fréquence des tornades majeures n’a été observée au fil du temps. Toutefois, si les tornades ne sont pas plus fréquentes, leur intensité a tendance à s’amplifier.
La NOAA ajoute que, compte tenu de l’influence omniprésente du réchauffement climatique sur l’atmosphère, il est inévitable que celui-ci ait un impact sur les tornades.

Pour comprendre comment le réchauffement climatique pourrait avoir un impact sur les tornades, il est d’abord nécessaire de comprendre comment l’air chaud et humide qui circule sous l’air frais et sec crée les conditions atmosphériques instables dans lesquelles elles se forment. Lorsque l’air chaud s’élève dans l’air plus froid, un changement soudain de vitesse ou de direction du vent peut faire tourner cet air ascendant comme une toupie, créant une tornade. À mesure que le climat se réchauffe, il réchauffe aussi l’atmosphère et crée plus d’énergie pour alimenter les tornades. C’est à ce niveau que l’on peut établir un lien entre réchauffement climatique et la plus grande violence des tornades, comme celle qui a frappé Ermont. Récemment, des millions d’Américains du Midwest et du Sud ont été exposés, eux aussi, à d’importantes tornades qui ont tué plusieurs personnes et détruit des maisons.

Source : France Info, NOAA.

Plus globalement, il ressort des observations de Météo France et de la NOAA que si les tornades ne sont pas plus fréquentes, elles ont tendance à devenir plus violentes avec le réchauffement climatique. Il en va de même d’autres événement extrêmes comme les inondations qui atteignent souvent une ampleur encore jamais observée. Cela explique l’utilisation de plus en plus fréquente de l’expression « Du jamais vu! » par les personnes victimes de ces caprices de la Nature.

Réchauffement climatique : accumulation de canicules depuis 1975

Météo France a publié une illustration où figurent les principaux épisodes de chaleur depuis 1947. La taille des cercles correspond à la durée de la vague de chaleur.

 

On remarque tout de suite que, mis à part la canicule de 13 jours de l’été 1947 avec une température moyenne maximale de 27,75°C, toutes les vagues de chaleur des plus intenses se situent à partir de 1975. C’est effectivement le moment où a officiellement commencé l’accélération du réchauffement climatique. Les photos des glaciers alpins sont là pour le prouver.

Glacier des Bossons en 1956 et 2020 (Photos G & C. Grandpey)

À titre anecdotique, Météo France indique que la dernière vague de chaleur de onze jours se classe parmi les dix les plus intenses que les Français aient connues depuis 1947. Elle reste cependant en-deça de celle qui a duré seize jours et fait près de 15 000 morts en 2003. D’après les premières estimations, la température moyenne maximale de la récente canicule tourne « autour de 27,5°C », contre 29,35°C en 2003. Elle s’avère aussi moins sévère que la première vague de chaleur de l’été 2025, entre le19 juin et le 4 juillet (28,2°C).

Source : Météo France.

Ces comparaisons, aussi intéressantes soient-elles, ont peu d’intérêt car c’est la tendance globale qu’il faut prendre en compte, en sachant que l’été 2025 se termine dans un mois. Selon les météorologues européens, le déplacement de l’ouragan Erin dans l’Atlantique Nord pourrait paradoxalement prolonger la chaleur et la sécheresse en France.

Source : Météo France

Par la suite, il faudra surveiller attentivement l’évolution des températures et des précipitations pendant le prochain hiver. L’hiver pluvieux de 2024-2025 a permis d’atténuer l’impact de la sécheresse cet été. La fonte des glaciers a été accélérée par la canicule du mois de juin cet n’a fait que s’amplifier les mois suivants. Si l’hiver 2025-2026 est sec, la potion sera dure à avaler par de nombreux secteurs économiques au cours du prochain été !

Températures : avril 2025 dans le monde, en Europe et en France

Dans son dernier bulletin du 8 mai 2025, l’agence européenne Copernicus sur le changement climatique indique qu’avril 2025 a été le deuxième mois le plus chaud dans le monde. Au cours des 22 derniers mois, tous les mois, sauf un, ont dépassé 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. À l’échelle mondiale, les températures sont restées à des niveaux proches des records en avril 2025, prolongeant une vague de chaleur sans précédent, malgré la fin du phénomène de réchauffement El Niño.

L’étendue de la banquise arctique en avril 2025 a été inférieure de 3 % à la moyenne, soit la sixième plus faible étendue mensuelle pour un mois d’avril depuis les 47 ans d’observations satellitaires, après quatre mois de valeurs mensuelles record pour la période de l’année.
L’étendue de la banquise antarctique était inférieure de 10 % à la moyenne, ce qui en fait la dixième plus faible étendue jamais enregistrée pour le mois.

Copernicus indique également que la température moyenne en Europe en avril 2025 s’est élevée à 9,38 °C, soit 1,01 °C de plus que la moyenne de 1991-2020, ce qui en fait le sixième mois d’avril le plus chaud. Les températures ont été majoritairement supérieures à la moyenne en Europe. Les anomalies les plus importantes ont été enregistrées en Europe de l’Est, dans l’ouest de la Russie, au Kazakhstan et en Norvège, tandis que des températures inférieures à la moyenne ont été observées en Turquie, dans l’est de la Bulgarie et de la Roumanie, dans la péninsule de Crimée et dans le nord de la Fennoscandie.

En France, Météo- France indique qu’avec une température moyenne de 13,5 °C et une anomalie de +1,7 °C par rapport à la normale, avril 2025 se hisse au 5ème rang des mois d’avril les plus chauds depuis le début des mesures en 1900. L’anomalie de température est particulièrement marquée sur les températures maximales et sur le nord du pays avec 2 à 3 °C au-dessus de la normale. La douceur a été omniprésente au cours du mois, avec deux épisodes anormalement chauds en début et fin de mois, au cours desquels les 25 °C ont été dépassés, les 30 °C presque atteints.

Météo-France a toujours autant de mal à affirmer clairement que nous vivons sous l’influence d’un phénomène de réchauffement climatique. La plupart des agences climatiques dans le monde alertent les populations, mais Météo France traîne les pieds. Est-ce la peur de dire des vérités ?

Suite au record de chaleur enregistré à Paris le 1er mai 2025, l’agence climatique nationale se contente de dire que cette chaleur estivale précoce est « assez exceptionnelle », alors que nous sommes plus de quatre degrés au-delà des moyennes de saison et que le seuil des 30 degrés à Paris est en général franchi à la mi-juin !!

Météo France s’empresse d’ajouter que « ce n’est pas la première fois que l’été prend un peu d’avance. En 2005, un épisode de chaleur précoce comparable s’était produit sur tout le pays à la même période. Et il y a même eu dans le passé des températures similaires encre plus tôt dans l’année, comme au début avril 2024, ou encore en 2018. » Ce que Météo France ne dit pas, c’est que ces records de chaleur se situent tous dans les dernières décennies, après les années 1970 où a officiellement commencé – d’après l’Organisation Météorologique Mondiale – le réchauffement climatique dans le monde.

Météo France ose poser la question : « Faut-il voir [dans les records de température du 1er mai] un signe du réchauffement climatique ? » Et l’agence de rappeler que « pour répondre à cette question, il faut bien distinguer météo et climat, en regardant les tendances longues de température sur plusieurs décennies. » Au bout du compte, Météo France est bien obligée d’admettre, mais sans trop insister, qu’ « effectivement, malgré de grandes variations selon les années, la tendance de fond qui se dessine est bien celle d’un réchauffement. »

Impact du réchauffement climatique sur les températures en France

Afin de montrer l’impact du réchauffement climatique sur les températures en France, France Info a proposé un tableau de bord mis à jour quotidiennement. On y retrouve l’écart entre les températures du jour et les températures de référence, au niveau national et dans 30 stations de Météo France.

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/infographies-climat-fait-il-chaud-ou-froid-pour-la-saison-comparez-la-meteo-du-jour-a-l-historique-des-temperatures-des-dernieres-decennies_5703086.html

C’est bien, mais il ne faudrait pas oublier que la France est un petit territoire à l’échelle du globe terrestre et qu’elle n’est donc pas LA référence climatique que certains voudraient lui attribuer.

En France, selon Météo-France, la température a déjà grimpé de 1,7°C par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900). La hausse pourrait atteindre +3,8°C d’ici à 2100, dans le cas d’un scénario dit « modéré », qui correspond aux politiques publiques actuelles. Fin Novembre 2024, le Premier Ministre a déclaré que « la France doit anticiper une vie avec +2,7°C en 2050. Le précédent plan d’adaptation (2018-2022) prévoyait un réchauffement de 1,5°C à +2°C d’ici 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle. Toutefois, au vu de l’accélération de la hausse des températures, les prévisions ont dû être corrigées. La France hexagonale se prépare désormais, d’ici à la fin du siècle, à un réchauffement de +4°C, à côté de +3°C en moyenne à l’échelle mondiale. Le calendrier de hausse de la température prévoit +2°C en 2030, et +2,7°C en 2050. Selon cette trajectoire de réchauffement climatique, les glaciers alpins situés en France auront disparu d’ici 2100. Le risque de sécheresse sera multiplié par trois à l’horizon 2030 par rapport aux années 1960, et multiplié par 4 d’ici 2100. »

L’article de France Info nous rappelle qu’un climat qui se réchauffe se caractérise par un excès de jours anormalement chauds et un déficit de jours anormalement froids. Désormais, une grande majorité des journées sont plus chaudes, voire beaucoup plus chaudes, que celles observées en France il y a une ou deux générations à peine. Ces dix dernières années, les températures ont été plus chaudes les deux tiers du temps (244 jours sur 365 en moyenne). L’année 2022 constitue un record, avec plus de 80% de journées plus chaudes par rapport aux températures de référence sur la période 1971-2000. Cette période a été choisie car il s’agit d’une période au cours de laquelle l’influence humaine sur le climat a déjà commencé mais pouvait encore être « masquée » par les fluctuations spontanées du climat. C’est à partir des années 2000 que les effets de l’influence humaine se révèlent partout et à toutes les saisons.

Ces dernières décennies en France, les écarts de températures se sont accentués à la hausse. C’est ce que montrent les « warming stripes » ci-dessous. En bleu, sont représentées les années plus froides que la référence 1971-2000 ; en rouge, les années plus chaudes. La frise de 1971 à 2022 montre clairement un climat qui se réchauffe au niveau national et dans toutes les régions.

 

Evolution des écarts à la moyenne des températures annuelles depuis 1971, en France métropolitaine (Source : Météo France)

À l’échelle de la planète, 2024 est en passe de devenir l’année la plus chaude de tous les temps.