Piton de la Fournaise : Cheveux de Pélé = Danger ! // Pele’s hair = A major hazard !

L’éruption du Piton de la Fournaise est terminée et c’est tant mieux pour les communes autour du volcan. Comme je l’indiquais dans ma note d’hier matin, le vent rabattait le panache de gaz sur la région sommitale où l’on observe une abondance de cheveux de Pélé. Il s’agit de longs filaments de lave très fluides et leur légèreté leur permet d’être transportés par le vent. Ils sont appelés ainsi, par référence à Pélé, la déesse du feu et des volcans dans la mythologie hawaïenne.

En dehors du sommet du Piton de la Fournaise, ces cheveux de Pélé sont aussi observés dans la région du Tampon et dans la Plaine des Cafres, ce qui suscite l’inquiétude des éleveurs. En effet, ces très fins filaments de lave, fins d’un demi millimètre, se déposent dans les pâturages et font courir un risque mortel au bétail. Ils sont également dangereux pour la population. Leur inhalation ou leur ingestion revient à faire pénétrer de fines aiguilles tranchantes dans les poumons et le système digestif.

Source : Presse réunionnaise.

D’un point de vue historique, il semblerait que l’appellation « cheveux de Pélé » remonte au 19ème siècle où le phénomène a été observé pour la première fois à Hawaii.

En fonction de la viscosité de la lave et de la force du vent, les cheveux de Pélé peuvent ne pas s’étirer complètement en filaments. Ces derniers se terminent alors par une goutte plus ou moins grosse, appelée « larme de Pélé »  En fonction de la finesse des filaments et de la force du vent, les cheveux de Pélé peuvent être transportés à des kilomètres du lieu de leur formation, comme c’est le cas en ce moment sur l’île de la Réunion.

Les cheveux de Pélé se présentent parfois sous forme de tignasses, voire de tapis, comme ce fut le cas sur le Kilauea (Hawaii) à l’époque où un lac de lave s’agitait dans le cratère de l’Halemaumau.

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The eruption of Piton de la Fournaise is over and it is a good thing for the municipalities around the volcano. I indicated in yesterday’s post that the wind was pushingg the gas plume over the summit area where there was also an abundance of Pele’s hair. They are long, very fluid lava filaments and their lightness allows them to be carried away by the wind. They are so called, by reference to Pele, the goddess of fire and volcanoes in Hawaiian mythology.
Beside the summit of Piton de la Fournaise, Pele’s hair is also observed in Le Tampon region and in the Plaine des Cafres, which raises the concern of breeders. Indeed, these very thin filaments of lava, half a millimetre fine, are deposited in pastures and pose a deadly risk to the cattle. They are also dangerous to the population. Inhaling or ingesting them amounts to introducing fine, sharp needles into the lungs and digestive system.
Source: Local press.

From a historical point of view, it seems that the name « Pele’s hair » dates back to the 19th century when the phenomenon was first observed in Hawaii.
Depending on the viscosity of the lava and the strength of the wind, Pélé’s hair may not stretch completely into filaments. The latter then end in more or less large drops, called « Pele’s tears » Depending on the fineness of the filaments and the strength of the wind, Pele’s hair can be carried away over kilometres by the wind, as this is currently happening on Reunion Island.
Pele’s hair sometimes appears in the form of mops, or even carpets, as was the case on Kilauea Volcano (Hawaii) when a lava lake ould be observed in Halemaumau Crater.

La déesse Pélé dans la Volcano House du Kilauea (Hawaii) [Photo: C. Grandpey]

Cheveux de Pélé  en paillettes, brillant comme de l’or à la surface de coulées de lave sur le Kilauea (Photo: C. Grandpey)

On observe parfois des tignasses de cheveux de Pélé en bordure des bouches éruptives (Photo: C. Grandpey)

(Photo: C. Grandpey)

Tapis de cheveux de Pélé à proximité du cratère du Pu’uO’o à Hawaii (Photo: C. Grandpey)

Accumulation de cheveux de Pélé aux abords du cratère de l’Halema’uma’u à Hawaii (Photo: USGS / HVO)

Hawaii: Les cheveux de Pélé // Hawaii: Pele’s hair

drapeau-francaisLe HVO a récemment publié un article intitulé «Vagues dorées de…cheveux de Pélé? », en se référant à la zone située à l’ouest du cratère de l’Halema’uma’u, dans le désert de Ka’u. Cette partie du Kilauea est jonchée de cheveux de Pélé depuis l’ouverture de la bouche active en 2008. Une photo prise en avril 2013 montrait déjà des accumulations d’environ un mètre de large en bordure de l’ancien  parking d’accès à l’Halema’uma’u, aujourd’hui fermé au public pour des raisons évidentes de sécurité.

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Crédit photo: USGS / HVO.

Les cheveux de Pélé sont constitués de longues fibres de verre volcanique qui se forment lorsque des bulles de gaz éclatent à la surface du lac de lave. Des lambeaux de bulle formés de lave très fluide sont propulsés dans les airs  avant se d’étirer en longs filaments dorés qui sont emportés par les alizés et se déposent, refroidis, à la surface du sol jusque dans le désert Ka’u. Quand le vent vient du sud, les cheveux de Pélé peuvent facilement atteindre la terrasse du Jaggar Museum où ils recouvrent les branches des ohi’as comme le feraient des guirlandes de Noël.
Des tignasses de cheveux de Pélé peuvent rester sur place pendant des années, voire des décennies mais, en général, une fois l’éruption terminée, le vent les emporte et les fait disparaître. Les photos présentées dans le dernier article montrent la zone du Parc des Volcans qui est fermée depuis 2008 en raison des émissions de SO2 et d’autres risques volcaniques.

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Crédit photo: USGS / HVO.

Les scientifiques du HVO recueillent régulièrement les cheveux et les larmes de Pélé sur le bord du lac de lave, ainsi que d’autres échantillons de lave récente à proximité du Pu’uO’o. À première vue, tous les échantillons de lave ont l’aspect d’une masse noire de verre solide. Toutefois, quand ils sont grossis ne serait-ce que cinq fois au binoculaire, ils révèlent des cristaux de minéraux qui se sont formés dans le magma lors de son stockage et son ascension sous le volcan. Les chercheurs identifient et caractérisent les formes et les tailles de ces minéraux et ils les analysent chimiquement Toutes ces informations sont utilisées pour connaître la température et la pression auxquelles est soumis le magma au cours de son ascension dans le volcan.
En tant que photographe, je recommande aux personnes qui auraient l’occasion de visiter des zones couvertes de cheveux de Pélé d’être extrêmement prudentes avec leur matériel photo. Même si on ne les voit pas, les particules de cheveux de Pélé sont soulevées du sol par les alizés qui soufflent en permanence. En conséquence, ces morceaux de verre volcanique en suspension dans l’air vont inévitablement entrer dans les boîtiers, avec un effet désastreux facile à imaginer, en particulier sur les objectifs. Je conseille fortement de changer d’objectif avant d’entrer dans une telle zone ou de le faire très, très prudemment. Je me souviens d’avoir rencontré ce genre de problème en 1998 lors d’une visite (autorisée et qui a failli mal se terminer*) au cratère du Pu’uO’o dont les abords étaient parsemés de cheveux de Pélé.

* Voir le chapitre 9 (« Dans l’enfer du Pu’uO’o ») du livre D’un volcan à l’autre écrit par Guy de St Cyr.

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Paillettes d’or sur laves cordées (Photo: C. Grandpey)

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Gros plan sur les cheveux de Pélé (Photo: C. Grandpey)

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drapeau-anglaisHVO has recently released an article entitled « Amber waves of … Pele’s hair? », referring to the downwind side of Halema’uma’u Crater which has been strewn with Pele’s hair since the opening of the active vent in 2008. A photo taken in April 2013 already showed accumulations about a metre on the windward sides of the curbs in the Halema’uma’u parking lot which is closed to the public (see photo above).

Pele’s hair consists of long glass fibers that form when gas bubbles burst in the lava lake. Pieces of the fluid bubble skin are propelled violently into the air, drawing out into long, hair-like strands that cool to a golden-colored glass. Since the lake is bubbling almost constantly, large volumes of Pele’s hair are made daily. The resulting hair blows downwind from Halema‘uma‘u, across the caldera, and into the Ka‘u Desert. When a south wind blows, Pele’s hair can easily reach the Jaggar Museum Overlook area where it drapes ‘ohi‘a like tinsel on a Christmas tree.

Drifts of Pele’s hair can survive for years and even decades, but, once the eruption ends, wind will strip the hair from most surfaces. The photos included in the recent article show an area of the national park that has been closed since 2008 because of elevated SO2 emissions and other ongoing volcanic hazards (see photo above).

HVO scientists collect Pele’s hair and tears on the rim of the active lava lake and also hair, tears, and other fresh samples of lava in or near Pu’uO’o. At first glance, all lava samples appear to be a black mass of solid glass. With as little as five-times magnification, however, it’s possible to see mineral crystals that have formed within the magma during its storage and transport under the volcano. Researchers identify and characterize the shapes and sizes of these minerals, and they chemically analyze them.  All of this information is used to infer the temperature and pressure under which magma has been transported and stored within the volcano.

As a photographer, I invite people who might visit areas covered with Pele’s hair to be extremely cautious with their photo equipment. Even if you don’t see them, particles of Pele’s hair are lifted from the ground by the permanently blowing trade winds. As a consequence, these bits of volcanic glass will inevitably get into you cameras and have a disastrous abrasive effect, especially on the lenses. I strongly recommend to change lenses before entering such an area or do it very, very carefully. I remember encountering this sort of problem in 1998 when visiting Pu’uO’o crater whose rim was strewn with Pele’s hair (see photos above).