Quand l’activité éruptive est apparue en Islande en 2020-2021 dans la Geldingadalir et la Meradalir, les autorités ont tout de suite compris que l’éruption pourrait devenir une attraction touristique, un bonus économique et une source de revenus, surtout après l’épidémie de Covid. Une campagne publicitaire a même été lancée pour inciter les touristes étrangers à venir admirer l’éruption. Sur place, tout a été fait pour faciliter l’accueil des visiteurs : parking, toilettes, bornes wifi, etc. et sentiers balisées pour accéder au spectacle.
Un afflux de touristes en Islande pour assister à l’éruption signifiait également plus de personnes à risque. Même si l’éruption semblait inoffensive, il existait des risques non négligeables. Il a été déconseillé – mais jamais interdit ! – aux enfants, aux femmes enceintes, aux personnes âgées et à celles souffrant de problèmes respiratoires de se rendre sur le site de l’éruption.
Certains touristes ont ignoré les mises en garde et se sont aventurés entre les coulées de lave, avec le risque de se trouver encerclés, mais personne n’a parlé d’arrestation, ni même de verbalisation. Ce genre de sanction ne fait pas partie de l’état d’esprit islandais.
La police a mis en garde à plusieurs reprises sur les risques occasionnés par les gaz volcaniques, mais les avertissements ont souvent été ignorés. Là encore, aucune intervention et aucune verbalisation. Cette même politique est adoptée sur la plage de sable noir de Reynisdjara où des touristes se mettent régulièrement en danger et où certaines personnes ont perdu la vie. Les Islandais ont fait le nécessaire pour prévenir du danger, mais aucune intervention policière n’est prévue, ni aucune sanction.
Cela ne veut pas dire que les Islandais laissent tout faire. S’il y a danger sur autrui, c’est différent. La vitesse est étroitement contrôlée sur les routes et vous devrez mettre la main au portefeuille si vous êtes en infraction. De la même façon, les agressions, l’usage de la drogue sont sévèrement réprimandés.

L’éruption islandaise : un succès populaire (Crédit photo: Iceland Review)
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Aux États Unis, c’est à Hawaï que le spectacle d’une éruption est en ce moment le plus intéressant. Depuis la fin de l’année 2024, le Kilauea entre régulièrement en activité, avec de très prectaculaires épisodes de fontaines de lave. Le 40ème épisode ne devrait d’ailleurs pas tarder à se déclencher. L’éruption se trouve à l’intérieur du Parc National des Volcans où plusieurs plateformes d’observation ont été aménégées. Attention ! C’est là et pas à l’intérieur du cratère de l’Halema’uma’u qu’il faut rester pour admirer le spectacle. Si vous ne respectez pas les conditions imposées par les autorités, cela risque de vous coûter très cher. Le non-respect de la loi aux États Unis peut vite vous conduire en prison.

Site d’observation de l’éruption à Hawaï (Crédit photo: NPS)
Il en va de même sur d’autres sites éruptifs aux États Unis, comme Yellowstone, par exemple. Des sentiers avec caillebotis sont souvent prévus pour s’approcher des sources chaudes. Si vous ne respectez pas ces sentiers et si vous essayez de vous approcher encore davantage, vous êtes presque certain de vous faire harponner par un ranger en faction à proximité. Vous aurez droit, au mieux, à une sévère remontrance et l’affaire risque vite de tourner au vinaigre en cas de contestation.
Connaissant la rigidité de l’état d’esprit américain et son côté procédurier, je me suis débrouillé pour obtenir un permis de travail à l’intérieur du Parc des Volcans d’Hawaï. Contrairement à ce qui se passe en France, les autorités américaines ont accepté d’examiner mes travaux sur Vulcano, l’Etna et le Stromboli, même si je ne suis pas scientifique de formation. Elles m’ont octroyé l’autorisation que j’avais sollicitée pour travailler sur le processus de refroidissement de la lave. Je dois ajouter que mon bilinguisme français-anglais a bien facilité les choses.

Au chevet des coulées de lave (Photo: C. Grandpey)
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En Sicile, l’Etna est un autre monde. J’ai eu la chance de le fréquenter à une époque où le principe de précaution n’avait pas encore envahi notre société et où il était relativement facile de déambuler sur le volcan. Haroun Tazieff avait grandement facilité mon contact avec les guides et leur chef, le regretté Antonio Nicoloso est devenu un de mes amis intimes. Je pouvais faire ce qui me plaisait sur le volcan.
Au cours de la longue éruption de 1991-93, la situation était plus délicate car la lave menaçait la bourgade de Zafferana Etnea. Il fallait montrer patte blanche pour s’en approcher. Une lettre de recommandation de Tazieff (Garouk avait été très sensibles aux travaux que j’effectuais à Vulcano) m’a permis de faire des approches intéressantes. Un jour, les carabiniers ont même accepté de me redescendre à mon lieur d’hébergement à bord de leur véhicule !
Aujourd’hui, les portes se sont refermées. Chaque accès de colère du volcan s’accompagne d’ordonnances balancées par les maires des localités etnéennes. La Guarda di Finanzia verbalise à tour de bras (Elle l’a fait sur l’île de Vulcano au cours de la dernière hausse d’activité). Il faudrait jouer en permanence au chat et à la souris pour s’approcher d’une coulée de lave. Ce type d’approche d’un site éruptif n’est pas ma tasse de thé. De toute façon, le monde le la photo n’a plus le charme d’autrefois ; il a été, lui aussi, bouleversé par l’arrivée du numérique et des smartphones qui permettent de mitrailler sans fin. Je reste donc à la maison et me contente des images, parfois très belles, proposées par les webcams.
On parle aujourd’hui d’adopter en Sicile une autre politique qui permettrait aux touristes d’assister à une éruption en toute sécurité. C’est bien, mais l’Etna n’est pas le Kilauea et la mentalité sudiste sicilienne n’a rien à voir avec celle nordique de l’Islande.
Comme le disent si bien les Anglo-saxons : Wait and see !

Au plus près de l’éruption de 1991-1993 (Photo: C. Grandpey)