Glaciers alpins en juillet 2017 : (5) Le Glacier du Rhône (Suisse)

Le Glacier du Rhône est situé à l’extrémité nord-est du canton du Valais et on peut y accéder en suivant la route de la Furka, un de ces cols mythiques qui fait rêver les cyclotouristes, catégorie à laquelle j’appartiens.

Comme les glaciers des Bossons et d’Argentière et comme la Mer de Glace, le Glacier du Rhône subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique. Des repères montrent le niveau qu’il atteignait au cours des dernières décennies. Il faut descendre près du village de Gletch pour trouver le panneau qui marque le point où arrivait le glacier en 1856. Depuis cette époque, il a aussi perdu 350 mètres d’épaisseur, et près de 40 mètres pour la seule dernière décennie.

Chaque année, le Glacier du Rhône perd entre 5 et 7 mètres d’épaisseur et on estime que son volume aura diminué de moitié d’ici la fin de la prochaine décennie. Il est probable qu’à la fin du siècle il ne reste plus que 10% du volume de glace actuel.

Contrairement à la fonte des glaces polaires, la fonte des glaciers alpins aura un impact négligeable sur le niveau des océans. En revanche, elle aura des effets dramatiques en Europe, où les Alpes jouent le rôle d’un château d’eau, stockant de l’eau en hiver pour la libérer en été et alimenter fleuves et rivières. Si la fonte des glaces s’accélère, les fleuves verront leurs niveaux augmenter, des inondations auront lieu ; ensuite, au milieu du siècle, les niveaux baisseront de façon dramatique.

Quand on avance sur le chemin qui conduit au Glacier du Rhône, on est surpris de voir une portion d’un blanc immaculé. On pense tout d’abord qu’il s’agit d’une vaste plaque de neige résiduelle. En y regardant mieux, on se rend compte que le glacier a été recouvert d’immenses couvertures afin de freiner sa fonte au niveau de la grotte qui est creusée chaque année depuis  1870, comme à la Mer de Glace. Les couvertures sont censées réduire la fonte de 70%.  Elles vont la ralentir pendant un an ou deux, puis il faudra retirer les couvertures car la glace en dessous aura disparu. Un lac de fonte s’est formé devant le front en pente douce du glacier. C’est son déversoir qui donne naissance au jeune Rhône…

Voici le Glacier du Rhône…

Des repères montrent sa hauteur passée…

Des couvertures blanches protègent la grotte de glace…

La Grotte Bleue…

Le front du glacier…

Ainsi naît le Rhône!

Photos: C. Grandpey

Glaciers alpins en juillet 2017: (4) Le Glacier d’Aletsch (Suisse)

Situé dans le sud de la Suisse dans le canton du Valais, le Glacier d’Aletsch est le plus grand glacier des Alpes. Il est entouré au nord par le massif de la Jungfrau et au sud par la vallée du Rhône. Il présente une longueur de 22,6 km  et une superficie de 81,7 km². Comme tous les grands glaciers actifs, sa vitesse de progression varie selon que l’on se trouve dans la partie centrale ou sur les bords où elle est freinée par les frottements. Ce phénomène explique, entre autre, la formation des crevasses. S’agissant de l’Aletsch, la vitesse de progression varie entre 80 et 200 mètres par an.

Selon les glaciologues, les Alpes pourraient perdre 80 % de leurs glaciers si aucun changement ne survient dans l’émission des gaz à effet de serre. Le Glacier d’Aletsch a reculé de 2 600 mètres depuis 1880. Comme pour ses homologues alpins, le recul s’est accéléré depuis 1980 et l’Aletsch a reculé de 800 mètres en 30 ans soit 30 % du recul total.

Selon ces mêmes glaciologues, les glaciers suisses continueront de fondre massivement, même si le réchauffement climatique cesse, ce qui est loin d’être gagné dans le contexte économique actuel. Celui d’Aletsch aura perdu au moins quatre kilomètres et un tiers de sa masse d’ici un siècle. En effet, les glaciers réagissent aux changements climatiques avec des dizaines d’années, voire un siècle, de retard. La fonte du Glacier d’Aletsch sera encore plus impressionnante et rapide si le réchauffement climatique se poursuit comme prévu.

Dans une note rédigée le 15 octobre 2016, j’évoquais un problème causé par la fonte du Glacier d’Aletsch. La glace d’amenuisant, les pans de montagne qui entourent le glacier sont fragilisés et des effondrements se produisent. Le phénomène est observé ailleurs dans le monde, en particulier en Nouvelle Zélande où les glaciers Fox et Franz Josef ont fondu si rapidement qu’il est devenu trop dangereux de les atteindre à partir du fond de la vallée. En raison de la fonte ultra rapide de ces glaciers, les parois de la vallée qui étaient autrefois maintenues en place par la glace sont désormais à l’air libre avec des risques évidents d’effondrements et autres chutes de pierres qui rendraient les randonnées trop dangereuses. Les tour-opérateurs ont donc cessé d’organiser de telles randonnées guidées sur le Franz Josef en 2012 et sur le Fox en 2014. Ces deux glaciers ont perdu chacun 3 kilomètres depuis les années 1800, ce qui correspond à environ 20 pour cent de leur longueur.

De la même façon, un pan de montagne menace de s’effondrer en aval du Glacier d’Aletsch. En conséquence, il est demandé à tous les randonneurs de respecter l’interdiction d’accès aux sentiers pédestres dans une zone de 2 km2.

Une remontée mécanique permettant d’accéder aux abords du glacier d’Aletsch subit elle aussi les effets du mouvement du pan de montagne. Les pylônes d’arrivée de la télécabine d’Aletsch Arena, qui relie Riederalp à Moosfluh, bougent de 1 centimètre par jour. Toutefois, l’exploitant des remontées avait prévu le problème puisque  il a investi 23 millions de francs suisses dans un système qui permet de glisser les pylônes sur un rail pour les maintenir parfaitement droits et ainsi laisser l’installation ouverte. La surveillance est permanente, avec un système d’alarme en cas de gros déplacement.

De  mon côté, j’ai emprunté à Fiesch (Valais) le double téléphérique qui permet d’accéder à l’Eggishorn d’où l’on a une vue splendide sur le Glacier d’Aletsch.

Photos: C. Grandpey

Glaciers alpins en juillet 2017 : (3) Le Glacier d’Argentière

Le Glacier d’Argentière fait partie de ceux qui sont le plus facilement accessibles. Il suffit d’emprunter le téléphérique des Grands Montets, près du village d’Argentière et de descendre à la station du Lognan. De là, un bon chemin conduit à un premier point de vue sur le font du glacier. Les plus courageux pourront emprunter un second sentier plus raide qui conduit à un autre point de vue sur le glacier.

Comme les Bossons et la Mer de Glace, le Glacier d’Argentière est en sérieuse perte de vitesse.  Il suffit de voir les photos et gravures du début du 20ème siècle pour s’en rendre compte. Dans les années 1920, il arrivait jusqu’au temple d’Argentière, à 1 250 mètres d’altitude. Depuis quelques années, la langue terminale du glacier, qui s’étend encore jusque vers 1 600 mètres d’altitude, s’est séparée du reste du glacier vers l’altitude de 1 900 mètres. La aussi, les marques laissées sur la roche ne laissent pas le moindre doute sur le retrait rapide du glacier. Malgré tout, au vu des clichés que j’ai réalisés, le front du Glacier d’Argentière semble montrer une certaine stabilité entre 2015 et 2017. A noter que la cascade a disparu.

Voici quelques photos montrant le Glacier d’Argentière en septembre 2015, année où j’avais eu l’occasion de le survoler…

…et en juillet 2017:

Photos: C. Grandpey

Glaciers alpins en juillet 2017 : (2) La Mer de Glace

Comme le Glacier des Bossons, j’ai découvert la Mer de Glace en août 1956 en compagnie de mes parents. Le petit garçon que j’étais à cette époque était impressionné par la masse imposante du glacier que l’on atteignait pratiquement en sortant du train à crémaillère du Montenvers. Il suffisait d’emprunter un sentier de quelques centaines de mètres pour atteindre l’ouverture de la grotte qui était déjà taillée dans la glace à cette époque. Je me souviens parfaitement de la passerelle en planches qui enjambait une profonde crevasse à la belle couleur bleue.

Aujourd’hui, la Mer de Glace est à marée basse, très basse. Le glacier n’avance plus et sa surface s’abaisse année après année. Il a fallu construire un téléphérique puis un escalier de plusieurs niveaux pour atteindre la grotte que l’on s’efforce de préserver car sa seule présence représente  une manne financière non négligeable. Des bâches blanches ont été étalées pour freiner la fonte de la glace autour de l’entrée.

Tout au long de l’escalier en fer, des repères rappellent le niveau de la glace au cours des décennies et des années passées. Un ouvrier qui s’évertuait à évacuer la glace de fonte près de la glace m’a confié qu’il faudrait probablement ajouter un niveau de marches pour atteindre la Mer de Glace en 2018. Il suffit de jeter un coup d’oeil à l’encaissant du glacier pour se rendre compte de la chute rapide de son niveau. Les marques sur la roche ne trompent pas. L’absence de crevasses confirme que le glacier n’avance plus. Je ne suis guère optimiste. Arrivera un moment où l’accès à la grotte deviendra quasiment impossible. Il faudra se contenter de la vue depuis la superbe terrasse panoramique où le blanc de la glace est de plus en plus remplacé par la couleur marron des matériaux descendus des flancs de la montagne…

Voici quelques photos montrant la Mer de Glace en 1956 :

En 1982 :

En 2017:

Photos: G. & C. Grandpey