De la péninsule du Yucatan (Mexique) aux Trapps du Deccan (Inde)

drapeau-francaisGéologues et paléontologues débattent depuis longtemps sur les causes possibles de l’extinction de masse à la fin du Crétacé, avec en particulier la disparition des dinosaures.
Plusieurs études ont été publiées montrant que cette extinction était synchrone avec l’impact d’un astéroïde dans la péninsule du Yucatan au Mexique il y a 66 millions d’années. L’impact a probablement provoqué un bouleversement autour de la Terre, avec des tsunamis et des séismes, des nuages de matériaux incandescents dans l’atmosphère, provoquant des incendies dans les forêts de la planète en retombant à sa surface. La poussière produite par l’impact, s’ajoutant à la fumée des incendies, aurait bloqué les rayons du soleil et provoqué un hiver d’impact qui a duré pendant des années.
De nombreux chercheurs sont sceptiques devant une autre hypothèse qui affirme que l’impact de l’astéroïde et le volcanisme dans les Trapps de l’Inde étaient liés. Toutefois, des recherches récentes tendent à prouver qu’une relation existe effectivement entre les deux événements.
Ces derniers jours, une étude publiée dans la revue Science conclut que les séismes générés par l’impact de l’astéroïde dans la péninsule du Yucatan il y a 66 millions d’années ont eu un effet significatif sur les petites éruptions qui avaient lieu à cette époque dans les Trapps du Deccan et les ont transformées en d’énormes épanchements de lave qui ont duré des centaines de milliers d’années.
L’étude, qui s’appuie sur une datation plus précise des éruptions volcaniques avant et après l’impact de l’astéroïde, pourrait permettre de mettre fin, une fois pour toutes, au débat de longue date sur la (ou les) cause(s) de l’un des plus grands événements d’extinction de masse de tous les temps.
Les auteurs de la dernière étude ont daté des échantillons de lave des Trapps du Deccan en utilisant des radio-isotopes d’argon. Ils ont constaté un changement brusque de l’activité volcanique moins de 50 000 années après l’impact de l’astéroïde. Ils ont remarqué que les éruptions du Deccan ont commencé au moins 173 000 ans avant l’impact et ont continué pendant au moins 500 000 ans après. De plus, ils ont pu déterminer la taille et l’intensité de chaque éruption majeure en se basant sur des estimations lave émise. Avant l’impact, les éruptions ont produit environ 71 000 kilomètres cubes de lave, avec une moyenne d’environ 400 millions de mètres cubes chaque année. A  partir d’environ 50 000 ans après l’impact de l’astéroïde, les volcans et les fractures du Deccan ont commencé à émettre de la lave à raison d’environ 900 millions de mètres cubes par an.
Le problème était de connaître le lien entre l’événement dans le Yucatan et le volcanisme du Deccan! L’étude explique que l’impact de l’astéroïde qui a produit le cratère de Chicxulub a déclenché un énorme événement sismique – probablement équivalent à M 11 – qui a fondamentalement modifié le système d’alimentation des chambres magmatiques du Deccan. L’impact de l’astéroïde et le volcanisme du Deccan auraient contribué ensemble à recouvrir la planète de poussière et de gaz nocifs, ce qui a changé radicalement le climat. Les auteurs ont constaté que l’émission de ce grand volume de magma a continué pendant environ 500 000 ans après l’extinction de masse. Il a fallu également environ 500 000 ans à la faune marine et aux océans pour retrouver les valeurs qui étaient les leurs avant l’extinction de masse. C’est aussi le temps qu’il a fallu au volcanisme pour arriver à son terme.
Affaire à suivre… !
Source: Synthèse de la presse scientifique.

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drapeau-anglaisGeologists and palaeontologists have long debated about what caused the Cretaceous-Tertiary mass extinction event, with the disappearance of the dinosaurs.
Several studies have been published showing that the extinctions were synchronous with the asteroid impact in Mexico’s Yucatan Peninsula 66 million years ago. The impact sent shockwaves around the planet that caused tsunamis and earthquakes, and sent burning debris high into the atmosphere, causing global forest fires as it rained back down on to the surface. Dust from the impact, together with smoke from the fires, blanketed the planet, blocking out sunlight and triggering an impact winter which lasted for years.
Many researchers were sceptical about another idea that pretended that the asteroid impact and volcanism in the Indian Traps were related. However, recent research tends to prove that a links exists between both events.
A recent study published in the journal Science concludes that earthquakes generated by the impact of a meteorite into Mexico’s Yucatan Peninsula 66 million years ago changed the series of small eruptions in India’s Deccan Traps volcanic field into huge events lasting hundreds of thousands of years.
The findings, based on the most accurate dates yet for the volcanic eruptions both before and after the asteroid impact, may help settle a long-standing debate about what caused one of the greatest mass extinction events of all time.
The authors of the study examined lava samples from the Deccan flood basalt using high-resolution argon radio isotope dating techniques. They found a sudden change in volcanism within 50,000 years of the impact. They found that the Deccan eruptions started at least 173,000 years before the asteroid hit and continued for at least 500,000 years after the impact. What’s more, the researchers were able to determine the size and strength of each major eruption, based on lava flow estimates. Before the impact, the eruptions produced about 71,000 cubic kilometres of lava—an average rate of about 400 million cubic metres each year. But starting about 50,000 years after the asteroid impact, Deccan volcanoes and fissures began spewing lava at an average rate of about 900 million cubic metres per year.
The problem was to explain the link between the Yucatan event and the Deccan volcanism. The study explains that the asteroid impact that produced the Chicxulub Crater caused a huge seismic event that fundamentally changed the plumbing system in the Deccan volcano magma chambers. It was probably the equivalent of an M11 earthquake. Both the impact and the volcanism blanketed the planet with dust and noxious fumes, drastically changing the climate. The authors found this large volume of magma continued erupting for approximately 500,000 years after the mass extinction. The time it took marine fauna and many aspects of ocean chemistry to recover back to pre-extinction values is about half a million years, which happens to be the amount of time it took the volcanism to die down.
To be continued…!
Source: Summary of several scientific articles.

Trapps

Vue des trapps du Deccan (Crédit photo: Wikipedia)

Qu’est-ce qui a tué les dinosaures? Une météorite? Une éruption volcanique? Les deux? // What killed the dinosaurs? A meteorite? A volcanic eruption? Or both?

drapeau francaisJusqu’à présent, la plupart des scientifiques étaient d’accord sur le sort réservé aux dinosaures il y a 66.000.000 années: Une énorme météorite s’était écrasée sur notre planète et avait provoqué une extinction de masse. Des débris de l’impact ont été retrouvés dans des centaines d’endroits à travers le monde. Les géologues ont également découvert les preuves d’un cratère géant vers l’extrémité de la péninsule du Yucatan.
Toutefois, une autre théorie existe depuis longtemps, défendue par d’autres scientifiques qui sont convaincus que l’extinction a été causée, au moins en partie, par une formidable éruption volcanique en Inde.
Cette éruption a créé les Trapps du Deccan, formation géologique qui couvre une grande partie de l’ouest de l’Inde, sous l’effet d’une coulée de lave basaltique exceptionnellement longue et d’une taille colossale. L’éruption a produit environ 1,3 million de kilomètres cubes de lave, ce qui représente environ 1,3 millions de fois la quantité de matériaux produite par l’éruption du Mont St Helens en 1980. En outre, l’éruption a émis d’énormes quantités de CO2 et de SO2 dans l’atmosphère, ce qui a généré de profondes modifications climatiques

La théorie volcanique vient de marquer un point grâce à une nouvelle technique de datation plus précise de l’éruption indienne. Les chercheurs ont prélevé des échantillons de roche en Inde et les ont examinés très soigneusement afin de trouver des cristaux contenant de l’uranium et du plomb. Les cristaux de zircon se forment dans le magma et renferment des traces d’uranium. L’uranium se désintègre progressivement pour devenir du plomb. Comme on connaît la vitesse à laquelle l’uranium se désintègre, le rapport entre les isotopes d’uranium et de plomb dans les cristaux joue un rôle d’horloge et révèle le laps de temps écoulé depuis la formation des cristaux.
La lave a commencé à couler dans le Deccan environ 250 000 ans avant l’extinction de masse. L’éruption s’est terminée environ 500 000 ans après, selon un article publié dans la revue Science.

Ainsi, si l’éruption n’est pas vraiment un facteur déterminant dans l’extinction de masse, on a tout de même affaire à une coïncidence remarquable. Les premières tentatives de datation des Trapps du Deccan, en utilisant des méthodes moins précises, avaient une marge d’erreur beaucoup plus grande, de l’ordre de plus ou moins un million d’années.
Les résultats de la nouvelle étude indiquent que l’effet conjugué 1) de l’impact brutal et catastrophique de la météorite et 2) de l’éruption volcanique plus lente mais colossale dans le Deccan ont contribué ensemble à l’extinction de masse observée à la fin du Crétacé.
Le scénario le plus probable est le suivant: Les changements climatiques provoqués par les éruptions ont pu avoir un effet sur la biosphère et préparer les conditions d’une mortalité à grande échelle lorsque l’astéroïde est venu se fracasser sur la planète.
Source: The Washington Post.

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drapeau anglaisUp to now, most scientists agreed about what happened to the dinosaurs 66 million years ago: A huge meteorite crashed into the planet and triggered a mass extinction. The debris from the impact has been found in hundreds of locations around the world. Geologists have also found signs of the giant crater around the tip of Yucatan Peninsula.

But there has long been an alternate theory supported by other scientists who believe the extinction was caused, at least in part, by an extraordinary volcanic eruption in India.

This eruption created the Deccan Traps, a geological formation that covers a large part of western India. It was created by an unusually long and prodigious flood of basaltic lava. The eruption produced about 1.3 million cubic kilometres of lava, which is about 1.3 million times as much material produced by the 1980 eruption of Mount St. Helens. Besides, the eruption ejected enormous, climate-changing quantities of CO2 and SO2 into the atmosphere.

The volcanic theory is marking a point today with a new way to date more precisely the Deccan Traps eruption. The researchers took rock samples in India and scrutinized them for crystals containing uranium and lead. Crystals of zircon form in magma with trace amounts of uranium inside. The uranium gradually decays into lead. Because the rate at which uranium decays is well known, the ratio of uranium and lead isotopes in the crystals serves as a kind of clock, revealing how long it has been since the crystals formed.

Lava started flowing about 250,000 years before the mass extinction event and ended about 500,000 years after, according to a paper published in the journal Science. Thus if the eruption is not a significant factor in the mass extinction, it’s a remarkable coincidence. Earlier attempts to date the Deccan Traps, using less precise methods, had a much larger margin of error, on the order of plus-or-minus one million years.

The results of the new study indicate that both the catastrophic impact and the more gradual, but extraordinary, volcanic eruption could have been factors in the end-Cretaceous mass extinction.

The most likely scenario goes as follows:  Climate change caused by the eruptions may have stressed the biosphere and set the conditions for a greater die-off when the asteroid smashed the planet.

Source : The Washington Post.

Trapps-Deccan

Vue de l’accumulation de lave qui a formé les Trapps du Deccan  (Crédit photo:  Wikipedia)

Les panaches mantelliques sont-ils une réalité? // Do mantle plumes really exist?

drapeau francais   Afin d’expliquer l’activité de volcans qui, comme le Kilauea (Hawaii) ou le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion), ne sont pas situés à la limite de plaques tectoniques, les scientifiques ont adopté depuis plusieurs décennies la théorie des panaches mantelliques qui, tels des chalumeaux, sont censés percer de la croûte terrestre et permettre au magma d’atteindre la surface.

Toutefois, plus de 40 ans après que cette théorie ait été proposée, les scientifiques se demandent si de tels panaches existent réellement. Par exemple, le débat reste ouvert pour savoir si et comment les panaches mantelliques peuvent rester actifs et fixes pendant plus de 100 millions d’années.
Le mystère de l’existence ou non de ces panaches géants en provenance des entrailles de la Terre et susceptibles de donner naissance à des chaînes d’îles volcaniques pourrait bientôt être résolu par un projet franco-allemand dont le but est de cartographier ces montées de magma sous la surface de la Terre. Il vise à produire une image d’un panache qui pourrait avoir joué un rôle dans l’extinction des dinosaures.
Les scientifiques ont installé 60 sismomètres dans l’océan Indien sur une vaste zone du fond océanique de plus de 3 millions de kilomètres carrés autour de l’île de la Réunion, l’un des volcans les plus actifs au monde. Les dispositifs reposent à des profondeurs qui varient entre 2.300 mètres et 5.500 mètres sous la surface de l’océan.
Le panache qui se cache peut-être sous l’île de la Réunion est censé avoir déclenché une série d’éruptions volcaniques entre la Réunion et la région du plateau du Deccan, aujourd’hui l’Inde. Il y a environ 65 millions d’années, le volcanisme gigantesque de la région du Deccan a émis d’énormes quantités de lave, ce qui a modifié radicalement le climat de la Terre et peut-être précipité la disparition des dinosaures.
Le nouveau projet vise à produire une image de la croûte et du manteau sous l’île de la Réunion, à des profondeurs jamais atteintes jusqu’à maintenant. Le réseau de capteurs installé sur le plancher océanique va révéler des structures sous l’île à environ 1000 kilomètres au-dessous de la surface de la Terre, tandis que les sismomètres terrestres fourniront l’image de la zone située jusqu’à la frontière entre le noyau et le manteau. Dans le même temps, deux autres expériences sismologiques déploieront 50 stations sismiques dans le secteur de Madagascar, avec des données qui devraient donner une image de la couche mantellique sous l’île de la Réunion.
En utilisant des méthodes qui tiennent compte de la façon dont les ondes sismiques se propagent autour de conduits magmatiques étroits, les chercheurs espèrent pouvoir détecter l’existence et l’emplacement d’un éventuel panache, ainsi que la façon dont il pourrait éroder les roches qui le recouvrent ou s’étaler sous elles.
Les sismomètres au fond de la mer vont analyser la Terre pendant environ 13 mois, jusqu’à ce que la partie la plus légère de chaque appareil se détache et remonte à la surface de l’océan pour livrer toutes les données. Les premiers résultats sont attendus en 2015.
Source: Live Science.

 

 

drapeau anglaisIn order to explain the activity of volcanoes such as Kilauea (Hawaii) or the Piton de la Fournaise (Reunion Island) which are not located near the borders of tectonic plates, scientists have adopted the theory of mantle plumes that are supposed to pierce the Earth’s crust and allow magma to reach the surface.

The mystery of whether or not giant plumes of hot rock from near Earth’s core force volcanic island chains to form could soon be solved with the largest campaign ever to map such jets of magma beneath the Earth’s surface.

More than 40 years after mantle plumes were first proposed, scientists are debating whether they actually exist. For example, it remains hotly debated whether and how mantle plumes can remain active and stationary for more than 100 million years.

To help resolve the controversy, a French-German project now aims to image a plume that may have played a role in the extinction of the dinosaurs.

The scientists have set up 60 seismometers in the Indian Ocean over a vast area of seafloor of more than 3 million square kilometres around the Reunion Island, one of the most active volcanoes in the world. The devices rest at depths that range between 2,300 metres and 5,500 metres below the ocean’s surface.

The plume that may hide under the Reunion Island is supposed to have triggered a series of volcanic eruptions between the Reunion and the Deccan Plateau region of what is now India. About 65 million years ago, massive volcanism in the Deccan area spewed huge amounts of lava, radically altering Earth’s climate and perhaps hastening the end of the dinosaurs.

The new project aims to image the crust and mantle under the Reunion Island at depths never reached so far. The network of ocean floor sensors will reveal structures under the island down to about 1,000 km below the Earth’s surface, while the land-based seismometers will image the area below down to the boundary between the core and the mantle. Coincidentally, two other seismological experiments are deploying 50 more seismic stations in Madagascar with data that should help boost imaging of the mantle layer under the Reunion Island.

Using methods that account for how seismic waves scatter around narrow conduits of magma, the researchers hope to pin down the existence and location of any plume that might exist, as well as how it might erode or spread under overlying rock.

The seafloor seismometers will analyze the Earth for about 13 months before the buoyant part of each machine detaches and rises, with all its data, back to the surface. The first results are expected in 2015.

Source : Live Science.

Piton-Fournaise

Un panache mantellique sous le Piton de la Fournaise?  (Crédit photo:  NASA)