Pompéi, entre grandeur et décadence // Pompeii, between greatness and decadence

drapeau francaisA plusieurs reprises sur ce blog, j’ai attiré l’attention du public sur l’état de délabrement de Pompéi, merveilleux témoignage de la vie romaine au début de notre ère, avant que la ville soit détruite par l’éruption du Vésuve en 79 après JC.
Afin de faire face au problème de la délinquance, une armée d’ « espions » a été recrutée pour patrouiller au milieu des ruines dans le cadre de l’opération « Gola Profonda » (Gorge Profonde). Le travail des dénonciateurs est de recenser les délits, y compris les faits et gestes de la mafia, la Camorra napolitaine, qui est fort intéressée par les 100 millions d’euros investis dans l’ancien site afin de le rénover et de lui épargner un délabrement total. En 2012, l’Union européenne a promis d’accorder près de 75 millions d’euros à Pompéi, avec une somme supplémentaire de 30 millions accordée par le gouvernement italien. Malheureusement, la pénurie de personnel et des problèmes administratifs n’ont pas permis d’utiliser les 75 millions d’euros européens avant la date limite qui avait été fixée à décembre 2015. Le délai a finalement été prolongé d’un an.

L’utilisation de ces sommes fait débat et de nombreuses anomalies sont apparues. En 2013, la police de Campanie a arrêté le chef d’une entreprise de restauration de Pompéi et a enquêté sur les activités de quatre hauts fonctionnaires qui sont soupçonnés d’avoir gonflé les prix lors des travaux de restauration du Teatro Grande. Les ingénieurs travaillant sur le site avaient déjà été mis à l’index de leur profession et des matériaux de qualité suspecte ont été utilisés dans la reconstruction du théâtre.
A Naples et dans sa banlieue, la mafia contrôle plusieurs secteurs de l’économie. A 25 km de Pompéi se trouve le port de Naples qui sert de QG à la Camorra. La mafia a la main sur tout, depuis la drogue jusqu’aux projets de construction, en passant par le ramassage des ordures. En Avril 2013, la  Guarda di Finanza, épaulée par des carabiniers, s’est rendue dans le site de Pompéi pour se rendre compte de l’impact des activités de la Camorra.

En dépit de ces problèmes, certains signes montrent que Pompéi est en train de se redresser. Au cours des derniers mois, six maisons ont rouvert aux visiteurs après leur restauration, ce qui a contribué à convaincre les autorités de l’UE de prolonger le délai d’utilisation des crédits.
A côté de la restauration des maisons, il est absolument indispensable d’installer un nouveau système d’évacuation des eaux. Lors des fortes précipitations, l’eau ne s’évacue pas et est absorbée par certaines parties du site. En 2010, cela a entraîné l’effondrement d’un grand bâtiment Via dell’Abbondanza, la rue principale de Pompéi.
Source: The Independent.

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drapeau anglaisSeveral times on this weblog, I have drawn public attention to the dilapidated state of Pompeii, a marvellous testimony of Roman life at the beginning of our era, before the city was destroyed by the eruption of Vesuvius in 79 AD.

In order to face the delinquency problem, an army of spies has been recruited to patrol among the ruins in what is being called “Operation Deep Throat”. The whistleblowers’ job is to look out for the crimes that are committed, as well as the local Camorra Mafia which is keen to get its hands on some of the 100 million euros being poured into the ancient site in a bid to save it from permanent collapse.

In 2012, the European Union promised to stump up nearly 75 million euros, with the Italian government contributing another 30 million. However, staff shortages and administrative problems meant Pompeii was unable to spend the EU’s €75m by the December 2015 deadline for the project, which has been extended for another year. But there were already concerns about how the millions were being spent.

In 2013, police in Campania arrested the head of one restoration contractor previously involved at the site and probed the activities of four senior officials, whom they suspect of paying inflated prices for restoration work on Pompeii’s Teatro Grande. Engineers employed at the site had previously been blacklisted from their profession and materials of suspect quality were used in the ancient building’s reconstruction.

In Naples and its suburbs, the mafia is controlling several sectors of the economy. Just 25 km from Pompeii, lies the southern port of Naples, the Mafia Camorra’s home base, where it has a hand in everything from drugs and construction projects to rubbish collection. In April 2013, a small army of carabinieri, finance police marched into the Pompeii site in the hunt for evidence of Camorra activity.

Despite these problems, there are some signs that Pompeii is on the up. In the past few months six ancient residences at the site have reopened to visitors following restoration – it was this sort of progress which helped persuade EU authorities to extend the deadline.

In addition to repairing individual houses, the top priority is the installation of a new drainage system. Heavy rainfall, if not removed, is absorbed by other sections of the site. In 2010 this caused a large building to collapse on Via dell’Abbondanza, Pompeii’s main street.

Source : The Independent.

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Photo: C. Grandpey

Les touristes sont-ils en train de tuer Pompéi ? Pas si sûr ! // Are tourists killing Pompeii ? Not so sure !

drapeau-francaisSelon un représentant des Nations Unies, Pompéi est menacé par les foules de touristes qui viennent visiter le site chaque année. Ils sont accusés de « contribuer à l’usure des ruines. Les marches de l’entrée du temple d’Apollon, en particulier, ont été endommagées par l’afflux de touristes. » Le représentant de l’UNESCO pense que les visiteurs doivent être orientés vers d’autres sites archéologiques qui se trouvent à proximité, qui sont tout aussi intéressants, mais qui attirent moins de monde.
Environ 3 millions de touristes foulent le sol de Pompéi chaque année tandis que d’autres grands sites archéologiques comme Herculanum, Stabies ou la Villa Pompea sont beaucoup moins populaires. Ainsi, Herculanum reçoit 300.000 visites par an et la Villa Poppea seulement 30.000.
Une conférence a été tenue pour discuter d’un nœud ferroviaire installé à Pompéi et qui relierait les ruines de grandes villes italiennes et d’autres sites archéologiques. Un tel réseau permettrait de répartir le flux de touristes plus également entre les différents sites. Il a par ailleurs été suggéré de modifier le tracé des itinéraires de visites à l’intérieur de Pompéi. Cela permettrait de promouvoir d’autres parties du site, telles que les expositions, et de diriger les touristes vers des secteurs peu visités.
Source: The New York Post.

Personnellement, je ne suis pas certain que les touristes soient la principale cause du délabrement de Pompéi. Bien sûr, un trop grand nombre de visiteurs peut devenir une nuisance quand ces gens marchent dans les ruines ou piétinent le sol des anciennes demeures. Cependant, comme je l’ai écrit dans plusieurs articles, les autorités italiennes ont aussi leur part de responsabilité. Le 20 mars 2014, j’indiquais qu’un mur s’était effondré suite aux fortes pluies qui s’étaient abattues sur la Campanie. Quelques jours plus tard, on apprenait qu’un fragment de fresque de près de 20 centimètres de diamètre, sur lequel figure la déesse Artémis, avait été dérobé dans la maison de Neptune, située dans une zone non ouverte au public. Le 30 juin 2014, plusieurs articles de presse faisaient savoir que des parties d’une colonne et d’un mur s’étaient effondrées à Pompéi en raison de fortes pluies. C’était le dernier d’une série d’incidents qui ont fait du site un symbole de la mauvaise gestion des lieux culturels de l’Italie. Les autorités chargées de la préservation de Pompéi ont par la suite indiqué que la partie supérieure d’une colonne et un pan de mur avaient cédé dans un ancien magasin qui se trouve dans une partie du site fermée aux visiteurs et qui devait être restaurée dans le cadre du Grand Projet Pompéi, un plan de 105 millions d’euros en partie financé par l’Union européenne et lancé début 2013. Cependant, le travail a été interrompu en raison d’un procès intenté contre le groupe qui avait remporté l’adjudication de restauration!

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drapeau anglaisAccording to a United Nations official, Pompeii is being threatened by the crowds of tourist who come to visit the site every year. They are accused of “wearing out the ruins. The entrance steps of the Temple of Apollo, in particular, have been ruined by the influx of tourists.” The UNESCO representative thinks visitors should be diverted to other nearby archaeological sites, which are just as impressive but less crowded.
About 3 million tourists trample through Pompeii every year while other major archaeological sites like Herculanum, Stabies or the Villa Pompea are far less popular. For instance, Herculaneum receives 300,000 visits annually and the Villa Poppea only 30,000.
A conference has been held to discuss the planned railroad hub at Pompeii that would connect the ruins to major Italian cities and other archaeological sites. This would distribute the flow of tourists more evenly among the key sites. Another suggestion has been made to redirect the itineraries within Pompeii and promote different parts of the site, such as the exhibitions and less-visited areas.
Source : The New York Post.

To my mind, tourists are not the main cause of Pompeii’s poor conditions. Sure, too many tourists can become a nuisance when they walk or trample inside the ruins. However, as I put it in several past articles, Italian authorities also have their share of responsibility. On March 20th 2014, I wrote that sections of a wall at the site collapsed during heavy rain in Campania. We later learnt that thieves had detached a 20-cm-wide section of a fresco depicting the goddess Artemis from a site known as the House of Neptune.
On June 30th 2014, several press reports told the public that “parts of a column and wall collapsed in Pompeii due to heavy rainfall, the latest of a string of incidents which have made the site a symbol of mismanagement of Italy’s cultural places. The authorities responsible for Pompeii’s upkeep said the upper part of a column and part of a wall had given way in an ancient shop in a part of the site already closed to visitors and due to be restructured under the Great Pompeii Project, a 105 million-euro restoration plan partly funded by the European Union and launched in early 2013. However, work was currently halted due to a legal case against the group that won the restoration contract!

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Photo: C. Grandpey

Pompéi (Italie) : Espérons… ! // Let’s hope…! // Speriamo bene…!

drapeau francaisA plusieurs reprises – comme dans cette note du mois de mars 2014 (http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2014/03/06/pompei-secroule-pompeii-is-collapsing/) – j’ai attiré l’attention du public sur l’état de délabrement du site de Pompéi, merveilleux témoignage de la vie romaine au début de notre ère, avant que la ville soit anéantie par l’éruption du Vésuve en l’an 79.

Il semblerait que le vent soit en train de tourner et que les Italiens aient décidé de s’attaquer sérieusement au problème de restauration du site. Il est vrai qu’au vu des derniers événements – effondrements, coulées de boue, pillages, délinquance – l’UNESCO avait menacé retirer Pompéi de sa liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité

Une enveloppe de 130 millions d’euros, dont 96 millions de fonds européens, vient d’être octroyée pour la conservation et la rénovation de Pompéi, deuxième site touristique du pays derrière le Colisée de Rome, avec 2,7 millions de visiteurs en 2014.

Le site a récemment fait la Une des médias internationaux en raison de mouvements syndicaux qui ont perturbé les visites à plusieurs reprises ces derniers mois, mais il semblerait que ces événements soient à oublier. Aujourd’hui, plusieurs chantiers de restauration ont été mis sur pied, avec des groupes d’ouvriers spécialisés chacun dans un domaine: la pierre, le plâtre, les fresques, les mosaïques, etc. Ils ont été sélectionnés sur concours et travaillent sur des périodes de six mois. De plus, la zone a été renforcée pour assurer la sécurité.

Le renouveau est également illustré par l’ouverture d’une exposition qui propose une vingtaine des premiers moulages des victimes carbonisées par les nuées ardentes crachées par le Vésuve. Pompéi propose aussi des visites nocturnes, accompagnées de lectures, vidéos et conférences, pour élargir le champ de compréhension du site archéologique.

Source : Presse italienne.

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drapeau anglaisOn several occasions – as in the note of March 2014 (http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2014/03/06/pompei-secroule-pompeii-is-collapsing)  – I drew public attention to the dilapidated state of Pompeii, a marvelous testimony of Roman life at the beginning of our era, before the city was destroyed by the eruption of Vesuvius in 79 AD.
It seems that the wind is about to shift and that the Italians have decided to seriously tackle the problem of the restoration of the site. It is true that in light of recent events – collapses, mudslides, looting, crime – UNESCO threatened to withdraw Pompeii from its World Heritage List.
A budget of 130 million euros, with 96 million of EU funding, has been granted for the conservation and restoration of Pompeii, the second tourist site in the country behind the Coliseum in Rome, with 2.7 million visitors in 2014 .
The site has recently made the headlines in the international media because of union movements that disrupted visits several times in recent months, but it seems that these events need to be forgotten. Today several restoration projects have been set up, with groups of workers each specialized in one area: stone, plaster, frescoes, mosaics, etc. They were selected on a competitive basis and work for periods of six months. In addition, the area has been reinforced to ensure safety.
The revival is also illustrated by the opening of an exhibition that presents twenty first casts of victims charred by the volcanic clouds spewed by Mount Vesuvius. Pompei also offers night tours, with readings, videos and conferences, to expand the understanding of the archaeological site.
Source: Italian news media.

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Photo: C. Grandpey

Pompéi (Italie): Des fureurs du Vésuve à l’infirmité de Priape… // From the fury of Vesuvius to the infirmity of Priapus…

drapeau francaisL’une des fresques les plus célèbres de Pompéi, le portrait de Priape, le dieu grec de la fertilité, révèle une vérité embarrassante. C’est ce que l’on peut lire dans une étude récente de cette peinture qui orne le hall d’entrée de la Maison des Vettii, l’une des plus célèbres du site détruit par l’éruption du Vésuve en 79 après JC.
La fresque montre Priape en érection permanente avec son pénis impressionnant. Selon une étude publiée dans la revue Urology, ce symbole supposé de la puissance masculine et du pouvoir procréateur montre une infirmité qui peut donner lieu à des relations sexuelles difficiles et même provoquer l’infertilité. En effet, le membre viril disproportionné de Priape montre un phimosis complètement fermé. Cette incapacité à rétracter complètement le prépuce était traitée de manière chirurgicale avant l’introduction des corticostéroïdes topiques. Un urologue indique qu’elle présente différents degrés de gravité et celui dont souffre Priape semble être le plus sévère car il n’y a pas rétractabilité de la peau sur le gland.
Les problèmes liés à l’appareil génito-urinaire, y compris le phimosis, apparaissent dans la représentation artistique depuis la préhistoire, avec un haut degré de précision. La question est de savoir pourquoi un artiste a décidé de dépeindre le dieu de la fertilité avec un phimosis sévère.
Une hypothèse est que le peintre souhaitait montrer que ce défaut anatomique était fréquent à Pompéi, tout en le mêlant aux signes de la fertilité traditionnellement attribués à Priape. Répandu au sein de la population masculine de Pompéi, le phimosis pourrait expliquer l’abondance d’objets votifs anatomiques utilisés pour dissiper ce défaut anatomique et fonctionnel. Ces objets ont parfois été interprétés comme des offrandes faites par les hommes souffrant de cette infirmité.
Quelle que soit l’interprétation, la représentation de Priape ​​est très déconcertante pour un dieu traditionnellement considéré comme le symbole de la fertilité, de l’abondance et de la prospérité. Pourquoi l’artiste a-t-il choisi de représenter une condition biologique susceptible de menacer la fertilité et la santé? L’un des auteurs de l’étude pense qu’il faut peut-être voir cette peinture comme un commentaire sur la puissance du corps divin qui ne souffrirait pas des mêmes limites biologiques que celui des mortels.

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drapeau anglaisOne of Pompeii’s most recognized frescoes, the portrait of the Greek god of fertility Priapus, holds an embarrassing truth, according to a new study of the wall painting to be found in the entrance hall to the House of the Vettii, one of the most famous of the site which was destroyed by the eruption of Vesuvius in 79 A.D.

The fresco shows the ever-erect Priapus with his impressive penis. But according to a study published in Urology journal, this supposed symbol of male potency and procreative power shows an infirmity which can result in difficult sexual relations and infertility. Indeed, the disproportionate virile member is distinctively characterized by a shut phimosis. An inability to fully retract the foreskin, phimosis was treated in a surgical way before the introduction of topical corticosteroids. A urologist indicates that this condition presents different grades of severity, and in this specific case appears to be of the highest grade, in which there is no skin retractability on the glans.

Defects of the genitourinary system, including phimosis, have been depicted in artistic representation since prehistory, showing a high degree of precision. The question is to know why an artist decided to portray the god of fertility with a severe phimosis.

One hypothesis is that the painter desired to report objective evidence of a high prevalence of that anatomic defect in Pompeii, mixing it with fertility attributes traditionally ascribed to Priapus. Widespread among the male population in Pompeii, phimosis might have been the reason for the abundance in Pompeii of anatomical votive artifacts used to dispel that anatomical and functional defect. These objects have sometimes been interpreted as offerings made by men suffering from this infirmity.

Whatever the interpretation, the image of Priapus is very disconcerting, as the god is conventionally seen as a representation of fertility, abundance and prosperity. Why did the artist choose to represent a biological condition that may have been seen to threaten fertility and health? One of the authors of the study thinks perhaps we need to see this painting as a comment on the power of the divine body, which didn’t suffer from the same biological limitations as the mortal body.

Priape

Maison des Vettii: Priape, la pesée du phallus  (Photo:  C. Grandpey)