L’agonie du glacier de Humboldt (Venezuela) // The slow death of Humboldt Glacier (Venezuela)

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique qu’aucune région du monde n’est épargnée par le réchauffement climatique, pas plus les Alpes que la chaîne himalayenne ou la Cordillère des Andes. Dans l’ouest du Venezuela, les glaciers de la Sierra Nevada de Merida fondent à vue d’œil. L’un d’eux, le Glacier du Pic Humboldt (4.940 mètres) est même en train de vivre ses dernières années. Selon des données compilées par des scientifiques vénézuéliens, il a perdu plus de 99% de sa surface depuis 1910.

Le glacier attire aujourd’hui de nombreux botanistes qui peuvent observer comment la vie apparaît progressivement sur la roche mise à nu par la fonte de la glace. Ils ont découvert des mousses et lichens nouveaux pour le Venezuela, ainsi que des espèces qui n’avaient pas été répertoriées à cette altitude. Ainsi, on rencontre aujourd’hui des colibris, notamment une espèce qui pollinise les plantes à cette altitude.

Le glacier de Humboldt doit son nom au naturaliste allemand Alexander von Humboldt (1769-1859). C’est le dernier des cinq principaux glaciers tropicaux du pays. S’il disparaissait, le Venezuela pourrait être le premier pays du monde à voir s’effacer tous ses glaciers. D’autres pays, comme la Tanzanie et la Chine, font face à la même situation.

Un scientifique vénézuélien explique qu’en 1910, le glacier de Humboldt couvrait l’équivalent de 300 terrains de football. D’après les estimations datant de 2011, il couvrait une superficie de 0,10 km², soit 0,05 km² de moins qu’en 2009 lorsqu’il avait été mesuré pour la première fois. En l’espace de ces trois ans, de nombreuses fissures sont se formées à travers le glacier et de l’eau de fonte coulait à sa base. Aujourd’hui, il présente une superficie de 4,5 hectares, selon des mesures effectuées en 2019.

Contrairement au Groenland et à l’Antarctique, les glaciers qui ne sont pas des inlandsis, comme ceux dans les montagnes, représentent environ 1 % des glaciers du monde entier. La contribution de ces glaciers à l’élévation du niveau de la mer n’est donc pas très importante. Toutefois, comme la plupart d’entre eux se trouvent dans des régions où la température dépasse fréquemment les 0°C, ils sont plus sensibles aux fluctuations thermiques. Les Andes abritent plus de 95 % des glaciers tropicaux au monde.

Comme je l’indique dans ma conférence, dans certains pays comme le Pérou et la Colombie, les glaciers constituent une source essentielle d’approvisionnement en eau, que ce soit pour être bue, pour produire de l’électricité et pour l’irrigation. La perte de cette ressource aura de graves répercussions sur ces pays,  avec un fort risque de désertification et de mouvement des populations vers des villes comme Lima, la capitale du Pérou.

S’agissant du glacier de Humboldt, il aurait probablement déjà disparu depuis des années s’il n’était pas niché sur le côté le plus ombragé de la montagne. Comme le glacier est déjà tout petit, son impact sur les ressources locales en eau sera sans doute négligeable.

Aujourd’hui, l’accès du glacier est devenu dangereux. Seuls des alpinistes confirmés peuvent l’apercevoir. En plus de cela, le glacier de Humboldt n’est pas le plus fascinant. Les randonneurs préfèrent les champs de glace de la Patagonie. On pourrait contrôler son évolution par satellite, mais il est aujourd’hui si petit que la résolution proposée par les satellites Landsat n’est pas suffisante pour obtenir des informations.

Source : Orange, National Geographic.

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During my conference « Glaciers at Risk », I explain that no region of the world is spared by global warming, whether it is the Alps ot the Himalayas or the Ande. In western Venezuela, the glaciers of the Sierra Nevada de Merida are rapidly melting. One of them, the Humboldt Peak Glacier (4,940 metres) is in its final years. According to data compiled by Venezuelan scientists, it has lost more than 99% of its surface since 1910.

Today the glacier attracts many botanists who can observe how life gradually appears on the rock exposed by the melting ice. They discovered mosses and lichens new to Venezuela, as well as species that had not been recorded at this altitude. Thus, today they meet hummingbirds, especially a species that pollinates plants at this altitude.

The Humboldt glacier owes its name to the German naturalist Alexander von Humboldt (1769-1859). It is the last of the five main tropical glaciers in the country. If it were to disappear, Venezuela could be the first country in the world to see all of its glaciers disappear. Other countries, such as Tanzania and China, face the same situation. A Venezuelan scientist explains that in 1910, the Humboldt Glacier covered the equivalent of 300 football fields. It was estimated from 2011 to cover an area of ​​0.10 km², which is 0.05 km² less than in 2009 when it was first measured. Over the course of these three years, many cracks formed across the glacier and meltwater flowed to its base. Today, it has an area of ​​4.5 hectares, according to measurements taken in 2019.

Unlike Greenland and Antarctica, glaciers that are not ice sheets, like those in the mountains, make up about 1% of the world’s glaciers. The contribution of these glaciers to sea level rise is therefore not significant. However, since most of them are in areas where the temperature frequently exceeds 0°C, they are more sensitive to temperature changes. The Andes are home to over 95% of the world’s tropical glaciers. As I explain in my conference, in some countries like Peru and Colombia, glaciers are an essential source of water supply, whether for drinking, for generating electricity and for irrigation. The loss of this resource will have serious repercussions on these countries, with a high risk of desertification and the movement of populations to cities like Lima, the capital of Peru.

As for the Humboldt Glacier, it probably would have been gone for years if it hadn’t been protected by the shadier side of the mountain. As the glacier is already very small, its impact on local water resources will probably be negligible.

Today, access to the glacier has become dangerous. Only experienced climbers can see it. On top of that, the Humboldt Glacier is not the most fascinating. Hikers prefer the ice fields of Patagonia. Its evolution could be monitored by satellite, but it is now so small that the resolution proposed by Landsat satellites is not sufficient to obtain information.

Source: Orange, National Geographic.

L’une des rares images du glacier de Humboldt acquises en janvier 2015 par l’ Operational Land Imager (OLI) du satellite Landsat 8 (Source : NASA)

L’agonie du dernier glacier du Venezuela // The slow death of Venezuela’s last glacier

Cela peut paraître anecdotique mais confirme une tendance observée ailleurs dans le monde. Le Glacier du Pic Humboldt est le dernier des cinq principaux glaciers tropicaux du Venezuela. Il se trouve dans l’ouest du pays, au sein de la Sierra Nevada de Mérida. Avec le changement climatique, le Venezuela est en train de devenir le premier pays à perdre tous ses glaciers.

Contrairement au Groenland et à l’Antarctique, les glaciers qui ne sont pas des inlandsis, comme ceux qui ornent les flancs des montagnes, représentent environ 1 % des glaciers du monde. Leur contribution à l’élévation du niveau de la mer n’est donc pas très importante. Toutefois, comme la plupart d’entre eux se trouvent dans des régions où les températures dépassent fréquemment les 0°C, ils sont plus sensibles aux variations de température.

La Cordillère des Andes abrite plus de 95 % des glaciers tropicaux au monde. Dans certains pays comme le Pérou et la Colombie, les glaciers constituent une source essentielle d’approvisionnement en eau, que ce soit pour être bue, pour produire de l’électricité et pour des besoins agricoles. La perte de cette ressource aura de graves répercussions sur ces pays. C’est un problème que j’ai largement développé dans mon livre « Glaciers en péril

Il y a peu de temps encore, les seules études menées sur le terrain concernant les glaciers du Venezuela dataient de 1971 et 1992. D’après de nouvelles mesures datant de 2011, le Glacier du Pic Humboldt recouvrait une superficie de 0,10 km², soit 0,05 km² de moins qu’en 2009. En l’espace de trois ans, de nombreuses fissures s’étaient formées à travers le glacier et de l’eau de fonte coulait à sa base.

Les scientifiques pensent que le principal responsable du recul actuel des glaciers est l’augmentation des températures. Les glaciers situés à faible altitude, comme le Glacier du Pic Humboldt, sont plus petits, plus vulnérables et risquent de disparaître les premiers. Il est utile de préciser ici que la zone d’accumulation de la neige qui constitue la source des glaciers a tendance a remonter sous l’effet du réchauffement climatique. Cela signifie que les glaciers situés en moyennent altitude sont sérieusement menacés. On s’en rend compte dans l’Himalaya où les glaciers haut perchés résistent bien alors que leurs homologues situés plus en aval connaissent des difficultés.

Le Glacier du Pic Humboldt repose au sommet d’une montagne qui doit son nom à Alexandre von Humboldt, un naturaliste et explorateur du 19ème siècle. C’est en 1799 qu’Humboldt a vu pour la première fois le Venezuela alors qu’il naviguait vers le littoral du pays, avec des montagnes recouvertes de nuages qui se dressaient à l’horizon. Humboldt constate les répercussions dévastatrices de la déforestation dans la colonie espagnole pour faire place aux plantations. À la suite de cela, il devient le premier scientifique à aborder le lien entre l’activité humaine et le changement climatique.

Aujourd’hui, seuls les alpinistes peuvent se rapprocher suffisamment pour voir le Glacier du Pic Humboldt. Le Venezuela étant considéré comme un pays trop dangereux pour s’y rendre, les scientifiques sont dissuadés de s’y rendre ou ne souhaitent tout simplement pas proposer des voyages de recherche là-bas. En plus de cela, le Glacier du Pic Humboldt n’est pas le plus attrayant au monde. Il fait pâle figure face aux champs de glace de la Patagonie et il est facile de comprendre pourquoi l’obtention de financements pour la recherche peut être difficile.

Adapté d’un article paru dans le National Geographic.

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This may sound anecdotal but confirms a trend observed elsewhere in the world. The Humboldt Peak Glacier is the last of the five major tropical glaciers in Venezuela. It is located in the western part of the country, in the Sierra Nevada de Mérida. With climate change, Venezuela is becoming the first country to lose all its glaciers.
Unlike Greenland and Antarctica, glaciers that are not ice sheets, such as those on the mountainsides, account for about 1% of the world’s glaciers. Their contribution to sea-level rise is therefore not significant. However, since most of them are in areas where temperatures frequently exceed 0°C, they are more sensitive to temperature changes.
The Andean Cordillera is home to over 95% of the world’s tropical glaciers. In some countries, such as Peru and Colombia, glaciers are an essential source of water supplies, be it for drinking, for generating electricity and for agricultural needs. The loss of this resource will have a serious impact on these countries. This is a problem that I have largely developed in my book « Glaciers in Peril. »
Until recently, the only field studies of Venezuela’s glaciers were from 1971 and 1992. According to new measurements from 2011, the Humboldt Peak Glacier covered an area of ​​0.10 km², or 0, 05 km² less than in 2009. In the space of three years, numerous cracks had formed across the glacier and meltwater was flowing at its base.
Scientists believe that the main contributor to the current retreat of glaciers is rising temperatures. Low-lying glaciers, such as the Humboldt Peak Glacier, are smaller, more vulnerable and may disappear first. It is useful to specify here that the area of ​​accumulation of snow that is the source of glaciers tends to rise under the effect of global warming. This means that medium altitude glaciers are seriously threatened. This is evident in the Himalayas, where high-altitude glaciers are resilient, while their downslope counterparts are struggling.
The Humboldt Glacier lies atop a mountain named after Alexander von Humboldt, a naturalist and explorer of the 19th century. It was in 1799 that Humboldt saw Venezuela for the first time as he sailed to the coast of the country, with mountains covered with clouds that stood on the horizon. Humboldt noted the devastating impact of deforestation in the Spanish colony to make way for plantations. As a result, he became the first scientist to address the link between human activity and climate change.
Today, only mountaineers can get close enough to see the Humboldt Peak Glacier. Venezuela being considered too dangerous a country to visit, scientists are dissuaded from going there or simply do not want to undertake research trips there. On top of that, the Humboldt Peak Glacier is not the most attractive in the world. It really looks small compared with the ice fields of Patagonia and it is easy to understand why obtaining funding for research can be difficult.
Adapted from an article published in National Geographic.

Vue du Glacier du Pic Humboldt (Crédit photo: Hendrick Sanchez / Wikimedia)