Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : le point sur l’éruption

Le dernier bulletin très détaillé de l’OVPF (20 mars 2026)  à propos du Piton de la Fournaise indique que l’’éruption débutée le 13 février 2026 se poursuit. Elle ne semble pas près de se terminer et pourrait réserver des surprises avec l’ouverture de nouvelles fissures éruptives.

Comme expliqué précédemment, un seul site éruptif reste actuellement actif sur le flanc sud-sud-est du volcan avec l’édification d’un cône maintenant fermé à partir duquel la lave s’écoule essentiellement en tunnel avant de former un champ de lave qui présente deux bras principaux. L’OVPF indique dans son bulletin du 20 mars 2026 que depuis le 18 mars, le bras nord est de nouveau alimenté, avec une coulée qui se trouvait en bas des Grandes Pentes à une altitude de 690m, ce même jour à 9h10 (heure locale). Le bras sud a traversé la RN2 le 13 mars et a atteint l’océan le 16 mars. En amont de la route, on observe plusieurs bras secondaires, avec notamment un bras de coulée au sud du bras principal qui continue sa progression vers la RN2.

Plusieurs bras secondaires se sont également formés en aval de la RN2 avant l’entrée de la lave dans l’océan. Un de ces bras secondaires a atteint la mer entre le 18 soir et le 20 mars 2026 au niveau du bord sud de la plateforme de la coulée principale.

Crédit photo : OVPF

Au point de contact entre la lave et l’océan, une plateforme continue de se constituer et de s’élargir. Le 19 mars, elle avançait d’environ 129 m sur l’océan, sur une largeur d’environ 665 mètres. Cette plateforme s’élève à une hauteur maximum de 6 mètres au-dessus de l’océan et représentait un volume émergé d’un peu moins de 200 000 m3 de lave le 19 mars.

Attention danger ! Au niveau de cette entrée dans l’océan, un panache de vapeur et de gaz est toujours présent. Il est principalement constitué de vapeur d’eau, d’acide chlorhydrique (HCl) et de particules fines. Lorsque la lave, à une température d’environ 1130 °C, entre en contact avec l’eau de l’océan riche en chlorure de sodium (NaCl), elle engendre la formation d’un aérosol acide sous forme de fines gouttelettes en suspension qui peut présenter un caractère irritant et corrosif pour les voies respiratoires, la peau et les yeux. Par ailleurs, le contact brutal entre la lave et l’eau peut générer des explosions projetant des matériaux en fusion et des jets de vapeur à haute température. Des explosions peuvent également se produire en cas de déstabilisation de la plateforme. Par ailleurs, des circulations de lave en tunnel se sont développées au niveau de la plateforme. En mer, la formation d’une telle plateforme s’accompagne en général de l’apparition sous-marine de lave en coussins, pillow lava en anglais.

Vue de la  plateforme (Crédit photo : OVPF)

L’OVPF ajoute que la hausse de l’activité sismique est désormais bien marquée, avec plus de 130 séismes volcano-tectoniques détectés sur la journée du 19 mars. Ces séismes sont localisés au-dessus du réservoir superficiel et sont de très faible magnitude. Cette sismicité est interprétée actuellement comme un réajustement du champ de contraintes en réponse à la dépressurisation du réservoir. Dans ce contexte, l’ouverture de nouvelles fissures éruptives n’est pas exclue.

 Évolution de la sismicité (Source : OVPF)

Depuis le 14 mars, une augmentation significative du trémor éruptif est observée, accompagnée de phases intermittentes de type « gaz piston » qui traduisent un dégazage pulsé dans le conduit, lié à la remontée de poches de gaz à travers le magma. J’avais expliqué le ‘gas pistoning’ à Hawaï dans une note publiée le 29 novembre 2008.

Explication du « gas pistoning »

L’intensification du trémor sur le Piton de la Fournaise est corrélée à une hausse des flux de SO₂.

La déflation de la zone sommitale est également maintenant bien marquée.

Depuis le 18 mars, une augmentation du débit effusif est également observée avec une valeur maximales 22 m3/s le 20 mars.

Source : OVPF.

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Mépris des consignes de sécurité!

Ce 20 mars au matin, malgré l’interdiction de quitter la RN2 et une signalétique renforcée, de nombreux promeneurs se trouvaient encore sur le sentier qui descend vers l’endroit où la coulée de lave rejoint la mer. Un homme de 80 ans, pris de malaise, a dû être hélitreuillé par le PGHM.

Trop de personnes ignorent les panneaux prévenant du danger, installés sur le bord de la RN 2. On peut y lire : « Éruption en cours – Danger mortel – Pour votre sécurité, tous les sentiers sont fermés »,

Les gens avancent sous un soleil de plomb et sont souvent mal équipés pour ce genre de randonnée. Le malaise de cet homme n’est rien à côté du drame qui va forcément se produire un de ces jours sur le site d’entrée de la lave dans la mer. L’Observatoire, le Préfet (et moi-même) ont défini parfaitement les risques encourus. Le non respect des mesures de sécurité est quasiment suicidaire. De graves blessures, parfois mortelles, ont été enregistrées à Hawaï dans des conditions similaires.

Comme je l’ai écrit précédemment, si un drame se produit, ce ne sera pas la faute des autorités qui ont renforcé les mesures déjà prises concernant l’interdiction de quitter la RN2.

Source : Réunion la 1ère.