Pas de volcans dans les grottes préhistoriques // No volcanoes in prehistoric caves

drapeau-francaisInaugurée le 10 décembre 2016, Lascaux 4 est le fac-similé de la grotte découverte par hasard en 1940 par des adolescents et leur chien au cours d’une promenade. J’ai eu la chance de visiter la grotte originale quand j’étais petit garçon et les images que Lascaux 4 mises ligne sur Internet ne me donnent guère envie de me rendre à Montignac.

La faune figurée sur les parois de Lascaux est celle que l’on retrouve dans la majorité des grottes ornées : chevaux, aurochs, bisons, cerfs et bouquetins dominent largement, suivis d’animaux plus rares et souvent dangereux, comme l’ours, le rhinocéros et les grands félins.

Il faut noter que plus de 90 % des représentations pariétales sont consacrées aux animaux. On observe très peu de figures humanoïdes qui sont en général juste esquissées et mal proportionnées.

En revanche, la Nature n’est jamais représentée. Comme me l’écrivait récemment Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France, « d’une manière générale, il n’y a aucune représentation d’éléments de la nature dans tout l’art préhistorique, hormis les animaux et de très rares humains: pas de plante, pas de paysage, pas d’entités célestes … Par ailleurs, ces grands chasseurs et connaisseurs des animaux et de leurs moeurs n’ont représenté aucune scène de vie, ou sujette à discussions. »

Selon Axel Kahn, les hommes préhistoriques n’ont pas représenté de scènes de paysages et de volcans parce que c’était pour eux une évidence. Cette nature était leur environnement quotidien et ils ne ressentaient pas le besoin de la représenter sur les parois des cavernes. Les êtres vivants revêtaient une plus grande importance dans leur vie, voire leur survie.

Il est donc normal que les éruptions volcaniques n’apparaissent pas, elles non plus, dans les grottes. J’ai rédigé le 11 janvier 2016 une note à ce sujet (https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/01/11/des-volcans-dans-la-grotte-chauvet-ardeche/).

J’y évoque les gerbes rouges qui éclaboussent le « Sacré-Cœur », un des panneaux ornés de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc, ou encore d’autres marques de doigts qui dessinent des faisceaux sur les parois tendres de la grotte ardéchoise, et qui – selon certains scientifiques – représenteraient des éruptions des volcans tout proches du Bas-Vivarais. Pourquoi pas, mais cela n’a rien d’évident et reste à prouver. Même chose pour le site de Çatalhöyük, en Turquie, vieux de 8 000 ans. Il n’est pas du tout certain que la peinture murale représente vraiment un volcan. Tous les scientifiques ne sont pas d’accord.

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drapeau-anglaisInaugurated on December 10th, 2016, Lascaux 4 is the facsimile of the cave discovered by chance in 1940 by teenagers and their dog during a walk. I was lucky to visit the original cave when I was a little boy and the images of Lascaux 4 on the Internet do not incite me to go to Montignac. .
The fauna on the walls of Lascaux is the one found in most ornate caves: horses, aurochs, bison, deer and ibex dominate widely, followed by rarer and often dangerous animals such as bears, rhinoceros and big cats.
It should be noted that more than 90% of parietal representations are devoted to animals. There are very few humanoid figures which are generally just sketched and ill-proportioned.
On the other hand, Nature is never represented. As Pascal Picq, a paleoanthropologist at the Collège de France, wrote me recently, « In general, there is no representation of elements of nature in all prehistoric art except animals and very few human beings : No plant, no landscape, no celestial entities … Moreover, these great hunters and connoisseurs of animals and their manners did not represent any scene of life. »
According to Axel Kahn, prehistoric men did not represent scenes of landscapes and volcanoes because they were obvious to them. This nature was their daily environment and they did not feel the need to represent it on the walls of the caves. Living beings assumed a greater importance in their lives, and even their survival.
It is therefore normal that volcanic eruptions should not appear, either, in prehistoric caves. On January 11th, 2016, I wrote a note on this subject (https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/01/11/des-volcans-dans-la-grotte-chauvet-ardeche/).

I mentioned the red sheaves spattering the « Sacré-Coeur », one of the panels adorned with the Chauvet-Pont-d’Arc cave, or other marks of fingers that draw beams on the tender walls of the cave Ardéchoise, and which – according to some scientists – would represent eruptions of nearby volcanoes of the Bas-Vivarais. Why not, but this is not evident and remains to prove. The same remark is true for the Çatalhöyük site in Turkey, 8,000 years old. It is by no means certain that the mural represents a volcano. Not all scientists agree.

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Extrait du bestiaire de la grotte de Lascaux (Crédit photo: Wikipedia)

Les grottes de glace du Mont Rainier // Mount Rainier ice caves

drapeau-francaisQuand on parle du Mount Rainier, c’est souvent pour mettre en évidence le danger qu’il représente pour les localités à ses pieds et surtout Seattle. En effet, sa chaleur interne pourrait faire fondre les glaciers sur ses flancs et déclencher des coulées de boue dévastatrices.
Un autre danger est moins connu: Les grottes qui percent le sommet du volcan. Elles sont très complexes et cachent des dangers. C’est la raison pour laquelle une expédition de 75 membres a été organisée afin de mieux les étudier, de recueillir des informations et de réaliser une carte en trois dimensions du réseau de grottes. Donc, si des randonneurs se perdent ou se blessent, il sera plus facile de les retrouver et de procéder à une opération de sauvetage. Par ailleurs, d’autres paramètres tels que la géochimie, la microbiologie et la climatologie seront placés sur la carte afin que leur évolution puisse être étudiée année après année.
Les grottes de Mount Rainier sont particulièrement dangereuses car elles contiennent des poches de gaz toxiques comme le dioxyde de carbone, le dioxyde de soufre et l’hydrogène sulfuré. Elles sont visitées par des randonneurs qui se réfugient fréquemment à l’intérieur quand ils sont surpris au sommet par le mauvais temps. Ils doivent alors savoir quels sont les endroits dangereux dans les grottes.
La nature hors du commun des grottes du Mt Rainier a incité de nombreux scientifiques à se joindre à l’expédition. Leur environnement unique représente un laboratoire pour étudier comment une vie microbienne peut exister sur des planètes recouvertes de glace. Les grottes du Mt Rainier sont l’un des rares endroits où existe une cohabitation entre des gaz volcaniques et un environnement de glace qui reproduit ce que les scientifiques espèrent trouver sur Europa ou les calottes martiennes, par exemple.
D’autres chercheurs de l’expédition étudient les changements climatiques à l’intérieur des grottes. En observant leurs parois de glace année après année et en notant si elles se dilatent ou se contractent, ils pourront déterminer si le volcan se réchauffe, émet davantage de vapeur, ou s’il y a un risque d’activité volcanique imminente.
Les données climatiques sont également utiles car les glaciers sont universellement reconnus comme indicateurs climatiques. L’air extérieur circule à l’intérieur du réseau de grottes du Mont Rainier et laisse des empreintes du climat dans les couches de glace. Le travail effectué par les chercheurs fait partie d’une étude à l’échelle mondiale sur les effets du climat sur les étendues de glace de notre planète et dans quelle mesure les grottes contribuent aux processus. Les résultats pourront aussi être liés aux effets du changement climatique ou aux effets du système hydrothermal du volcan.
Source: National Geographic: http://voices.nationalgeographic.com/2016/02/04/exploring-toxic-ice-caves-in-an-active-volcano/

Cette note est dédié au regretté François Le Guern, volcanologue de renommée mondiale dans le domaine des gaz volcaniques. Il a gravi le Mont Rainier à plusieurs reprises et recueilli des informations précieuses sur les gaz dans les grottes.

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drapeau anglaisMount Rainier is often mentioned as a danger to neighbouring municipalities and above all Seattle, as its internal heat might melt the glaciers on its flanks and trigger devastating mudflows.
Another danger is less known: The caves at the top of the volcano, which are very complex with hazards deep inside. This is the reason why a 75-member expedition has been organised
to collect information and make a three-dimensional map of the cave system. So, if hikers get lost or hurt it will be easier to find them and conduct a search-and-rescue operation. Besides, other parameters like geochemistry, geo-microbiology and climatology will be placed on the map so that the changes can be plotted and watched year after year after year.
Mount Rainier’s caves are especially dangerous because they have pockets of poisonous gases like carbon dioxide, sulphur dioxide, and hydrogen sulphide. They are visited by recreational climbers who frequently take shelter inside them when they are caught on the summit by unexpected storms. They should know where the dangers are in the caves.
The uninviting nature of Mt Rainier caves incited many scientists to join the expedition. The unique environment offers a laboratory to study how microbial alien life may exist on icy planets. They are one of the few locations where you have a blend of volcanic gases mixing with an icy environment which replicates what scientists expect to find in Europa or the Martian ice caps, for instance.
Other researchers on the expedition are monitoring changes in the caves internal climate. By measuring the ice walls of the cave year after year and noting whether they expand or contract could help us determine if the volcano is heating up, producing more steam, or if there’s any imminent volcanic activity in the future.
The climate data is also useful because glaciers are universally recognized as climate indicators. The glacier caves on Mount Rainier circulate air from the atmosphere throughout the system and store records of the climate in the layers of ice. The work being done by researchers in the caves is part of a worldwide study on the effects of climate on our ice packs and how caves contribute to the processes. The results could be related to either the effects of climate or the effects of the hydrothermal system of the volcano.
Source : National Geographic : http://voices.nationalgeographic.com/2016/02/04/exploring-toxic-ice-caves-in-an-active-volcano/

This post is dedicated to the late François Le Guern, one of the world’s experts in volcanic gases. He climbed Mount Rainier several times and gave precious information about the gases in the caves.

Rainier 2015

Vue du Mont Rainier en juin 2015  (Photo: C. Grandpey)