Kilauea (Hawaii / Etats Unis): Séisme et baisse du lac de lave // Earthquake and drop of the lava lake

drapeau francaisUn séisme d’une magnitude de 4,8 M secoué Hawaii Big Island, le dimanche 11 août 2013.  Il a été localisé à 8 kilomètres au sud du sommet du Kilauea à 5h54 (heure locale). Plusieurs répliques ont suivi ; la plus importante avait une magnitude de 3,4. Les habitants d’Hawaii et Maui ont déclaré avoir ressenti «des secousses faibles ou légères ».
Les géologues du HVO ont indiqué que le magma en mouvement sous les volcans d’Hawaï n’est pas responsable du séisme. En effet, le système d’alimentation du Kilauea est décalé par rapport à l’emplacement de la secousse qui se situait à environ 32 km sous la surface, directement sous le camping de Kulanaokuaiki. La cause réelle du séisme est une faille presque horizontale, déjà responsable d’autres séismes, qui s’est formée sous la pression exercée par le poids de l’île sur la croûte terrestre.
La conséquence la plus évidente du séisme a été le début d’un fort épisode de déflation au sommet avec, en parallèle, la baisse du niveau du lac de lave à l’intérieur du pit crater de l’Halema’uma’u. Toutefois, on observe depuis hier un retour à l’inflation (voir ci-dessous), phénomène parfaitement normal. Comme je l’ai écrit dans ma dernière note à propos du Kilauea, le niveau du lac de lave avait augmenté au cours de la dernière décade pour atteindre 39 mètres sous la lèvre du cratère. Aucun autre changement n’a été remarqué ailleurs sur le volcan.

 

drapeau anglaisAn M 4.8 earthquake rattled Hawaii Big Island on Sunday, August 11th 2013. It struck 8 kilometres south of the summit of Kilauea volcano at 5:54 a.m. (local time). Several aftershocks followed, the largest of which was a magnitude 3.4. Residents of Hawaii and Maui reported feeling “weak to light shaking”.

Geologists at the HVO said magma moving beneath Hawaii’s active volcanoes did not cause the earthquake. Kilauea’s volcanic plumbing is below and offset from the earthquake’s location. The temblor hit about 32 km below the surface, directly beneath Kulanaokuaiki campground. Instead, a nearly horizontal fault was the source of the quake. The fault, which has triggered earthquakes before, is a result of the island’s massive weight compressing Earth’s crust.

The most apparent consequence of the earthquake was the start of a strong deflation episode at the summit and the drop of the lava lake within Halema’uma’u pit crater. However, inflation started again yesterday(see below), which is quite normal. As I put it before, the level of the lake had risen over the past 10 days to reach 39 metres below the crater rim. No other changes have been noticed elsewhere on the volcano.

Kilauea-blog

Avec l’aimable autorisation du HVO.

Volcans méconnus du sud-est de l’Alaska // Little-known volcanoes of Southeast Alaska

drapeau francais   S’agissant des volcans, l’Etat d’Alaska est surtout connu pour ceux qui s’alignent au sud-ouest, le long de la Chaîne des Aléoutiennes. Pourtant, au cours des trois dernières années, 12 nouveaux volcans ont été découverts au sud-est. De plus, 25 bouches volcaniques et coulées de lave déjà connues ont reçu confirmation grâce au travail remarquable effectué par des géologues de l’USGS et du Forest Service. Perdus parmi les îles et les fjords de cette partie de l’Alaska, la plupart des édifices volcaniques qui sont éparpillés dans la région sont de taille modeste à côté de leurs homologues des Aléoutiennes.

Toutefois, les volcans du SE de l’Alaska ne devraient pas être mis de côté. La signature chimique des coulées de lave montre qu’il existe un lien avec le volumineux ensemble volcanique canadien où se dresse, par exemple, le Mont Edziza dont la dernière éruption remonte à 10 000 ans. Peu connu hors du canada, le Mont Edziza fait partie de la Province volcanique de la Cordillère du Nord, long alignement de volcans et de sources chaudes qui s’étire sur 2000 km de longueur, pour une largeur de 600 km. Les volcans et les sources chaudes du SE de l’Alaska suivent un alignement en tous points identique à ceux de la province canadienne. Les analyses chimiques ont d’ailleurs démontré que le magma présent dans les deux régions provient d’une même source mantellique.

Parmi les découvertes les plus surprenantes effectuées par les géologues figure un maar à 90 mètres de profondeur à proximité du Cap Addington, à environ 65 km de Craig (Alaska). La découverte la plus récente est un volcan sous-marin dans le Canal Behm, ignoré des hordes de touristes qui naviguent au-dessus. Le Canal Behm recèle des cônes de cendre, aussi bien sur terre que sous l’eau.

Alors que les volcans du Canada et du SE de l’Alaska ont connu des éruptions pendant plus de  10 millions d’années, les derniers relevés montrent que les glaciers de l’Alaska et de la Colombie Britannique ont avancé et reculé au cours des 3 derniers millions d’années, ce qui a provoqué la naissance de petits volcans, suite aux variations des masses de glace et donc de la pression exercée à la surface de la Terre. Des fractures ont été réactivées et le magma a pu s’élever et atteindre la surface. Aujourd’hui, la roche garde les traces des glaciers et de la lave. Cette dernière, en touchant la glace, a subi un refroidissement rapide qui est trahi par des formes géologiques (colonnes prismées en particulier) typiques de ce phénomène. En datant ces coulées de lave aujourd’hui refroidies, les géologues espèrent connaître la surface recouverte par les glaciers au cours des dernières glaciations.

En dépit de sa taille considérable, le risque éruptif dans la partie alaskienne est faible. Du côté canadien, le volume de lave émise est inférieur à 100 kilomètres cubes par millénaire au cours des deux millions d’années écoulées. Ces chiffres sont à comparer avec ceux du Kilauea à Hawaii qui a émis 19,400 kilomètres cubes de lave au cours des derniers 300,000 à 600,000 ans. La dernière éruption sur le système volcanique qui recouvre à la fois l’Alaska et la Colombie Britannique a donné la coulée de lave de la Blue River à Lava Fork qui, selon la dernière datation, a coupé la frontière il y a 120 ans. Il semblerait qu’une éruption ait exterminé la population d’un village des Premières Nations en 1775 mais plusieurs chercheurs pensent que la population a été asphyxiée par des gaz volcaniques.

Certains géologues pensent qu’un séisme sur la faille de Fairweather représente en fait une menace plus grande qu’une éruption volcanique dans cette partie de l’Alaska.

Avec 25 000 kilomètres de côtes et des centaines d’îles à explorer, le SE de l’Alaska cache probablement d’autres volcans et les géologues auront encore beaucoup de travail pour les découvrir !

Source : Live Science.

 

drapeau anglais   As far as volcanoes are concerned, Alaska is made famous by those that are aligned along the Aleutian Range. However, in the past three years, 12 new volcanoes have been discovered in SouthEast Alaska, and 25 known volcanic vents and lava flows re-evaluated, thanks to the work performed by geologists with the U.S. Geological Survey (USGS) and the U.S. Forest Service. Lost among hundreds of islands and fjords, most of the volcanic edifices are tiny cones compared to their counterparts in the Aleutian Range.

However, the volcanoes that lie to the SE of Alaska should not be neglected. A chemical signature in the lava flows links them to a massive volcanic field in Canada, such as Mount Edziza, which last erupted about 10,000 years ago. Little known outside Canada, Mount Edziza is part of the Northern Cordilleran Volcanic Province, a broad swath of volcanoes and hot springs some 2,000 km long and about 600 km wide. As in Canada’s volcanic province, South East Alaska’s volcanoes and hot springs line up as amazingly linear features. The matching chemistry also hints that magma in both regions comes from a similar mantle source.

Some of the unusual finds the teams of geologists have uncovered include a maar lying 90 metres underwater near Cape Addington, about 65 km west of Craig, Alaska.

The latest find is an underwater volcano in Behm Canal, where hundreds of thousands of tourists on cruise ships have sailed. Behm Canal is dotted with cinder cones, both onshore and below the water.

While the volcanoes in Canada and Alaska have erupted for more than 10 million years, emerging data suggests that the last 3 million years of glaciers growing and retreating in Alaska and British Columbia also prompted many small volcanoes to erupt, because the changing ice mass flexed the Earth. This activated the fractures and made room for more magma to rise. The molten rock also has preserved impressions of bygone glaciers. Many of the lava flows touched ice, leaving a distinctive cooling pattern in the chilled rock. By dating the glacially cooled lava flows, researchers hope to better understand how much land mountain glaciers covered during past glaciations.

Despite its great size, the overall risk from eruptions in the Alaska portion of the volcanic province is low. In Canada, the volume of erupted lava is less than 100 cubic kilometres every million years in the last 2 million years. By comparison, Hawaii’s Kilauea volcano spewed 19,400 cubic kilometres in the past 300,000 to 600,000 years. The most recent eruption in both countries was at the Blue River lava flow in Lava Fork, which crossed the Alaska-Canada border 120 years ago, according to new dating work. However, an eruption in 1775 killed a village of First Nations people in Canada. Some researchers suspect gas from the volcano may have suffocated residents. According to some geologists, an earthquake on the Fairweather Fault presents a greater risk than a volcanic eruption.

With 25,000 km of shoreline and hundreds of islands to explore, there are more volcanoes to discover in South East Alaska, and more work for geologists too!.

Source: Live Science.

Behm-Canal

Le sud-est de l’Alaska et le Canal Behm

Fairweather

Le SE de l’Alaska est avant tout une région de montagnes et de glaciers, avec ici le Mont Fairweather à proximité duquel s’étire la faille du même nom.  (Photo:  C. Grandpey)

Volcano: un mauvais film catastrophe!

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous verrez une émission de vulgarisation scientifique sur du cinéma catastrophe dans laquelle mon ami Jacques-Marie Bardintzeff commente le film Volcano où Tommy Lee Jones affronte un volcan en train de naître en plein Los Angeles.
http://www.risques.tv/video.php?id_DTvideo=275
Je connais bien Jacques-Marie et son analyse du film reflète toute sa gentillesse. J’ai déjà eu l’occasion de commenter le film et je me suis montré beaucoup plus critique. Pour moi, Volcano ne vaut pas grand-chose dans la mesure où il repose dès le départ sur une impossibilité, au moins à l’heure actuelle : la naissance d’un volcan au cœur de Los Angeles. Comme le fait remarquer Jacques-Marie, le véritable danger dans cette partie des Etats-Unis est avant tout sismique. La faille de San Andreas bouge en permanence et un tremblement de terre majeur (le célèbre Big One) causera un jour ou l’autre de très gros dégâts dans de grandes agglomérations comme Los Angeles, San Diego ou San Francisco. Si certains passages du film sont acceptables en mettant en évidence les risques volcaniques, il faut bien reconnaître que les coulées de lave nées des ordinateurs font sourire ceux qui les ont côtoyées dans la réalité !

Vous trouverez dans la colonne de droite de ce blog un petit album photo consacré à la faille de San Andreas.