La zone de fracture sud-ouest du Kilauea // Kilauea’s Southwest Rift Zone

   Aujourd’hui, la plupart des éruptions du Kilauea se produisent le long de l’East Rift Zone (ERZ) et beaucoup de gens oublient que plusieurs éruptions du passé ont aussi eu lieu le long de la South West Rift Zone (SWRZ) qui est loin d’être inactive. De tels événements ont été enregistrées en 1823, 1868, 1919-1920, 1971 et 1974. C’était avant l’apparition du GPS, de sorte que la plupart des informations sur les séquences pré-eruptives et la géométrie des conduits ont été obtenues grâce à la sismologie.
En observant les séismes avant les éruptions de 1971 et 1974, on a aujourd’hui des indications sur ce que sera la prochaine éruption le long de la SWRZ.

Des essaims sismiques ont eu lieu plusieurs mois avant l’éruption de Septembre 1971, en particulier dans la caldeira sommitale et dans la zone au sud. La sismicité s’est également dirigée vers le Mauna Iki et, parfois, au sud vers la côte. Le sommet était très gonflé, et une éruption sommitale de courte durée a eu lieu juste un mois avant l’éruption de 1971 sur la SWRZ. Quand l’éruption a finalement débuté sur la SWRZ, les secousses se sont déplacées à l’ouest de la zone sismique pré-éruptive. Elles ont ensuite migré le long de la fracture à environ 500 mètres à l’heure. La sismicité et le tilt laissent supposer que l’éruption de 1971 a été effectivement alimentée par la partie peu profonde du réservoir sommital.

En revanche, l’éruption 1974 a suivi le schéma défini par la sismicité historique. Environ 7 jours avant l’éruption, un vigoureux essaim sismique a eu lieu à la fois dans la partie supérieure de la SWRZ et de l’East Rift Zone. À partir du 31 décembre, un autre essaim a commencé au sud de la caldeira sommitale à environ 2,5 km de profondeur. Le tremor a bientôt remplacé les petites secousses et, environ 9 heures après le début de l’essaim, une éruption s’est produite sur la partie supérieure de la SWRZ.

Plusieurs essaims sismiques ont été enregistrés sur la SWRZ depuis 1974. En 2006, un gonflement associé à une augmentation de la sismicité superficielle sur la SWRZ a été détecté en utilisant le GPS et les données satellitaires. Au cours du mois passé, il y a eu une légère augmentation du nombre de séismes au sud de la caldeira sommitale.

À l’avenir, lorsque l’activité éruptive reviendra sur la SWRZ, les scientifiques se tourneront vers des éruptions passées pour obtenir des informations. Depuis celle de 1974, le réseau sismique s’est considérablement étoffé et de nombreuses nouvelles technologies telles que le GPS et l’InSAR, sont désormais disponibles. De cette façon, le HVO dispose de nombreux outils pour travailler beaucoup plus efficacement qu’autrefois.

Source: HVO.

 

   Today, most of Kilauea’s eruptions occur along the East Rift Zone (ERZ) and many people forget that several eruptions of the past years also took place along the South West Rift Zone (SWRZ) which is far from dead. Eruptions were recorded in 1823, 1868, 1919-1920, 1971, and 1974. They occurred before the advent of GPS, so most of the information on pre-eruptive sequences and conduit geometry comes from seismology.

By looking at the earthquakes that occurred prior to eruptions in 1971 and 1974, we may be able to gain clues into what to expect before the next SWRZ eruption.

Prior to the September 1971 eruption, several swarms occurred months ahead of time, especially in the summit caldera and in the area to the south. Seismicity also extended sparsely to Mauna Iki and, at times, south to the coast. The summit was highly inflated, and a short-lived summit eruption occurred just a month before the 1971 SWRZ eruption. When the 1971 SWRZ eruption finally started, earthquakes were shifted west of the pre-eruption earthquakes. The earthquakes migrated downrift at about 500 metres per hour. The pattern of seismicity and summit tilt suggests that the 1971 eruption was actually fed from the shallow part of the summit reservoir..

In contrast, the 1974 eruption followed the structure most obviously outlined by historical seismicity. About 7 days before the eruption, a vigorous earthquake swarm occurred in the Upper SWRZ and Upper East Rift Zone. Beginning on December 31, another swarm began at the eruption site south of the summit caldera at about 2.5-km depth.

Tremor soon replaced discrete earthquakes, and about 9 hours after the swarm began, an eruption occurred on the uppermost SWRZ.

Several earthquake swarms have been recorded on the SWRZ since 1974. In 2006, inflation associated with an increase in shallow seismicity in the SWRZ was detected using GPS and satellite data. Even over the past month, there has been a small increase in the number of earthquake to the south of the summit caldera.

In the future, when eruptive activity returns to the SWRZ, scientists will look to past eruptions to give them clues to look for. Since the last SWRZ eruption in 1974, the seismic network has improved dramatically, and many new technologies, such as GPS and InSAR, have become available. That leaves HVO with many tools to work far more efficiently than before.

Source: HVO.

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Les zones de rift du Kilauea  (Avec l’aimable autorisation du HVO)

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Southwest Rift Zone  (Photo:  C. Grandpey)

Nouveau livre: « Killer Volcanoes – Eruptions meurtrières des temps modernes »

A force de traquer les informations volcaniques sur Internet, je me suis dit qu’il serait intéressant de recenser les volcans qui ont causé le plus de pertes humaines au cours des dernières décennies. Le fruit de mes recherches se trouve rassemblé dans un ouvrage intitulé « Killer Volcanoes – éruptions meurtrières des temps modernes » que je viens d’auto-éditer.

En parcourant les 210 pages du livre présenté en format 21 X 13,5, vous trouverez la description des colères mortelles de quelque 45 volcans de la planète, sans oublier certains événements appartenant à un passé plus lointain et qui ont affecté la vie sur Terre. Plusieurs photos illustrent les chapitres.

Comme Terres de Feu et Volcanecdotes, le livre a été imprimé par l’Imprimerie du Corrézien à Naves en Corrèze. Son prix est de 10 euros.

Il sera disponible lors des prochaines manifestations auxquelles j’ai été convié : Puymoyen (Charente) le 8 mars et Rilhac-Rancon (Haute Vienne) les 6 et 7 avril 2013.

Vous pouvez d’ores et déjà commander l’ouvrage directement par mail (grandpeyc@club-internet.fr) en n’oubliant pas de me laisser vos coordonnées postales. Je vous l’adresserai dans les meilleurs délais pour 13 euros avec les frais d’envoi.

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Un nouveau type éruptif?

   Jusqu’à maintenant, on considérait généralement que les éruptions se divisaient en deux catégories ; elles étaient soit explosives, soit effusives. Toutefois, une étude récente montre que certains événements éruptifs pourraient bien appartenir à un nouveau type intermédiaire, ni vraiment explosif, ni vraiment effusif.
Ce nouveau type éruptif se trouverait au fond de l’océan. On le sait depuis longtemps, c’est là que se produisent – souvent très discrètement – la plupart des éruptions qui sont aussi les moins étudiées à cause de la difficulté évidente de les atteindre. Comme je l’ai fait remarquer à plusieurs reprises, nous sommes capables d’envoyer des robots sur Mars, mais nous ne sommes pas fichus de savoir ce qui se passe au fond des mers sur notre propre planète ! En conséquence, la seule solution pour étudier les éruptions sous-marines est de recueillir et d’analyser les matériaux qui arrivent à la surface, comme ce fut le cas à El Hierro (Iles Canaries) il y a quelques mois.

Un document récemment publié dans la revue Nature Geo Sciences laisse entendre que certaines éruptions sous-marines ne sont ni effusives, ni explosives car elle produisent « une mousse (=écume) volcanique capable de flotter ». Ces morceaux d’écume parviennent à traverser la couche d’eau qui les surmonte et à atteindre la surface pour y flotter jusqu’au moment ils se saturent en eau et retombent au fond de l’océan, ou bien parviennent à atteindre le rivage, poussés par les vagues. L’éruption n’est pas explosive car il ne se produit pas de fragmentation. Elle n’est pas effusive non plus, car il n’y a pas de coulée de lave. Au lieu de cela, on assiste à la libération de grosses gouttes d’écume de ponce qui refroidissent en montant vers la surface.
Cette activité – baptisée ‘Tangaroan’ par les scientifiques qui l’ont étudiée – a été observée sur des dépôts de téphra laissés par le volcan sous-marin Macauley dans les Iles Kermadec, au nord de la Nouvelle Zélande. Il ne faudrait pas oublier que les volcans Havre et Raoul se trouvent dans cette région ; le premier nommé est tenu pour responsable de la nappe de ponce observée à la surface de l’océan il y a quelques mois.
Les scientifiques néo-zélandais et britanniques ont étudié les matériaux émis par le volcan Macauley au cours d’une éruption importante il y a environ 6100 ans. La majeure partie de la caldeira se trouve au fond de l’océan, à l’exception de l’Ile Macauley. Cette situation a permis aux chercheurs d’étudier à la fois la ponce qui s’est déposée sur l’île et celle recueillie sur le plancher de la caldeira. Ils ont ensuite étudié la densité, la forme et la taille des bulles présentées par ces matériaux. Ils ont découvert que la ponce en provenance du plancher océanique était bien différente de celle recueillie sur l’Ile Macauley. La première présentait une plage de densité beaucoup plus large, de 0.20à 0.5 g/cm3, contre environ 0.4 g/cm3 pour la ponce sur l’île. Les éléments du plancher avaient aussi une texture différente, avec beaucoup de bulles de forme régulière dans les éléments à faible densité. Avec l’augmentation de la densité, les bulles devenaient plus allongées. Dans la mesure où ces différentes textures se trouvent toutes dans le même morceau de ponce, cela signifie que l’on n’a pas affaire à différents styles éruptifs, mais à une modification de ce morceau pendant son refroidissement. Ces différences de forme et de densité dans un même élément ne s’observent pas dans les ponces produites pendant des événements de type explosif.
Pour expliquer ce processus éruptif, les scientifiques pensent que le matériau volcanique est émis sous forme de lave qui s’échappe goutte à goutte pour ensuite flotter (voir illustration ci-dessous). D’une part, ces gouttes ne se fragmentent pas dans le conduit éruptif comme pendant les éruptions explosives ; d’autre part, elles sont trop légères pour donner naissance à des coulées de lave qui s’étireraient au fond de l’océan.

Il ne fait aucun doute que cette étude est intéressante. Elle montre qu’il reste beaucoup à faire pour comprendre le processus des éruptions sous-marines. Je suis malgré tout surpris de constater qu’il n’est fait nulle part mention de la pression de l’eau qui, à ces profondeurs, est très importante et influe certainement sur la forme et la taille des matériaux émis.

 

   Up to now, eruptions were generally divided into two types: they could either be effusive or explosive. However, recent research has shown that some events could belong to a new type that stands between the other two.
This new type might lie at the bottom of the ocean. This is the place where most eruptions take place but they are the least studied because of the obvious difficulty to go down there and observe what is happening. As I wrote several times, we are able to send rovers to Mars but we are unable to see what is happening at the bottom of the seas on our own planet! Then, the only solution to study submarine eruptions is to collect and analyse the materials that come to the surface, like at El Hierro (Canary Islands) a few months ago.

A recent paper published in Nature Geosciences suggests that some submarine eruptions are neither effusive nor explosive as they produce “a buoyant volcanic foam” that rises through the water column to the surface and float until the chunks get waterlogged or wash ashore. The eruption isn’t explosive as there is no fragmentation. It isn’t effusive either as no lava flow is produced. Instead, you get a slow release of blobs of volcanic pumice foam that cool as they rise to the surface.
This kind of activity – called ‘Tangaroan’ by the scientists who studied it – was observed in the tephra deposits from the submarine Macauley volcano in the Kermadec Islands, to the north of New Zealand. By the way, we need to remember that Havre and Raoul volcanoes belong to that region; the former was held responsible for the pumice rafts observed a few months ago at the surface of the ocean.
The scientists – from the United Kingdom and New Zealand – looked at material erupted during a significant eruption from Macauley volcano that occurred about 6,100 years ago. Most of the caldeira is underwater except for Macauley Island. This allowed the researchers to study both pumice deposited on Macauley Island and dredged from the seafloor of the caldeira. Then, they measured the density and bubble shape or size for these materials.
They discovered that the dredged pumice from the seafloor had a very different character than the pumice that was deposited on land. The former had a wider distribution of density, from 0.20-0.5 g/cm3 versus the narrow range of densities found in pumice deposited on land (0.4 g/cm3 or so). The dredged elements also had a different texture, with lots of evenly-shaped bubbles in the low density chunks. However, as the density increased, the bubbles got more elongate. In so far as these textures can all be found all in the same chunk, this means it can’t reflect different eruption styles, but changes in the chunk itself as it cools. These differences in bubble shape and density in the same element are not observed in pumices produced by typical explosive eruptions.
To explain this eruptive process that appears, the scientists suggest that the erupting volcanic material drips out as floating blebs of lava (see illustration below). They don’t fragment in the eruptive conduit like explosive eruptions, but they are also too buoyant to form lava flows that spread on the seafloor.

The study is undoubtedly very interesting. It shows there is still a long way to go to understand the process of submarine eruptions. However, I’m surprised to see that no mention is made anywhere of the role played by water pressure at such depths. It might inevitably have an influence on the shape and size of the clasts.

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Crédit: Nature Geosciences.