Vous avez dit climatiseurs ? // About air conditioners

Concentrations de CO2 : 430,56 ppm (22 juin 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb (janvier 2026)

Avec l’accélération du réchauffement climatique, le nombre de jours où la température a atteint 35°C dans les vingt capitales les plus peuplées de la planète a augmenté de 52 % ces trente dernières années. Il n’est donc pas surprenant d’assister à une hausse fulgurante des achats de ventilateurs et climatiseurs.

Climatiseur sur la façade d’une maison individuelle

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le recours individuel à la climatisation contribue à aggraver le réchauffement climatique. On compte aujourd’hui entre 1,2 et 1,6 milliard de climatiseurs dans le monde. Le plus grand nombre d’entre eux se trouve en Chine (569 millions) et aux États-Unis (374 millions). Leur nombre total devrait tripler d’ici à 2050, pour atteindre 5 milliards. Or leur usage détériore la planète de plusieurs façons.

D’une part, les climatiseurs réchauffent l’atmosphère de manière directe. Ils utilisent des gaz frigorigènes peu chers et faciles à produire, mais qui sont polluants pour l’environnement et ont un fort pouvoir réchauffant. La plupart d’entre eux utilisent une classe de fluides dits “réfrigérants”, les hydrofluorocarbones (HFC), des gaz à effet de serre qui sont des milliers de fois plus néfastes que le CO2. Selon une estimation de l’ONU de 2023, ils sont responsables de 7 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre, un chiffre qui devrait atteindre les 10 % d’ici à 2050, toujours selon l’ONU.

De manière plus indirecte, le fonctionnement des climatiseurs est très énergivore, comme le rappelait une étude publiée dans la revue Science : “L’énergie utilisée pour refroidir les bâtiments représente aujourd’hui 20 % de la consommation électrique mondiale.” En outre, le recyclage des climatiseurs usés n’est pas au point. Nombre d’entre eux finissent dans les déchetteries.

S’agissant des années à venir, Grist, média américain consacré aux questions environnementales, explique qu’il est très probable que le réchauffement climatique va stimuler la demande dans les pays riches, “tandis que, dans les pays en développement, des milliards d’individus vont y accéder pour la première fois”, notamment en Asie du Sud, très touchée par les chaleurs extrêmes.

Malgré tout, l’accès aux climatiseurs suit la logique du reste des inégalités : ce sont les travailleurs les plus exposés au dérèglement climatique qui peuvent s’en procurer le moins facilement. Selon l’ONU, “1,2 milliard de personnes n’ont pas accès à des services de refroidissement vitaux.”

Même dans les pays riches, l’accès à la climatisation reste très inégalitaire. “Les canicules frappent les plus pauvres de façon disproportionnée : les occupants de logements mal isolés, les sans-abri, les travailleurs souvent précaires effectuant des tâches pénibles en extérieur.”

La conception des climatiseurs elle-même est amenée à évoluer en vertu de certains traités internationaux, comme l’amendement de Kigali, avec une nouvelle génération de modèles qui n’utiliseront plus de HFC mais des gaz comme le butane ou le propane, moins polluants.

Dans son rapport de 2025, l’ONU préconise des solutions de “refroidissement passif” des bâtiments, à l’instar de la plantation d’arbres pour ombrager les maisons ou de l’isolation des habitations. Ces solutions pourraient “réduire les émissions de gaz à effet de serre de 1,3 milliard de tonnes d’ici à 2050.”

Certaines villes ont déjà sauté le pas, comme la ville de Phoenix, en Arizona, qui, après plusieurs mois à 37,8 °C minimum en 2024, a mis en place des “chaussées fraîches”, enduites d’un revêtement qui réfléchit les rayons du soleil, pour réduire l’effet d’îlot de chaleur urbain. Il y a quelques années,j’ai fait étape à Phoenix au mois de septembre. Le soir à 21 heures, le thermomètre affichait encore 38°C. Une fournaise. Je pense que sans la climatisation dans ma chambre d’hôtel je n’aurais pas réussi à dormir…

Source : Courrier International.

Bienvenue à Phoenix : 43°C !

———————————————–

With the acceleration of global warming, the number of days when the temperature reached 35°C in the twenty most populated capital cities on the planet has increased by 52% in the last thirty years. It is therefore not surprising to see a dramatic increase in the purchase of fans and air conditioners.
As surprising as it may seem, individual use of air conditioning contributes to worsening global warming. There are currently between 1.2 and 1.6 billion air conditioners in the world. The largest number of these are in China (569 million) and the United States (374 million). Their total number is expected to triple by 2050, reaching 5 billion. Their use damages the planet in several ways.
For one thing, air conditioners directly heat the atmosphere. They use cheap and easy-to-produce gases, but these are environmentally polluting and have a high global warming potential. Most of them use a class of fluids called « refrigerants, » hydrofluorocarbons (HFCs), greenhouse gases that are thousands of times more harmful than CO2. According to a 2023 UN estimate, they are responsible for 7% of annual greenhouse gas emissions, a figure expected to reach 10% by 2050, again according to the UN.
More indirectly, the operation of air conditioners is very energy-intensive, as a study published in the journal Science pointed out: « The energy used to cool buildings now represents 20% of global electricity consumption. » Furthermore, the recycling of used air conditioners is not yet well-established. Many end up in landfills.
Looking ahead, Grist, an American media outlet dedicated to environmental issues, explains that climate change is very likely to boost demand in wealthy countries, “while in developing countries, billions of people will gain access for the first time,” particularly in South Asia, which is heavily affected by extreme heat.
Nevertheless, access to air conditioners follows the pattern of other inequalities: those workers most exposed to climate change are the ones who can least afford them. According to the UN, “1.2 billion people lack access to life-saving cooling services.”
Even in wealthy countries, access to air conditioning remains highly unequal. “Heat waves disproportionately affect the poorest: those living in poorly insulated homes, the homeless, and often precarious workers performing strenuous outdoor tasks.” The design of air conditioners themselves is evolving under certain international treaties, such as the Kigali Amendment, with a new generation of models that will no longer use HFCs but less polluting gases like butane or propane.
In its 2025 report, the UN recommends “passive cooling” solutions for buildings, such as planting trees to shade houses or insulating homes. These solutions could “reduce greenhouse gas emissions by 1.3 billion tons by 2050.”
Some cities have already taken the plunge, such as Phoenix, Arizona, which, after several months with temperatures as low as 37.8°C in 2024, implemented “cool pavements,” coated with a material that reflects sunlight, to reduce the urban heat island effect. A few years ago, I stopped in Phoenix in September. At 9 p.m., the thermometer still read 38°C (100°F). It was scorching hot. I don’t think I would have been able to sleep without the air conditioning in my hotel room…

Siurce : Courrier International.

Climatiseurs respectueux de l’environnement ? Pas vraiment !

Avec les vagues de chaleur que nous connaissons actuellement, les ventes de ventilateurs, climatiseurs et autre pompes à chaleur s’envolent. Toutefois, on peut se demander quel est l’impact de ces appareils sur l’environnement. Le vendeur auprès duquel vous avez acheté le vôtre vous a probablement certifié que l’impact sur l’environnement était négligeable. C’est aller un peu vite en besogne car ces appareils sont loin d’être inoffensifs. Selon le Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (CIRED), « les climatiseurs consomment énormément d’énergie, de gaz à effets de serre. Ils fonctionnent avec des gaz frigorigènes qui sont des milliers de fois plus réchauffants que le CO2. Ils sont aussi le symbole de la mal-adaptation du fait qu’ils rejettent de l’air chaud à l’extérieur. »

Un élu RN du Gard a assuré sur France Info qu' »aucune étude scientifique montre que la climatisation est nocive pour l’écologie. Aucune. » C’est parfaitement faux. La climatisation pollue et plusieurs études le prouvent comme, par exemple, celle de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) qui explique que la climatisation en France a émis presque 4,5 millions de tonnes de CO2 en 2020. C’est quasiment 1% des émissions de gaz à effet du serre du pays cette année-là. Cela peut paraître peu mais il faut savoir qu’en 2020 seulement un quart des logements et moins de la moitié des entreprises étaient équipées de climatiseurs. On imagine les conséquences si l’équipement couvrait une grande échelle. Une étude menée conjointement par le CIRED et Météo France démontre que si toute la région parisienne utilisait un climatiseur, la température augmenterait de 2 degrés dans les rues de Paris  !

Les climatiseurs fonctionnant à l’électricité, on a donc une source polluante dès le départ. Toutefois, ce n’est pas ce qui pollue le plus. Le plus nocif pour l’environnement, ce sont les fluides frigorigènes qui se trouvent dans les climatiseurs. Une partie de ces fluides s’échappent de la machine, que ce soit au moment de sa construction, de son utilisation, ou en fin de vie, et leur impact environnemental est important. Selon l’ADEME, les émissions de CO2 de ces fluides sont deux fois plus importantes que celles liées à la consommation électrique. Certes, on ne se trouve plus dans le contexte des chlorofluorocarbures, les CFC – interdits par la Protocole de Montréal en 1987 – mais le risque de pollution subsiste. ..

L’utilisation intensive de climatiseurs en milieu urbain peut créer des îlots de chaleurs avec le rejet de l’air chaud de ces appareils. Une étude du CNRS a démontré qu’à Paris, la température de certaines rues peut augmenter de 0,5°C à cause des climatiseurs installés dans les bâtiments.

Avec l’accélération du réchauffement climatique, l’utilisation intensive de climatiseurs n’en est probablement qu’à ses débuts et on peut raisonnablement penser que la prochaine génération d’appareils bénéficiera de progrès techniques qui réduiront leur impact environnemental. C’est d’ailleurs prévu par une directive européenne. D’ici quelques années, les fluides frigorigènes seront plus respectueux de l’environnement, mais entre les promesses et la réalité, le fossé est parfois très vaste.

Dans l’immédiat, l’ADEME recommande de rénover et adapter les bâtiments avec une meilleure isolation, une bonne ventilation, des volets anti-chaleur, et davantage de végétation à proximité des immeubles d’habitation pour créer de l’ombre et donc du frais. S’agissant des climatiseurs, un décret d’octobre 2022 interdit leur fonctionnement lorsque la température des locaux est inférieure à 26 degrés Celsius.

Adapté d’un article paru sur France Info.

°°°°°°°°°°

Et dans la pratique…

S’agissant de la consommation d’électricité, les auteurs du site « Révolution Énergétique ont acheté un exemplaire à 170€ adapté au refroidissement de leur bureau de 13 m² (pour un volume de 31 m³), situé à Marseille, dans une copropriété non isolée construite en 1960. Il s’agit d’un climatiseur mobile réversible d’une puissance de 2 000 watts thermiques (Wth) en froid et 1 700 Wth en chaud (7 000 Btu) présenté comme efficace sur des surfaces jusqu’à 21 m². Son débit est de 380 m³/h, pour une puissance électrique de 780 W en froid et 720 W en chaud.

Crédit photo: UFC Que choisir

Un thermomètre placé au centre de la pièce a permis d’observer la lente baisse de la température. Dans une pièce à 27,8°C, il faudra 8 heures de fonctionnement pour atteindre 25,9 °C alors qu’il faisait particulièrement chaud dehors.

Par curiosité, un thermomètre a également été placé dans le tube d’évacuation de l’air chaud à l’extérieur. Les propriétaires du climatiseur ont rapidement compris pourquoi ces appareils contribuent tant au phénomène d’îlot de chaleur urbain. La température à la sortie de la gaine atteignait 41,9 °C pour une maximale de 45,6 °C !

S’agissant de la courbe de puissance du climatiseur, un pic a été observé à 789 W une dizaine de minutes après le démarrage. La puissance a progressivement diminué au cours de l’après-midi, pour terminer à 724 W. En moyenne, elle s’établit à 744 W sur les 8 heures d’utilisation. La consommation totale d’électricité s’est donc élevée à 5,93 kWh contre 0,68 kWh pour un ventilateur à pleine puissance (85 W), mais sans grand effet sur le confort des occupants.

L’utilisation du climatiseur mobile a fait bondir de 50 % la consommation habituelle d’électricité un jour d’été (environ 10 kWh), pour refroidir seulement une des 3 pièces de l’appartement. Au tarif réglementé de l’électricité, cela représente une dépense de 1,24 €.

Source : Révolution Énergétique.