L’océan et les inondations dans le sud-ouest de la France

Profitant des belles journées de début du mois de mars, je suis allé le 5 mars 2026 sur la côte atlantique où j’adore faire de longues marches sportives sur les plages sauvages. J’avais opté pour celles de la côte au nord de Royan où le sable est ferme est très agréable sous les pieds.

J’ai bien sûr continué mes observations de l’érosion littorale. J’ai pu constater que les dernières tempêtes n’ont pas causé trop de dégâts. L’érosion observée est celle des années précédentes. Par bonheur, les dernières tempêtes se sont produites avec des coefficients de marée relativement faibles, ce qui a empêché les vagues de poursuivre leur œuvre de destruction sur cette portion de la côte atlantique.

En revanche, l’océan ne présentait pas sa belle couleur bleue habituelle et revêtait une couleur marron fort peu esthétique. J’ai vite compris que ce secteur de l’océan Atlantique subissait le contrecoup des récentes inondations qui ont profondément affecté le sud-ouest de la France, depuis le Lot-et-Garonne jusqu’à la Charente- Maritime.

En envahissant les terres, l’eau s’est chargée en alluvions et sédiments de toutes sortes qui ont pris le chemin de La Gironde, estuaire commun à la Garonne et à la Dordogne qui joignent leur cours au bec d’Ambès. Tous les matériaux arrachés aux sols ainsi que des polluants de toutes sortes se retrouvent aujourd’hui dans l’océan. Je pense qu’il faudra beaucoup de temps avant que la mer retrouve sa belle couleur bleue. À côté des sédiments, on trouve sur le littoral des branches et des troncs d’arbres et d’innombrables brindilles. Sans oublier les déchets plastiques. Très honnêtement, si la température de l’eau l’avait permis, je n’aurais pas osé plonger mon corps dans un tel bouillon de culture.

Quelques petits bécasseaux couraient et picoraient en bordure de l’écume des vagues, mais je n’ai pas vu de cadavres d’oiseaux.

Depuis la mi-janvier, la LPO signale un épisode d’échouages massifs de volatiles sur l’ensemble du littoral atlantique, du Finistère à la Charente-Maritime, et jusqu’aux côtes espagnoles et portugaises. En France, plus de 32 000 échouages d’oiseaux sont recensés depuis le 1er février. Les principales espèces concernées sont des alcidés, avec une majorité de macareux moines.

Sur la côte sauvage au nord de Royan, des blockhaus datant de la Seconde Guerre Mondiale sont arrivés loin dans l’océan, après avoir été délogés par les vagues. À noter que plus au sud, sur la commune de Lège-Cap-Ferret (Gironde), un blockhaus vient de glisser de 20 mètres sur la plage de l’Horizon. Dans quelques années, il sera, lui aussi, ballotté par les vagues du large. Sur ce secteur océanique, le sable devient un mur vertical instable sous les assauts répétés des vagues.

Photos : C. Grandpey

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À lire une étude publiée dans la très sérieuse revue Nature. Ses auteurs nous expliquent que le niveau de la mer est bien plus élevé que ce que prennent en compte la plupart des évaluations des risques côtiers.

https://www.nature.com/articles/s41586-026-10196-1

L’érosion littorale sur les Plages du Débarquement

A Soulac-sur-Mer (Gironde), Le Signal est en train de disparaître sous les coups des engins de démolition. En France, l’immeuble était le symbole parfait du réchauffement climatique et de l’érosion du littoral sous les assauts des vagues.

Photo: C. Grandpey

Comme je l’ai souligné à plusieurs reprises, Le Signal n’est que l’un des nombreux exemples de l’érosion littorale dans notre pays. Il suffit de voir où sont arrivés les blockhaus de la Seconde Guerre Mondiale du côté de La Palmyre (Charente-Maritime) pour se rendre compte du travail de sape de l’océan.

 

Photo: C. Grandpey

Les enrochements mis en place en différents endroits de la côte – à Lacanau (Gironde), par exemple – montrent la fragilité du trait de côte.

Photo: C. Grandpey

La Normandie est également en danger. Le site d’Utah Beach, l’une des plages les plus célèbres du monde, où débarquèrent des milliers de soldats au matin du 6 juin 1944 est potentiellement menacé, en particulier le musée chargé de cette terrible histoire.

 

Le musée d’Utah Beach face à la mer (image musée)

Des moyens de protection sont mis en œuvre, mais le maire s’inquiète à chaque tempête. En effet, c’est bien au moment des tempêtes, surtout lorsque le coefficient des marées est le plus élevé que la destruction de la côte est la plus significative. De gros moyens sont mis en œuvre pour essayer de lutter contre les éléments. 7 000 m3 de sable sont déversés tous les deux ans pour compenser l’érosion de la dune. Des oyats sont plantés pour la fixer. C’est un peu le combat de David contre Goliath.

 

Oyats pour lutter contre l’érosion (Photo: C. Grandpey)

La seule solution sûre serait de déménager le musée. Mais le maire de Sainte-Marie-du-Mont (Manche), la commune qui abrite Utah Beach, refuse cette solution: « La loi Littoral nous empêche formellement de le déplacer ailleurs sur la plage. L’éloigner du littoral et du site du Débarquement serait à l’opposé de tout devoir de mémoire. Est-ce qu’on imagine laisser ainsi Verdun à l’abandon ? Le musée doit rester sur la plage. »

Pas très loin d’Utah Beach, un important pan de la falaise de la Pointe du Hoc, autre lieu symbolique du Débarquement de Normandie du 6 juin 1944, s’est effondré le 20 janvier 2023.

En raison de l’érosion progressive de la Pointe du Hoc, une partie de l’affleurement surplombant la Manche s’est effondrée. Personne n’a été blessé dans le glissement de terrain qui est tombé dans la mer,

Le lieu est chargé d’histoire. 225 rangers américains entreprirent l’ascension de la Pointe du Hoc et ses 25 mètres de hauteur le 6 juin 1944 sous les tirs allemands. Seuls 90 s’en sortirent.

Tout est fait pour trouver des moyens d’atténuer les risques d’effondrement. Selon les autorités locales, « il faut absolument préserver le site tout en continuant à raconter l’histoire héroïque du lieutenant-colonel James E. Rudder et de ses hommes qui ont escaladé les falaises le 6 juin 1944 pour aider au succès du débarquement allié en Normandie. »

 

L’assaut de la Pointe du Hoc par les rangers américains (archives musée)