Si le Groenland pouvait parler… (2ème partie) // If Greenland could speak… (part 2)

Au final, l’étude de la carotte de glace de Camp Century montre qu’il y a 400 000 ans, le climat du Groenland ressemblait plus ou moins au nôtre, avec des alternances de périodes froides et chaudes. Par la suite, l’île s’est métamorphosée et a viré à la glace.

La vraie question est de savoir pourquoi la calotte du Groenland a fondu si vite et a été recouverte de végétation. La réponse à cette question nous aiderait à mieux comprendre le processus de fonte de l’île arctique aujourd’hui. La vitesse de fonte du Groenland détermine l’élévation du niveau de la mer et donc le futur des zones habitées sur les littoraux dans le monde.

On pourrait se demander si la fonte de la calotte glaciaire du Groenland dépend d’un cycle climatique naturel, avec alternance de périodes froides et de périodes chaudes. Les scientifiques nous rappellent qu’un cycle climatique naturel est géré par 3 paramètres : 1) la trajectoire de la Terre autour du Soleil est tantôt elliptique, tantôt circulaire ; cela se produit environ tous les 100 000 ans. 2) l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre qui varie environ tous les 40 000 ans. 3) le mouvement d’inclinaison de la Terre – autrement dit son oscillation – qui change tous les 22 000 ans.

Rotation de la Terre sur son axe et sa révolution autour du Soleil (Source: NOAA)

Ces 3 paramètres interagissent. Dans les reconstructions de températures des carottes de glace, on constate que les changements de température suivent de près l’évolution de l’exposition au soleil. En revanche, aujourd’hui, les activités humaines modifient la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et impactent la température beaucoup plus rapidement que les paramètres astronomiques que l’on vient de décrire. Par exemple, nous sommes aujourd’hui dans une phase où le climat devrait se refroidir, mais il est en train de se réchauffer, à cause des activités d’origine anthropique. Le seuil de 1,5°C défini par la COP 21 de Paris est à oublier ; on se dirige très probablement vers une hausse de 3 ou 4 degrés Celsius. La conséquence est que les calottes glaciaires et les glaciers fondent à la vitesse V, sans oublier les événements extrêmes qui impactent notre belle planète de plus en plus souvent.

Un documentaire diffusé sur la chaîne ARTE et intitulé « Groenland, la mémoire de glaces », illustre ce que je viens d ‘écrire. Vous pourrez le visionner en cliquant sur ce lien :

https://www.arte.tv/fr/videos/127023-000-A/groenland-la-memoire-des-glaces/

Une dizaine de minutes avant la fin, l’un des scientifiques explique qu’il fait des conférences et que des parents désemparés viennent le voir car ils se posent des questions sur le monde qu’ils vont laisser à leurs enfants. Je connais souvent une situation identique au terme de ma conférence « Glaciers en péril ». En général, il règne un silence de plomb dans la salle car j’énonce en permanence des vérités.

On me demande ce qu’il faudrait faire pour empêcher la catastrophe que j’annonce. Les solutions que j’avance ne sont pas celles à toute petite échelle dont parlent les médias. Pour réduire nos émissions de CO2 et autres gaz polluants, il faudrait prendre des mesures dignes de ce nom mais qui – j’en suis pleinement conscient – chambouleraient notre société. Ainsi, on pourrait développer le ferroutage qui réduirait le nombre de camions sur nos routes. On pourrait aussi supprimer les vols charter dans le transport aérien et ne conserver que les vols sur les lignes régulières. On pourrait réduire le nombre de navires de croisière. On pourrait obliger toutes les nouvelles constructions à se doter de panneaux photovoltaïques. Mais il y aura un revers à la médaille car certaines des mesures que je propose sont parfois fort coûteuses, comme les voitures électriques. De plus, elle risquent de générer du chômage ou déclencher des mouvements sociaux. Aucun homme politique n’osera s’aventurer sur ce terrain mouvant. La société moderne s’est construite sur les énergies fossiles et seule leur disparition naturelle par épuisement pourrait nous sortir de l’ornière dans laquelle nous nous sommes mis. L’ironie de la situation, c’est que la fonte de la glace arctique permet d’accéder à de nouveaux gisements de pétrole et de gaz. La disparition naturelle des énergies fossiles interviendra donc trop tard, beaucoup trop tard.

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Ultimately, the study of the Camp Century ice core shows that 400,000 years ago, Greenland’s climate was more or less similar to ours, with alternating cold and warm periods. Subsequently, the island became covered in ice.

The real question is why the Greenland ice sheet melted so quickly and became covered in vegetation. The answer to this question would help us better understand the melting process of the Arctic island today. The rate of Greenland’s melting determines sea level rise and therefore the future of populated coastal areas worldwide.
One might wonder if the melting of the Greenland ice sheet is not dependent on a natural climate cycle, with alternating cold and warm periods. Scientists remind us that a natural climate cycle is governed by three parameters: 1) the Earth’s orbit around the Sun is no longer elliptical but circular; This occurs approximately every 100,000 years. 2) The tilt of the Earth’s axis of rotation, which varies approximately every 40,000 years. 3) The Earth’s tilt—in other words, its oscillation—which changes every 22,000 years. These three parameters interact. In temperature reconstructions of ice cores, we observe that temperature changes closely follow the evolution of solar exposure. However, today, human activities are altering the amount of greenhouse gases in the atmosphere and impacting the temperature much more rapidly than the astronomical parameters just described. For example, we are currently in a phase where the climate should be cooling, but it is warming. This is due to human-caused activities. The 1.5°C threshold defined by the COP 21 in Paris is no longer relevant. We are very likely heading towards a rise of 3 or 4 degrees Celsius. The consequence is that ice caps and glaciers are melting at an alarming rate, not to mention the extreme weather events that are impacting our beautiful planet with increasing frequency.

A documentary broadcast on the ARTE channel, entitled « Greenland, the Memory of Ice, » illustrates what I have just written. You can watch it by clicking on this link:

https://www.arte.tv/fr/videos/127023-000-A/groenland-la-memoire-des-glaces/

About ten minutes before the end, one of the scientists explains that he gives lectures and that distraught parents come to see him because they have questions about the world they will leave to their children. I often encounter a similar situation at the end of my lecture « Glaciers in Peril. » Generally, there is a deathly silence in the room because I am constantly stating the facts.

People ask me what needs to be done to prevent the catastrophe I foresee. The solutions I propose are not the small-scale measures the media talks about. To reduce our CO2 emissions and other pollutants, we would need to take significant steps, but I am fully aware that these would drastically alter our society. For example, we could develop rail freight, which would reduce the number of trucks on our roads. We could also eliminate charter flights and keep only scheduled airlines. We could reduce the number of cruise ships. We could require all new buildings to be equipped with solar panels. But there will be a downside, because some of the measures I suggest are often costly, like the electric cars. Moreover, they risk generating unemployment or triggering social unrest. No politician will dare take them. Modern society was built on fossil fuels, and only their natural depletion could pull us out of the predicament we’ve created for ourselves. The irony of the situation is that the melting of Arctic ice uncovers new fossil fuel deposits. Their natural depletion will probably come too late, much too late.

2 réflexions au sujet de « Si le Groenland pouvait parler… (2ème partie) // If Greenland could speak… (part 2) »

  1. Bonjour, merci pour ces informations très intéressantes sur le Groenland !
    A t on une idée de la vitesse des anciennes fontes de la calotte? Sur combien d’années se déroulaient ces changements massifs?
    Merci!

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    1. Bonjour,
      Je n’ai pas d’informations à ce sujet et je ne suis pas certains qu’elles existent. Si on peut s’appuyer sur les carottes pour définit une glaciation, on ne dispose de pas de grand chose pour la fonte!
      Amitiés.
      Claude Grandpey

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