Le ski à tout prix a-t-il un avenir ?

Attention ! Cette note ne concerne que 9% de la population. Selon un rapport du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), c’est le pourcentage de Français qui s’adonne aux joies des sports d’hiver.

Avec la hausse des températures, 2025 est en passe d’être la troisième année la plus chaude en France et le deuxième ou troisième plus chaude dans le monde. Dans un tel contexte climatique, les stations de sports d’hiver ont de plus en plus de mal à vivre, voire à survivre. À basse et moyenne altitude, certaines ont déjà abandonné la partie alors que d’autres s’en sortent en diversifiant leurs activités.

Les stations qui restent ouvertes ont recours à la neige de culture, comme La Bresse-Hohneck dans les Vosges, grâce à ses 360 canons à neige. Comme je l’ai expliqué dans une note précédente, en Auvergne, Super-Besse a investi une somme colossale dans la production de neige artificielle. Selon le maire de Besse, en investissant quelque 3 millions d’euros pour équiper son domaine, la station est en mesure de maintenir l’activité de plus de 120 emplois directs et plus de 1 000 emplois indirects. Reste à savoir jusqu’à quand cette politique fonctionnera. Avec l’accélération du réchauffement climatique, pas sûr que la production de neige artificielle soit éternelle.

Sans les enneigeurs, la station de Super-Besse serait contrainte de fermer

Quoi qu’en dise de directeur de la station de Super Besse, la neige artificielle est très énergivore et consommatrice d’eau. En moyenne, un enneigeur a besoin d’un mètre cube d’eau et deux à trois kilowattheures d’énergie pour fabriquer un mètre cube de neige. De ce fait, l’utilisation de ces machines est mauvaise pour l’environnement et contribue à l’accélération du réchauffement climatique. Pour fonctionner correctement, les enneigeurs ont besoin d’une température avoisinant 0°C. La plupart des stations n’ayant pas la capacité financière d’enneiger artificiellement toutes les pistes, seules deux ou trois sont ouvertes. Bonjour les files d’attente aux remontées mécaniques !

Le snowfarming, autrement dit le recyclage de la neige, est une alternative aux canons à neige. Cette pratique, utilisée en Savoie et Haute Savoie pour le ski de fond, consiste à conserver la neige tombée d’une année sur l’autre. Pour ce faire, de la sciure ou des copeaux de bois sont utilisés dans le but de protéger la neige. Cette méthode est une alternative plus écologique. Elle permet de conserver près de 70 % de la neige stockée l’année passée.

Exemple de conservation de la neige à Bessans (Savoir)

Cette année, malgré le manque de neige, les réservations sont en hausse. Il semblerait donc que ce soit davantage le besoin de changer d’air que la pratique du ski qui incite les gens à passer les vacances d’hiver à la montagne. D’autant que les tarifs sont en hausse partout, que ce soit pour les remontées mécaniques ou pour les hébergements. Certaines stations étant en grande difficulté d’enneigement, celles qui ont davantage de neige sont plus attractives et peuvent proposer des tarifs plus élevés. De plus, la plupart des stations doivent dépenser de l’argent dans des canons à neige ou dans des remontées mécaniques permettant d’aller toujours plus haut. Tout cela se répercute forcément sur les prix proposés aux vacanciers.

D’après un rapport publié début février 2024 par la Cour des comptes, le modèle économique des stations de ski est « à bout de souffle et durablement affecté par le changement climatique depuis le début du XXIe siècle. Toutes les stations de ski seront plus ou moins touchées à l’horizon 2050 et seules quelques stations pourraient espérer poursuivre une exploitation au-delà de cette échéance. »

Fermeture de plus en plus de stations de ski

S’il est un sujet qu’il faut éviter d’aborder au cours d’une conversation avec les Savoyards ou les Isérois, c’est le réchauffement climatique. J’en ai fait l’expérience à plusieurs reprises dans les stations de ski alpines. De toute évidence, les gens qui y vivent savent que le risque est bien présent, mais ils ne veulent pas se faire peur en en parlant !

Pourtant, les faits sont là : les stations de basse et moyenne altitude ferment les unes après les autres, faute de neige. On fait souvent valoir des raisons économiques, mais il ne faut pas se voiler la face, l’or blanc se réduit comme peau de chagrin.

Un article paru sur le site de France Info confirme qu’il s’agit essentiellement de petits sites en difficultés économiques dans un contexte de réchauffement climatique et de baisse de l’enneigement en basse et en moyenne montagne. Les stations de haute altitude ne sont pas concernées pour le moment, mais si l’accélération de la hausse des températures continue, elles seront impactées elles aussi.

À plus basse altitude, les remontées mécaniques ne redémarreront pas cette année. Elles sont arrêtées définitivement, comme dans la station des Aillons-Margériaz 1000 en Savoie, du Gaschney dans le massif des Vosges, et de Hautacam dans les Hautes-Pyrénées. Ces trois stations s’ajoutent aux 201 domaines skiables qui ont été contraints de fermer leurs pistes depuis les années 1950.

Le rythme de ces cessations d’activités est relativement régulier dans le temps. Selon un géographe qui a fait des recherches approfondies, « deux, trois, quatre, parfois cinq sites ferment chaque année. » Il a toutefois constaté un changement à partir du début des années 2000, avec la mise à l’arrêt de domaines skiables de plus en plus importants, et notamment de stations de sports d’hiver à part entière. Ainsi quinze ont été en difficulté et huit d’entre elles ont mis la clé sous la porte.

Du point de vue géographique, la majorité des sites fermés sont localisés dans les Alpes : 121 domaines sur les 204. Mais ce chiffre représente moins de 30% de l’ensemble des stations recensées dans le massif alpin. Les plus forts taux de fermeture sont relevés dans les Vosges (44% des stations du massif), et surtout dans le Massif central, où 60% des domaines ont arrêté leurs remontées mécaniques. Ces massifs ont pour point commun d’être essentiellement constitués de basse et moyenne montagne, à moins de 2 000 mètres d’altitude. De ce fait, ils font partie des reliefs français les plus exposés à la raréfaction de la neige dans un contexte de réchauffement d’origine anthropique. Le principal motif de fermetures est économique, mais il est forcément lié au réchauffement climatique et au manque de neige. Parmi les autres causes identifiées par le chercheur figurent notamment la raréfaction des classes de neige à partir des années 1980 et 1990, mais aussi la concurrence avec les grandes stations ainsi que les frais de maintenance des remontées mécaniques.

Le nerf de la guerre reste bien sûr la neige qui a tendance à tomber à des altitudes de plus en plus élevées. On peut se demander jusqu’où la liste des fermetures de stations s’allongera dans les prochaines années. Dans un rapport publié en février 2024, la Cour des comptes a estimé que seules « quelques stations » pourront espérer poursuivre leur exploitation après 2050, compte tenu de l’impact du réchauffement planétaire. Là encore, les propos de la Cour des Comptes sont tempérés par Domaines skiables de France, la chambre professionnelle des opérateurs des stations de sports d’hiver qui met en avant des techniques comme le damage des pistes ou l’utilisation de neige artificielle qui devraient permettre à une large majorité des stations de poursuivre leurs activités au-delà de 2050. Ce qu’omet de dire le directeur de cette chambre, c’est que la production de neige artificielle à des températures positives est extrêmement coûteuse et énergivore, et néfaste pour l’environnement.

Dans une note publiée en octobre 2025, Météo-France résume les conséquences attendues du réchauffement climatique dans les montagnes d’ici la fin du siècle. L’institut y explique que le nombre de jours de neige, qui a déjà baissé de plusieurs semaines par rapport à la fin du 20ème siècle, devrait continuer de décroître fortement dans les prochaines décennies sur les massifs français.

Arrivera un jour où les enneigeurs ne suffiront plus à subvenir aux besoins des stations de sports d’hiver (Photo: C. Grandpey)