Alaska, the last frontier (4)

4. Valdez : Pétrole, saumons et glaciers.

Au retour du Katmai, l’atterrissage à Anchorage m’a permis d’assister à une scène insolite montrant à quel point l’avion fait partie de la vie des Alaskiens. En se rendant vers son port d’attache, notre appareil a tout simplement traversé l’une des avenues de la ville, avec les véhicules arrêtés devant un feu rouge et une barrière de passage à niveau, comme nous le faisons en Limousin au moment du passage d’un Train Express Régional !

Les 480 km entre Anchorage et Valdez font traverser une région de collines et de montagnes qui deviennent de plus en plus présentes en approchant du Golfe d’Alaska. La couleur d’ocre des bouleaux tranche avec le vert intense des conifères. C’est aussi la rencontre avec les premiers glaciers dont celui de Worthington  dont la langue vient mourir à quelques centaines de mètres de la route. Il n’y a pas si longtemps, il suffisait de descendre de son véhicule pour marcher sur la glace, mais en Alaska aussi le réchauffement climatique fait remonter les glaciers dans les montagnes.

Comme je l’écrivais plus haut, le petit port de Valdez a été totalement détruit par le séisme de 1964 et la ville actuelle a été reconstruite sur un site différent. L’ « original Valdez townsite » se trouve à 6 km du centre-ville et une plaque rappelle à ceux qui passent que la population a été durement touchée par le cataclysme.

En dehors de la pêche, Valdez est avant tout le terminus de l’oléoduc trans-Alaska qui achemine sur 1287 km le pétrole depuis Prudhoe Bay, tout au nord de l’Etat. Bien que longeant souvent la route, le gigantesque tube d’acier se fait relativement discret. Seules quelques ouvertures permettent aux visiteurs de s’en approcher. Des panneaux explicatifs indiquent, entre autres, que l’oléoduc a une trajectoire en zigzag pour faire face aux séismes  et qu’il ne touche pas le sol pour permettre aux animaux de circuler. L’hiver, un circuit thermique empêche le pétrole de geler dans les conduits. Au dégel, un système réfrigérant évite la corrosion des tuyaux. L’hiver étant très rigoureux, des « radiateurs » évacuent le réchauffement du sol que produit le passage de la canalisation. Cela évite un dégel qui rendrait localement le support instable.

Le port de Valdez permet d’aller rendre visite à plusieurs glaciers qui viennent vêler dans la mer. J’avais opté pour le Columbia Glacier qui n’est pas sans rappeler, à une plus grande échelle, le Jokulsarlon en Islande. Cette mini-croisière permet aussi de côtoyer des loutres et lions de mer, des orques ainsi que pas mal d’oiseaux.

La pêche au saumon est largement pratiquée à Valdez. Nombreux sont les touristes qui se livrent à ce passe-temps autour de la baie et dans le port, avec des résultats assez surprenants. La pêche à la cuiller n’est pas ma préférée en Limousin où je taquine la truite à la mouche, mais il faut reconnaître que les « lanceurs de médailles » qui s’y adonnent à Valdez réalisent de très belles prises. En une quinzaine de minutes, j’ai assisté au même endroit à la capture de trois saumons de 7 ou 8 kilos. Un emplacement spécial est d’ailleurs prévu dans le port proprement dit pour la préparation des poissons, avec des boutiques pratiquant la congélation ultra-rapide. Les saumons sont ensuite logés dans les congélateurs des camping-cars et seront consommés pendant l’hiver à travers toute l’Amérique ! Plusieurs pêcheurs m’ont très gentiment proposé des filets de saumon, mais ma petite Chevrolet ne me permettait pas leur transport et surtout conservation…

Quelques images supplémentaires dans l’album photos.

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Alaska, the last frontier (3)

3. Le Katmai : des ours et des volcans.

Anchorage nous a servi de point de départ pour nous rendre dans la région du Katmai, là où commence l’arc volcanique des Aléoutiennes, dans le sud-ouest du pays. Seule la voie aérienne permet d’accéder à ce coin perdu de l’Alaska. Un premier avion effectue le trajet entre Anchorage et King Salmon et c’est en hydravion que l’on arrive sur Brooks Lake où les ours sont les premières créatures vivantes que l’on aperçoit sur les bords du lac ! Il est vrai que les saumons sont particulièrement abondants et les plantigrades se régalent de poissons ainsi que de baies qu’ils dégustent à pleine gueule dans les forêts environnantes. Il faut être particulièrement prudent pour randonner dans le secteur car une rencontre avec les grizzlis est toujours possible. La première mission des rangers est d’ailleurs d’indiquer la marche à suivre dans un tel cas. Comme sur un volcan qui projette des bombes, il ne faut surtout pas s’enfuir en courant car on devient alors une proie potentielle pour l’animal.

Le Katmai est l’un des 80 volcans de l’arc des Aléoutiennes. Cette chaîne qui mesure 2400 km de long présente de nombreux volcans actifs dont le dynamisme éruptif et la nature des matériaux émis témoignent de la subduction de la plaque Pacifique sous la plaque nord-américaine.

La phase paroxysmale de l’éruption du Katmai s’est déroulée les 6, 7 et 8 juin 1912. Elle a duré une soixantaine d’heures avec une émission de 28 à 30 km3 de coulées de ponce et de cendre. Ces coulées, d’une épaisseur de plus de 100 mètres par endroits, ont rempli la vallée glaciaire d’Utak, large de 4 à 5 km, sur une longueur de 20 km. Robert Griggs, qui fut le premier à explorer cette vallée en 1916, l’a appelée Vallée des 10 000 Fumées à cause de ses innombrables fumerolles, aujourd’hui disparues.

L’éruption de 1912 n’a fait aucune victime car les peuplades présentes, peu nombreuses il est vrai, furent prévenues par les tremblements de terre qui avaient précédé l’éruption et avaient fui la région. Depuis cette éruption, l’érosion – comme au Pinatubo aux Philippines – a entaillé des canyons étroits, profonds de plusieurs dizaines de mètres, où nous sommes allés randonner et que l’on peut voir sur les images de l’album photos dans la colonne de droite de ce blog.

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Alaska, the last frontier (2)

2. Quand la terre tremble.

En Alaska, tout commence à Anchorage, ville sans charme particulier avec son quadrillage de rues et d’avenues entrecoupées de nombreux espaces verts fréquemment visités par les élans et les ours quand la nourriture se fait rare dans les forêts aux alentours.

Il ne subsiste plus aucune trace physique du terrible séisme de 9,2 qui a secoué le sud de l’Alaska le jour du Vendredi Saint 1964. Toutefois, au nord de la ville, là où s’est produit un glissement de terrain particulièrement meurtrier, on peut visiter un parc parsemé de panneaux pédagogiques qui rappellent ce douloureux événement (voir photos dans l’album). Au cœur de la ville, l’Alaska Experience Theater présente un film avec des images d’archives et de nombreux témoignages. Comme cela se fait de plus en plus aujourd’hui, les sièges des spectateurs vibrent, donnant ainsi un aperçu des secousses qui ont ébranlé Anchorage pendant plusieurs minutes. Le séisme s’est accompagné d’un tsunami qui a dévasté Valdez et Seward, petits ports sur les bords du Golfe d’Alaska (voir panneau ci-dessous). Que ce soit à Anchorage, à Homer ou à Valdez, on trouve des panneaux indiquant les lieux de rassemblement et les parcours d’évacuation en cas de tsunami. Eu égard au laps de temps très bref dont on dispose dans le cas d’un raz-de-marée, il n’est pas certain que ces précautions soient suffisantes. Les personnes avec lesquelles j’ai pu discuter à Valdez sont très sceptiques car aucun exercice n’a – paraît-il – été effectué pour préparer la population à une telle éventualité.

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Alaska, the last frontier (1)

Comme promis, voici un petit récit du voyage que je viens d’effectuer en Alaska. Les différents chapitres correspondent aux principaux moments de ce périple. Au fur et à mesure que nous avancerons, l’album photos de la colonne de droite se garnira peu à peu…. Bonne lecture !

 

1. L’Alaska, un Etat à part.

L’Alaska est un Etat à part, dans tous les sens du terme. Comme Hawaii, il est séparé du bloc géographique principal formé par les États-Unis et se situe au nord-ouest du Canada. Il est d’ailleurs amusant de voir que les bulletins météo à la télévision ne mentionnent jamais ces deux Etats, sauf quand il s’y passe des événements extraordinaires, comme les cyclones à Hawaii ou les blizzards en Alaska.

L’Alaska (« continent » en inuit) est l’État des États-Unis le plus étendu, avec une superficie totale de 1 717 854 km², soit trois fois celle de la France métropolitaine. Il est peuplé de 683 478 habitants. C’est le troisième État le moins peuplé des États-Unis, derrière le Vermont et le Dakota du Nord. La densité est la plus faible du pays, avec 0,46 habitant par km².

En 2009, l’Alaska fête le cinquantenaire de son entrée dans l’Union comme 49ème Etat, de la même façon qu’Hawaii fête son cinquantenaire comme 50ème et dernière étoile du drapeau américain.

L’Alaska est donc un Etat particulièrement jeune. C’est la dernière frontière, celle qui a donné naissance à tant d’histoires de chercheurs d’or et autres trappeurs. Les Alaskiens que j’ai rencontrés étaient charmants, des gens ouverts et disponibles, pas stressés. On sent un peuple qui en a vu d’autres et habitué à affronter les rigueurs de l’hiver. Les axes de communication terrestres sont peu nombreux et la plupart des déplacements se font par avion ou hydravion. Il suffit de se rendre sur les bords du Lac Hood, au cœur d’Anchorage, et d’assister au ballet incessant de ces floatplanes pour se rendre compte de leur importance dans la vie des Alaskiens. La plupart des hommes possèdent un brevet de pilote et la plupart des familles disposent en outre de pick ups  4×4 qui permettent de se déplacer plus facilement sur les pistes en terre battue en été ou sur les routes enneigées en hiver. En effet, l’Alaska ne connaît guère que ces deux saisons car le printemps et l’automne sont beaucoup plus courts que chez nous.

J’avais choisi le mois de septembre pour visiter l’Alaska car c’est le moment de l’année où les couleurs de la nature sont les plus belles ; les touristes sont partis et les moustiques aussi ! C’est l’époque où les ours sont les plus nombreux dans les cours d’eaux ; ils viennent dévorer les derniers saumons avant d’hiberner pendant les longs mois d’hiver.

Le pari était un peu risqué car les statistiques météorologiques montrent que septembre est aussi le mois le plus arrosé ! En fait, hormis quelques averses de courte durée, c’est un temps fort agréable qui a régné sur la région pendant tout le séjour.

Les volcans faisaient bien sûr partie du programme, mais ce serait vraiment une erreur d’en faire le seul but du voyage.

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