Etude en profondeur du Mont St Helens

Une étude du système d’alimentation en profondeur du Mont St Helens va être entamée par plusieurs organismes scientifiques américains comme l’Université de l’Etat de Washington ou l’Observatoire Volcanologique des Cascades. Elle durera quatre ans et sera en grande partie financée par une subvention de 3 millions de dollars de la National Science Foundation.  

Le but de l’étude sera de comprendre ce qui se passe à une centaine de kilomètres de profondeur, là où les plaques tectoniques se rencontrent et où se produit la montée du magma. Jusqu’à présent, les scientifiques limitaient leur étude à une dizaine de kilomètres sous la croûte terrestre. Ce sera la première étude à examiner l’alimentation du volcan à partir du manteau terrestre. Au final, les chercheurs espèrent obtenir des données qui leur permettront de prévoir les éruptions, non seulement du St Helens, mais aussi des autres volcans de notre planète.

L’étude devrait couvrir une zone de 155 kilomètres carrés autour du St Helens. Le travail consistera à installer 2500 petits sismographes au cours des deux années à venir et à déclencher entre 10 et 20 explosions souterraines au fond de puits de 25 mètres de profondeur. Ces explosions, sans grandes conséquences pour le sol, produiront des signaux perceptibles jusqu’à 150 km de distance. Grâce à la présence du très grand nombre d’instruments de mesure, on devrait obtenir une image très détaillée de la structure du sous-sol, jusqu’au secteur où la plaque tectonique Juan de Fuca s’enfonce sous la plaque nord-américaine.

Outre l’intérêt volcanique avec le point de départ de l’ascension du magma vers la surface, il ne faudrait pas oublier que cette zone de subduction est susceptible de provoquer des séismes de magnitude 9.

Enfin, l’étude doit examiner les propriétés magnétiques et électriques des roches en profondeur car une cartographie de la circulation de l’électricité contribuerait probablement à mieux identifier le magma. En particulier, cela pourrait permettre de savoir de quelle manière les volcans des Cascades sont reliés les uns aux autres, à supposer qu’ils le soient.

Source: The Oregonian.

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Vue générale du cratère du St Helens en 2008 (Photo: C. Grandpey)

Nevado del Ruiz (Colombie)

nevado del ruiz,ash,cendre,volcans,volcanoesL’INGEOMINAS  a mis en ligne deux images satellites de la NASA montrant les transformations subies par le Nevado del Ruiz entre le 23 avril 2010 et le 6 juin 2012. Dans le premier cliché on peut voir la calotte glaciaire parfaitement propre, alors que deux années plus tard elle est recouverte de dépôts de cendre, en particulier dans sa partie occidentale. De plus on voit parfaitement le panache de cendre être emporté vers le N-NO.   

http://www.ingeominas.gov.co/Manizales/Imagenes/ComparacionNASA.aspx

Dans son dernier bulletin, l’INGEOMINAS indique que le tremor continue à révéler une instabilité du système volcanique associée à des émissions de gaz et de cendre. L’Observatoire met en garde sur le risque de débordement de certaines rivières suite aux fortes pluies et à l’accumulation de cendre. La couleur du niveau d’alerte est maintenue à l’Orange (niveau II).  

 

nevado del ruiz,ash,cendre,volcans,volcanoesINGEOMINAS has released two satellite photos taken by NASA that show the changes undergone by Nevado del Ruiz between April 23rd 2010 and June 6th 2012. In the first snapshot, one can see that the icecap is perfectly clean whereas two years later it is blackened by ash deposits, mostly in the western part. One can also see the ash plume being blown away N-NW.

http://www.ingeominas.gov.co/Manizales/Imagenes/ComparacionNASA.aspx

In its latest report, INGEOMINAS indicates that the tremor still reveals instability of the volcanic system together with gas and ash emissions. The Observatory warns against the risk of flooding of certain rivers due to the heavy rains and ash accumulation. The colour of the alert level is kept at Orange (level II).

Les leçons de l’éruption du Puyehue (Chili)

La Nouvelle Zélande est à nouveau à l’honneur avec un article de la revue Science qui explique que des scientifiques « kiwi »se sont rendus en Argentine pour étudier les effets de l’éruption chilienne du Puyehue, en particulier au niveau des dépôts de cendre. L’Ile du Nord en Nouvelle Zélande est volcanique et plusieurs édifices – tel le Taranaki mentionné dans ma note précédente – sont susceptibles d’émettre des nuages de cendre aux effets extrêmement gênants.

 

L’éruption du Puyehue a duré plusieurs mois et j’ai souvent eu l’occasion de parler des désagréments causés par la cendre, tant au niveau du trafic aérien que de l’élevage, ou encore des activités touristiques. Les problèmes causés à l’aviation ont concerné tout l’hémisphère sud et nombre de vols entre le Chili ou l’Argentine et l’Australie et la Nouvelle Zélande ont dû être annulés. En effet, le volcan a envoyé en quasi permanence – surtout vers l’Argentine à cause des vents dominants – des nuages de cendre dont la couche atteignait parfois plusieurs centimètres. Les effets de cette cendre sont d’ailleurs encore visibles aujourd’hui, accentués par le vent qui souffle fortement sur les hautes terres. Ainsi, l’équipe néo-zélandaise a été confrontée à des nuages soulevés du sol par le vent, avec une visibilité inférieure à 200 mètres. De plus, la cendre est très abrasive et un appareil photo de l’équipe scientifique en a fait les frais.  

 

Le but de la mission néo-zélandaise était de voir dans quelle mesure les effets négatifs et nocifs de la cendre pouvaient être réduits, en sachant que la Nouvelle Zélande est moins exposée aux vents forts et le climat plus humide permettrait probablement d’éliminer la cendre plus rapidement. Cette élimination par l’eau de pluie présente toutefois des risques. D’une part, des coulées de boue ou lahars pourraient se déclencher dans les secteurs les plus pentus. D’autre part, la cendre pourrait entraver le lit des rivières et entraîner des inondations des terres agricoles autour du Taranaki.

Une des conclusions de l’équipe néo-zélandaise est qu’il faudrait anticiper les problèmes causés par la cendre et se tenir prêt à l’évacuer le plus tôt possible en mobilisant des engins de déblaiement et en prévoyant des lieux de stockage de cette cendre. San Carlos de Bariloche (à 100 km du cratère du Puyehue) est une station de sports d’hiver réputée mais elle a été sinistrée par l’éruption. Il a fallu près de deux mois pour se débarrasser d’une couche de 5 centimètres de cendre, ce qui est bien sûr trop long.  

Dans le cas des terres agricoles, l’équipe néo-zélandaise pense qu’il faudrait veiller à évacuer le bétail des zones recouvertes par la cendre, quitte à abattre certains animaux pour réduire la taille du cheptel. (N’oublions pas que les troupeaux de moutons, et même de bovins, ont des tailles considérables en Nouvelle Zélande). Néanmoins, dans la plupart des cas, tout devrait bien se passer.

S’agissant de la Nouvelle Zélande, il faudra également gérer la situation de la ville d’Aukland qui pourrait être affectée par une éruption de l’un des volcans de l’Ile du Nord, en sachant que la ville elle-même est construite sur un site volcanique où de petits édifices ne sont pas forcément éteints ! Au nombre des volcans susceptibles d’envoyer leur cendre jusqu’à Auckland, il faut nommer le Ruapehu et le Ngauruhoe, sans oublier le Taranaki. Il ne s’agit là que de « petits » volcans dont les dommages seraient bien inférieurs à ceux causés par une éruption de volcans comme le Taupo qui expédieraient dans l’atmosphère des centaines de milliers de mètres cubes de matériaux. Dans un tel cas, il n’y aurait pas grand-chose à faire. Toute l’Ile du Nord serait probablement dévastée.

Les scientifiques pensent que l’éruption d’un volcan comme le Tarawera (la dernière a eu lieu en 1886) serait comparable à celle du Puyehue.

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En cas d’éruption, la cendre du Ruapehu (en haut) et du Ngauruhoe (en bas) pourrait perturber la vie dans l’Ile du Nord (Photos: C. Grandpey)

 

 

De Christchurch au Mont Taranaki (Nouvelle Zélande)

Les Néo-Zélandais vont essayer de tirer les leçons des séismes qui ont sévèrement affecté la ville de Christchurch dans l’Ile du Sud et ils voudraient fournir au gouvernement les outils nécessaires pour faire face aux conséquences d’une éruption du Mont Taranaki (également appelé Egmont), à proximité de la côte occidentale de l’Ile du Nord. La dernière éruption de ce volcan s’est probablement produite en 1755-1800 et il est toujours considéré comme actif.

Le projet, conduit conjointement par le département des risques volcaniques de l’Université de Massey et la société Market Economics, a reçu une subvention de 250 000 dollars pour être mené à bien. Les participants vont s’appuyer sur des simulations de scénarii éruptifs du Mont Taranaki mis sur pied à partir de travaux sur le terrain.

Etablir un parallélisme entre un séisme et d’une éruption volcanique n’est pas facile car, dans le premier cas, la reconstruction peut reprendre rapidement une fois les secousses terminées alors qu’une éruption peut s’étaler sur plusieurs années et il est beaucoup plus difficile de mettre en place rapidement un plan de reconstruction.  

Les universitaires néo-zélandais sont parvenus à retracer l’histoire éruptive du Taranaki sur une période de 10 000 ans et sont même remontés jusqu ‘à 32 000 ans grâce à des prélèvements effectués dans un marécage près d’Eltham. Ils sont arrivés à la conclusion que le Taranaki présente des cycles éruptifs avec une alternance de périodes de fréquentes petites éruptions et de séquences éruptives plus fortes, mais moins longues dans le temps. Les cycles durent environ 1500 ans. Le volcan traverse actuellement une période calme. Comme indiqué précédemment, la dernière éruption qui a donné naissance au dôme sommital s’est produite vers 1800.

Les chercheurs n’étudient pas seulement la fréquence des éruptions, mais aussi leur nature, en particulier les processus physiques et chimiques qui interviennent au niveau du magma pendant leur déroulement. Le but est de mieux comprendre un cycle éruptif du Taranaki et de savoir exactement à quel moment du cycle nous nous trouvons afin de prévoir l’activité éruptive future.

Il est intéressant de noter que les Néo-Zélandais travaillent parallèlement sur le Mérapi (Indonésie) qui est censé ressembler fortement au Taranaki, tant par sa forme que par la composition de sa lave. Ils voudraient savoir si les cycles éruptifs sont les mêmes sur ces deux volcans ou si le Taranaki se comporte différemment.

Source : Massey University.

 

Ce travail est fort louable et on reconnaît bien la stratégie des universitaires qui adorent s’appuyer sur les notions de cycles et sur les simulations informatiques en volcanologie. Vouloir comparer le Taranaki et le Mérapi est audacieux ! Les deux volcans ne sont pas proches l’un de l’autre et il est fort à parier que chacun d’eux a son propre comportement, voire son propre cycle, si l’on accepte celle notion, ce qui n’est pas mon cas. Certes, les laves sont semblables, mais c’est aller un peu vite en besogne que de faire une assimilation avec le volcan indonésien ! C’est comme si l’on voulait mettre en parallèle le comportement éruptif du Kilauea et du Piton de la Fournaise !  Mon expérience sur le terrain m’incite à penser que chaque volcan, aussi semblable soit-il à un autre, a son propre comportement. S’agissant de l’Etna, j’ai même pu observer que les cratères sommitaux agissaient le plus souvent indépendamment les uns des autres.

Le projet de gestion des risques par les Néo-Zélandais est en revanche une très bonne idée car, que ce soit pour un violent séisme ou une éruption volcanique majeure, les autorités sont confrontées au problème de la reconstruction qui doit être effectuée le plus vite possible.  

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Les principaux volcans néo-zélandais, avec le Mont Egmont (Taranaki étant son nom maori) à l’ouest de l’Ile du Nord. (Avec l’aimable autorisation de l’USGS).