Les bras m’en tombent !

Souvenez vous : Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, combinant vents violents et forts coefficients de marée, la tempête Xynthia a fait 47 morts en France, avec 29 victimes dans la seule ville côtière de La Faute-sur-Mer (Vendée). Dans cette commune, des lotissements avaient été construits sur des zones jusque-là réputées inondables, y compris une cuvette située sous le niveau de la mer, où sont mortes une grande partie des victimes. En décembre 2014, le maire a été condamné à 4 ans de prison ferme, son adjointe à 2 ans fermes et 75.000 euros d’amende. Le jugement leur reprochait d’avoir caché le risque d’inondation pour ne pas se priver de la manne financière liée à l’urbanisation. Le fils de l’adjointe, agent immobilier et président de la commission de surveillance de la digue, a été condamné à 18 mois de prison ferme.

Cet événement dramatique semble en passe d’être oublié et les mises en garde du GIEC sur la hausse du niveau des océans (un mètre d’ici 2100) ne sont visiblement pas prises au sérieux si l’on en juge par la situation sur l’île de Noirmoutier (Vendée). Pourtant un nouveau signal d’alerte a été émis en février 2020 par les tempêtes Ciara et Ines qui ont fait des dégâts sur les côtes. Des travaux d’urgence ont débuté le 17 février pour consolider des ouvrages de protection qui ont souffert sous les assauts répétés des vagues. Il va falloir faire vite car les grandes marées vont arriver début mars. Les habitants de Noirmoutier, impuissants, ne peuvent que constater les dégâts. À la Guérinière, certains endroits de la dune ont perdu plus de 10 mètres depuis novembre 2019.  Pour l’association Vivre l’île 12 sur 12, à long terme, la solution sera sûrement de relocaliser les maisons qui se trouvent en bord de mer. Elle déplore d’ailleurs que des permis de construire soient toujours délivrés pour des habitations en bord de mer, alors que « l’eau monte ».

Dans une rubrique sur l’Environnement, France Info explique que les deux tiers de  l’île de Noirmoutier (49 km²) se situent en dessous du niveau de la mer. Les risques de submersion sont donc présents et pourtant le plan de prévention des risques adopté en 2015 est moins contraint que sur le reste du littoral. Certaines zones rouges considérées comme non constructibles en 2012 sont devenues bleues donc constructibles en 2015 ! Comme le fait remarquer fort justement la chaîne de radio, c’est une erreur qui pourrait se payer cher à l’avenir.

Je n’ose pas en croire mes yeux quand je lis les explications fournies par la secrétaire générale de Vendée Environnement : « Ce qui s’est passé entre 2012 et 2015, c’est qu’il y a eu une grande résistance de la population, une grande difficulté à accepter le principe même du Plan de prévention des risques dans la mesure où ça a entraîné notamment plus qu’une gêne. Dans certains cas, ça pouvait même faire diminuer la valeur des biens. Cette préoccupation là a primé sur ce que cela recouvre en réalité, c’est à dire un risque« . Autrement dit le fric d’abord, les vies humaines après !

Aujourd’hui, avec la hausse du niveau des océans et les événements extrêmes qui se multiplient (voir les dernières tempêtes), les digues construites tout autour du littoral de Noirmoutier risquent de céder et inonder les constructions anciennes et nouvelles. Des travaux de restauration de ces digues sont réguliers, mais quand on connaît la force des éléments, on se demande jusqu’à quel point elles pourront résister aux assauts de l’océan. Près de 60 millions d’euros ont été investis dans le renforcement des ouvrages de défense contre la mer entre 1978 et 2015.

A Noirmoutier, avec le nouveau Plan de prévention des risques, on continue de construire. Les propriétaires peuvent diviser leurs parcelles et bâtir sur des surfaces anciennement non constructibles ! Le plan local d’urbanisme favorise la construction de logements principaux accessibles aux travailleurs locaux.
Le Plan de prévention des risques de l’île doit prochainement être révisé pour tenir compte de la hausse des océans prévue par le GIEC. Le responsable scientifique de l’Observatoire régional des risques côtiers tempère les mises en garde du GIEC « qu’il faut prendre à très long terme ». Il ajoute que l’ »on constate actuellement une petite accélération de cette remontée » [du niveau de la mer]. Selon lui, la Vendée présente des « zones basses », sensibles à la montée des eaux : Le Pouliguen, plus au nord, La Faute-sur-Mer, plus au sud. Mais le scénario à un mètre [du GIEC] « n’est pas une fatalité. En minimisant, par exemple, les gaz à effet de serre au niveau mondial, on pourrait minimiser cette remontée inéluctable du niveau de la mer. »

Que ne dirait-on pas pour protéger les intérêts locaux ? Rendez-vous dans quelques années pour une répétition à Noirmoutier de la catastrophe de La Faute-sur-Mer…

Croisons les doigts pour que les cabines de la Plage des Dames à Noirmoutier ne connaissent pas un jour le même sort que leurs homologues britanniques de St Leonards il y a quelques semaines. (Photos : C. Grandpey et BBC)

Une réflexion au sujet de « Les bras m’en tombent ! »

  1. Bonsoir Claude.

    Cela confirme hélas que la vie humaine a un prix dans ce monde.

    Je continuerai personnellement à penser que la vie humaine n’a pas de prix, ne jamais mettre en danger UN seul être humain (et pourquoi pas aussi un animal dit « supérieur » ???) pour quelques raisons mercantiles et/ou financières (ou politique, ou autre).

    Le fric, d’abord……………………………………………………………………….
    Une belle bande de salopards.

    Frédox.

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