La réintroduction de l’ours pose problème dans les Pyrénées

Quelque 200 personnes, dont de nombreux bergers avec quelques élus, ont manifesté le 29 août dernier à Etsaut dans la Vallée d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques) pour dire leur refus de l’introduction d’ours dans le massif, en dépit de la démission de Nicolas Hulot. Elles s’étaient données rendez-vous dans ce village de 61 habitants où l’ancien ministre de la Transition écologique comptait venir plaider la cause de l’introduction prochaine de deux ourses dans le massif.

Selon le co-président de la Fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne (FTEM), « le pastoralisme ne peut pas vivre avec les prédateurs. »  La mairesse d’Etsaut est, quant à elle, favorable à la réintroduction des ourses, ce qui ne fait qu’accroître la colère des éleveurs. S’adressant aux manifestants, leur co-président a lancé : « A partir de maintenant, je compte sur vous pour organiser des battues contre le loup hybride qui sévit dans la vallée d’Ossau, et des tirs d’effarouchement contre les deux ourses qui seront, Hulot ou pas, réintroduites. »

La mairesse d’Etsaut a déclaré : « Je suis favorable au renforcement de l’ours parce qu’il fait partie du patrimoine. Au début du 20ème siècle, plus de 90 ours cohabitaient avec les bergers », a-t-elle souligné.

Je ne suis pas d’accord avec cette dame quand elle dit que l’ours FAIT partie du patrimoine. Comme pour la phrase suivante, elle aurait dû utiliser l’imparfait de l’indicatif. En effet, l’ours était très répandu dans les Pyrénées il y a quelques décennies. Le problème, c’est qu’on l’a exterminé, le réduisant à quelques individus. Une fois l’éradication effectuée, on a mis en place un élevage du mouton à grande échelle, d’ailleurs bien adapté aux pâturages de haute altitude.

Se souvenant que l’ours était autrefois présent dans les Pyrénées, quelques écologistes ont décidé un jour de le réintroduire. Le problème, c’est que sa place était prise par les moutons et leur cohabitation allait forcément être difficile. Selon une consultation publique lancée par le gouvernement, 58,6% des habitants des communes béarnaises de montagne concernés par la réintroduction des deux ourses y sont favorables, contre 41,4% d’avis défavorables, ce qui est loin d’un plébiscite ! Aux dires des derniers sondages au sein de la population française dans son ensemble, 89% des personnes interrogées sont pour la réintroduction.

Me concernant, je suis contre. Je n’aime pas le mot « ré-introduction » qui a en lui un caractère artificiel, quelque chose de pas naturel. Je me suis élevé à la campagne au milieu des vaches et des moutons et je n’aurais pas du tout aimé qu’un prédateur (chien errant, loup ou ours) vienne faire des ravages dans les troupeaux. Il est facile de dire qu’on est pour la réintroduction de l’ours ou du loup quand on habite un appartement dans une grande ville, comme c’est le cas pour la plupart des sondés.

Quand mon ami Jacques Drouin m’a proposé de collaborer à la rédaction du livre Dans les Pas de l’Ours (voir l’ouvrage dans la colonne de droite de ce blog), j’ai tout de suite accepté car l’ours fait partie, avec l’éléphant, des animaux que j’admire le plus. Je l’ai rencontré à de nombreuses reprises au Canada et surtout en Alaska. Dans ces contrées où il pullule, je me sentais un intrus dans le territoire des ours, de la même façon qu’aujourd’hui l’ours est un intrus sur le territoire pyrénéen. Il est certes chassé en Alaska, mais de façon très régulée. Il arrive que des ours s’attaquent à des personnes, quand ils sont surpris ou quand un imprudent se trouve entre une mère et ses oursons. C’est le seul cas où vous êtes autorisé à tuer un plantigrade. Si vous tuez un ours autrement que par autodéfense, ça va vous coûter très, très cher !

Ma collaboration à la rédaction du livre s’est surtout faite au niveau des images car je possède de nombreux clichés d’ours. Jacques et moi sommes allés dans les Pyrénées et, sous la houlette d’un guide local, avons randonné en montagne à la recherche des plantigrades, mais sans succès. L’ours pyrénéen est très discret, au moins pendant la journée. Les inscriptions sur les routes montraient l’hostilité des habitants à la réintroduction de l’ours. Même réaction des bergers auxquels il a été suggéré d’installer des clôtures électriques pour empêcher les ours de s’attaquer aux troupeaux. Pour les bergers, installer une clôture signifie que l’on accepte la présence de l’ours et il n’en est pas question. Ces derniers nous ont également fait remarquer que la réintroduction des vautours posait, elle aussi, un problème aux éleveurs. Certes, il y a des compensations financières en cas de pertes de bêtes, mais comme pour tout sinistre, l’argent alloué par l’assurance ne couvre pas la perte dans sa totalité et je sais par expérience que la perte d’une bête est un traumatisme pour un paysan.

Il semble bien que le problème de l’ours soit insoluble, comme le sera à brève échéance celui du loup qui, petit à petit, s’introduit sur le territoire français et qu’il sera plus difficile à gérer que le problème de l’ours. Je n’ose imaginer la présence de l’ours au sein des pâturages où broute tranquillement le célèbre agneau baronet du Limousin !

Qu’il soit grizzly ou noir, l’ours est maître de son territoire en Alaska (Photos: C. Grandpey)

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5 réflexions au sujet de « La réintroduction de l’ours pose problème dans les Pyrénées »

  1. Bonjour Claude.

    Je ne sais que dire…
    Je suis strictement opposé à faire « l’éradication » d’une espèce pour pouvoir s’installer à sa place. Et penser qu’il suffit d’attendre que le reliquat disparaisse m’insupporte.
    De la même façon vouloir « rattraper » ses erreurs et réintroduire à outrance, je suis opposé aussi.

    Il y a quelques années (ça date) la grande majorité des bergers avaient des patous pour protéger les brebis. Ils sont de plus en plus remplacés par des borders collies plus « faciles » d’utilisation.
    Ces chiens incomparables pour rassembler le troupeau ne valent pas une roupie contre un ours ou des chiens errants, contrairement au colossal berger pyrénéen.

    J’ai eu le plaisir lors de mes balades en Aspe et Ossau d’avoir la visite des patous qui venaient me renifler et me suivre lorsque je croisais les brebis.
    Et l’insigne honneur de croiser un ours aperçu une poignée de secondes en montant sur le lac de Lhurs (peut-être Canellito) en 2017.

    En souvenir de cette rencontre j’aimerai que mes petits fils s’ils me suivent en montagne puissent voir eux aussi « lou moussu » dans nos montagnes.
    Donc que vive encore longtemps l’ours chez lui là haut.

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    1. Bonjour,
      C’est vrai que le patou est le meilleur rempart contre l’ours, mais aussi contre le loup. Il y en a encore pas mal dans les Pyrénées, mais c’est vrai que le border collie est plus maniable pour diriger les troupeaux. Par contre, il ne sert à rien contre les ours. Comme vous les dites, il y a beaucoup de pour est de contre dans le débat à propos de l’ours. D’un côté j’adore l’ours, surtout en Alaska; d’un autre, mes origines campagnardes me poussent à le refuser. La grave erreur est d’avoir exterminé l’ours au début du 20ème siècle. D’ici quelques années, il y aura beaucoup d’ours et beaucoup de loups. Ça va poser de graves problèmes.
      Amitiés.
      Claude Grandpey

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  2. Bonjour Claude.

    Pour clôre cette discussion, hier au cirque d’Anéou au pied de Jean-Pierre, j’ai été contrôlé par deux patous quand j’ai traversé leur troupeau qui broutait tranquillement sur le chemin de rando.

    Une belle journée.

    Cordialement.
    Frédox

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  3. Bonjour Fredox,
    Le sens unique de l’histoire.
    La France est un vieux pays qui aura trouvé au fil des ans une espèce d’équilibre, tantôt basé sur l’atténuation d’un rapport de force entre ses habitants, tantôt cantonné dans une juridiction mi-rigide, mi-souple, qui ne tient pas compte d’un seul coté de la lorgnette, et s’appuie souvent sur la jurisprudence, ce qui tend parfois a considérer que l’habitude fait force de loi.
    Ainsi, il est toujours possible de lâcher le renard dans le poulailler, mais cela ne nuit pas qu’aux volailles qui se font cruellement massacrées, l’éleveur aussi se voit ainsi injustement floué, bouleversé dans ses habitudes et son rythme de vie et son équilibre tant alimentaire qu’économique.
    Dans ces conditions, les battues aux renards n’ont rien de surprenant ni d’inadmissible, ce sont des procédés qui rentrent bien dans l’organisation juridique, morale et économique de la société, et il s’agit bien ici de réguler l’excès et l’anomalie, tout en évitant l’éradication outrancière.
    A une échelle bien supérieure en superficie, la réintroduction de l’Ours dans nos alpages prend à revers l’évolution dosée et naturelle de nos conditions de vie et ainsi, plutôt que de l’éviter recréera l’outrance et remettra en puissance d’ancestrales rivalités que la modernité aura atténuée.
    N’en sommes-nous pas déjà là ? Est-ce bien raisonnable ?
    Amicalement
    Pierre Chabat

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  4. Bonjour Pierre.

    La prédation d’une espèce tient en :
    la surface du territoire
    la quantité de proies disponible

    Dans les deux cas tout a diminué dans les campagnes et dans les montagnes.
    A tel point que les survivants (peu nombreux) n’ont même plus le quota minimal dont ils ont besoin.

    Dès lors, ils se rabattent sur des proies « exotiques » et faciles à chasser.
    Trop facile de jeter la pierre à ces animaux.

    Dans le cas de l’ours je reconnais des attaques des plantigrades sur le bétail, mais retenez une chose : l’ours est un omnivore qui se nourrit essentiellement de quantité de plantes et fruits. La viande lui est nécessaire pour préparer l’hibernation.
    Pas les chiens errants qui sont des carnivores exclusifs. Ils sont responsables de la majorité des tueries de brebis (action directe et panique du troupeau).

    J’ai des solutions : extermination des chiens errants. Punition TRES sévère des particuliers qui abandonnent et/ou laissent divaguer leurs chiens. Remettre au jour la présence des patous.
    Respecter strictement la réglementation des PN (le nombre de chiens qui accompagnent leur patron là haut…).
    Protéger la forêt d’altitude, poumon de la biodiversité.

    Je répète, la disparition d’une espèce est une perte définitive.
    Que l’ours (loup, renard, isard, bouquetin, etc, etc) continue à vivre chez eux et pas là où nous voulons nous installer à leur place.

    Frédox.

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