Le lac Kivu (République Démocratique du Congo): une bombe à retardement!

En 1986, une nappe de gaz carbonique – évaluée à 1,2 millions de tonnes – s’échappait du lac Nyos au nord-ouest du Cameroun et asphyxiait environ 1700 personnes et de très nombreuses têtes de bétail.

Une catastrophe similaire pourrait se produire à nouveau un jour ou l’autre sur les rives du lac Kivu, à cheval sur la frontière entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda. En effet, le lac renferme de très importantes quantités de méthane et de CO2 susceptibles de se répandre à l’air libre et d’anéantir des populations. Il suffirait qu’un séisme ou une coulée de lave du Nyiragongo tout proche vienne perturber l’équilibre fragile du lac pour que les gaz s’en échappent.

La zone du lac la plus inquiétante est le Golfe de Kabuno, au nord-ouest du lac Kivu, où une poche de CO2 estimée à 3 kilomètres cubes sommeille à 12 mètres sous la surface de l’eau, à la verticale d’une faille tectonique.

Il semblerait donc urgent d’évacuer cette poche de gaz – qui contient 10 fois plus de gaz carbonique que le lac Nyos – avant qu’elle s’échappe et asphyxie des milliers de personnes. En effet, il y a plusieurs gros villages sur les rives du Golfe de Kabuno et la ville de Goma (un million d’habitants) est située à 20 km à l’est.   

Michel Halbwachs, volcanologue à l’Université de Savoie, a mis en garde les autorités sur les risques encourus dans cette région déjà durement frappée par les conflits ethniques. Si le vent venait à pousser la nappe de CO2 vers Goma, le bilan serait très lourd. Rappelons que Michel Halbwachs et Jean-Chistophe Sabroux (que je salue en passant) ont mis en place sur le lac Nyos un ingénieux système de pompage du CO2. L’expérience a d’ailleurs été remarquablement décrite dans un documentaire intitulé Les orgues de Nyos.

La Banque Mondiale a prévu un budget de 3 millions de dollars pour pomper le CO2 du lac Kivu. Les gouvernements rwandais et congolais ont aussi prévu d’extraire le méthane qui représenterait une source de revenus intéressante pour ces pays relativement pauvres. Les deux états ont signé un projet de production de 200 mégawatts à partir des réserves de méthane du lac.

Le temps presse. Si  rien n’est fait rapidement, on dira une nouvelle fois que l’homme n’a pas su tirer les leçons d’une catastrophe naturelle précédente !