Ruapehu (Nouvelle Zélande)

drapeau francais.jpgLe dernier bulletin de GeoNet sur le Ruapehu laisse entendre que la situation est stable même si les volcanologues néo-zélandais considèrent que le niveau d’activité reste relativement élevé et qu’une éruption peut se produire sans prévenir.

Les mauvaises conditions météo des derniers jours n’ont pas permis d’effectuer des mesure de gaz. Vu d’avion, le lac de cratère semble calme. Sa température n’a pas évolué et demeure à 22°C.

L’activité sismique est en recul par rapport au début du mois de novembre. Le niveau d’alerte volcanique reste à 1 et la couleur pour l’aviation reste Jaune.

drapeau anglais.jpgGeoNet’s latest update for Ruapehu suggests that the situation is stable even though New Zealand scientists indicate that the volcano is still at a heightened level of unrest. An eruption could occur with little or no warning.

Poor weather conditions made it impossible to perform gas measurements. Observations from the airplane showed that the crater lake remains quiet. Water temperature is static at about 22°C.

Seismic activity is lower than in the early part of November. The Volcanic Alert Level remains at 1 and the Aviation Colour Code remains at Yellow.

Ruapehu 1953: un bien triste conte de Noël!

On parle beaucoup du Ruapehu en ce moment car on a observé une certaine hausse de la sismicité qui pourrait annoncer une éruption à court terme, même si d’autres paramètres montrent que le volcan ne semble pas en train de se réveiller. En particulier, la température du lac de cratère n’a pas augmenté et se maintient autour de 20°C.

Comme je l’ai indiqué précédemment, il ne faudrait pas se focaliser sur une éruption sommitale qui, même si elle représente une menace pour les infrastructures de sports d’hiver (particulièrement laides !), ne devrait pas causer de dégâts majeurs dans la région.

L’histoire montre que les lahars du Ruapehu peuvent être autrement dévastateurs. En 2007, le volume d’eau du lac de cratère a été estimé à 9 millions de mètres cubes. A l’époque, l’Institut des Sciences Géologiques et Nucléaires (IGNS) de Nouvelle Zélande a rappelé qu’une soixantaine de coulées de boue avaient déjà balayé la montagne au cours des 150 années précédentes et que ces lahars peuvent ne pas se limiter à la vallée de la Whangaehu River. Cette vallée descend le long du versant est-sud-est du volcan qu’elle contourne ensuite par le sud. En chemin, elle est traversée par la ligne ferroviaire qui relie Auckland à Wellington près de Tangiwai, un nom qui reste tristement gravé dans la mémoire des Néo-Zélandais car il leur rappelle ce qui s’est passé le 24 décembre 1953.

Le Noël du courage.

Après les séquences éruptives qui ont marqué les trois années précédentes, le lac de cratère du Ruapehu – dont la profondeur avait été estimée à 300 mètres en 1945 – se remplit à nouveau d’eau de fonte de la neige et des précipitations qui s’abattent régulièrement sur la montagne. En 1953, la hauteur de sa surface est de 8 mètres supérieure à ce qu’elle était en 1945 et il semble que peu de gens aient réalisé que cette eau n’est retenue que par une masse instable de glace et de téphra rejetés par le volcan pendant les dernières éruptions.

A 20 heures le 24 décembre 1953, le rempart de matériaux qui retient le lac cède brusquement sous la pression de l’eau. Une masse dont le volume est estimé à deux millions de mètres cubes s’engouffre dans la vallée de la Whangaehu River, emportant tout sur son passage. Terre et  rochers filent à une vitesse vertigineuse vers la vallée, au gré des méandres du relief. Peu après 22 heures, un mur d’eau et de boue de six mètres de hauteur percute un pont de chemin de fer de Tangiwai. Les piles de l’ouvrage ne résistent pas longtemps à la force du courant et une grande partie du pont s’effondre.

Quelques secondes après ce qui pourrait rester un simple fait divers, un automobiliste néo-zélandais – Cyril Ellis – arrête son véhicule lorsqu’il voit dans la lumière de ses phares que le pont qu’il s’apprêtait à franchir a disparu sous les eaux alors qu’il ne pleut pas depuis plusieurs jours et qu’une inondation ne semble guère d’actualité. Il croit également apercevoir dans l’obscurité qu’une partie du pont de chemin de fer tout proche n’existe plus. Réalisant très vite la gravité de la situation, il court, une lampe torche à la main, en direction de la voie ferrée et la longe en agitant sa lampe pour que le conducteur du prochain train puisse arrêter le convoi à temps.

Le train en question est un express en provenance de Wellington. Il est composé d’une motrice, neuf voitures de voyageurs et deux wagons de marchandises.  A 22h21, il s’apprête a franchir le pont de Tangiwai.  A son bord se trouvent 285 personnes qui vont passer les vacances de Noël à Auckland. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans l’hémisphère sud et que l’été austral vient de commencer.

En voyant la lampe brandie par un homme le long de la voie ferrée, le cheminot qui pilote la motrice comprend qu’il y a un danger et il actionne rapidement  les freins. Malheureusement, la force d’inertie ne permet pas au convoi de stopper assez rapidement. La locomotive et le premier wagon sont précipités dans le vide, accompagnés par quatre autres voitures qui flottent brièvement sur le lahar avant de disparaître dans le flot de boue. Les quatre wagons suivants restent sur la voie, tandis que celui qui les précède est en équilibre au-dessus du vide, tout en restant accroché au reste du train. Aidé du chef de train – William Inglis – Cyril Ellis essaye de faire sortir des passagers mais il n’en a pas le temps car l’attache du wagon lâche et il se précipite lui aussi dans le flot boueux. M. Ellis le voit faire plusieurs tonneaux dans l’eau avant de s’immobiliser sur le flanc, le long de la berge. N’écoutant que son courage, il entre dans l’eau qui monte jusqu’à sa taille et réussit à briser plusieurs vitres du wagon. Ainsi, avec l’aide d’un voyageur – John Holman – il permet aux passagers de se hisser au-dehors et de grimper sur le toit du wagon où ils attendront plus d’une heure, blottis les uns contre les autres, que le niveau de l’eau baisse pour pouvoir rejoindre la berge.

De l’autre côté du pont routier, un autre automobiliste – Arthur Bell – et son épouse ont vu eux aussi le train s’abîmer dans le flot de boue. Tous deux parviennent à faire sortir 15 personnes d’un wagon qui s’était échoué sur la rive.

Des soldats basés à Waiouru, à une dizaine de kilomètres de Tangiwai, alertés par le fracas  du train dans sa chute, essayent, eux aussi, de porter secours à un maximum de personnes.

Malheureusement, tous les voyageurs de l’express Auckland-Wellington n’ont pas la chance de pouvoir sortir des wagons. L’une des voitures est emportée par le courant sur plus de deux kilomètres. D’autres traversent la route inondée ou vont percuter les berges de la rivière. Certaines personnes réussissent à s’échapper et à nager vers la rive mais des dizaines d’autres périssent dans la rivière, parfois engluées dans la boue.

La recherche des corps se déroule pendant plusieurs jours. Des plongeurs inspectent la rivière sur 60 km mais vingt victimes manquent à l’appel et ne seront jamais repêchées. On pense qu’elles ont été emportées par le lahar jusqu’à la mer, à 120 kilomètres du pont de chemin de fer.

Noël 1953 est jour de deuil en Nouvelle Zélande. Le bilan fait état de 151 morts et 134 survivants. Tangiwai, le lieu de la catastrophe, porte bien son nom ; en langue maori, il signifie « les eaux qui pleurent ».

La reine Elisabeth II et le Prince Philip sont en visite officielle en Nouvelle Zélande à cette époque. Philip assiste aux funérailles nationales de 21 victimes dont les corps n’ont pas pu être identifiés. La reine décore Cyril Ellis et  John Holman de la George Medal tandis qu’Arthur Bell et William Inglis reçoivent la British Empire Medal.

Suite à la catastrophe, une commission d’enquête indique qu’elle est effectivement due à un lahar, mais qu’il ne pouvait être anticipé car le lac de cratère du Ruapehu ne disposait pas d’instruments de contrôle. Il est toutefois fait remarquer que la structure du pont de chemin de fer avait probablement été affaiblie par une précédente coulée de boue en 1925. D’autre part, la mise en garde lancée par des géologues amateurs à propos de la fragilité des parois du cratère du Ruapehu n’avait pas été prise en compte par les autorités. Après la vidange du lac, son niveau avait baissé de près de 7 mètres.

Aujourd’hui, chaque veille de Noël, l’express Wellington-Auckland ralentit quand il passe sur le nouveau pont qui franchit la Whangaehu River à Tangiwai. Le conducteur de la motrice jette alors un bouquet de fleurs dans la rivière. Une carte y est accrochée sur laquelle on peut lire : « In memory of all who died at Tangiwai on Christmas Eve, 1953. » – « En mémoire de tous ceux qui sont morts à Tangiwai la veille de Noël 1953 ».

Depuis la catastrophe de 1953, des instruments ont été installés sur le Ruapehu afin de contrôler le comportement du lac de cratère. Les dernières éruptions accompagnées de lahars ont eu lieu en mars et septembre 2007.

Le 18 mars 2007, une brèche s’ouvre à nouveau dans la paroi qui retient le lac et l’eau dévale la pente pendant environ 45 minutes. Un torrent de boue transportant des arbres et des rochers s’engouffre dans la vallée de la Whangaehu River dont le niveau s’élève momentanément de deux mètres. L’effondrement partiel du rempart du lac déclenche le système d’alarme de sorte que l’avancée du lahar peut être suivie avec précision. Une route est fermée à la circulation et un train avec 200 voyageurs à son bord est arrêté à Waiouru. Les passagers sont transférés dans des bus pour continuer le voyage vers le nord de l’île. Le lahar recouvre des terres agricoles avant de terminer sa course dans la mer mais aucune victime n’est à déplorer.

Plusieurs semaines avant cet événement, les autorités avaient diffusé le message suivant : « La fonte de la neige a fait monter le niveau du lac dans le cratère du Ruapehu. Il se situe à 1,50 mètre de la lèvre. Il faut s’attendre à un lahar dans les prochaines semaines dans la vallée de la Whangaehu River ».

Source: Presse néo-zélandaise.

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Le sommet du Ruapehu et le lac de cratère (Photo: C. Grandpey)

Ruapehu & Tongariro (Nouvelle Zélande)

drapeau francais.jpgD’après les dernières informations communiqués par GeoNet, le lac de cratère du Ruapehu montrait une température élevée en décembre 2011 et janvier 2012. L’eau s’est refroidie par la suite, avec 16°C en mai 2012 et entre 18 et 24°C entre juin et octobre de cette même année. Au cours d’une visite à la fin octobre, les scientifiques ont relevé une température de 19,5°C. Ils ont également observé une légère convection de l’eau au centre du lac.

S’agissant de la sismicité, le tremor volcanique s’est maintenu à un niveau bas au cours des derniers mois mais plusieurs petits séismes (d’une magnitude maximale de M 2) ont été enregistrés récemment. Les scientifiques de GeoNet font remarquer que ces séismes peuvent déstabiliser le système magmatique et provoquer une montée de magma vers la surface. Il est recommandé aux randonneurs de ne pas pénétrer dans la zone à risques d’un rayon de 2 km par rapport au centre du lac de cratère.

Un survol effectué le 26 octobre a permis de mesurer les émissions de SO2 qui atteignaient 63 tonnes par jour ainsi que les émissions de CO2 qui atteignaient 908 tonnes par jour.

Le niveau d’alerte pour l’aviation reste au Vert et le niveau d’alerte volcanique est maintenu à 1.

Plusieurs équipes ont également visité le Tongariro et plus particulièrement les Te Mari Craters qui ont été le siège de la dernière éruption. Le but de  ces visites était d’assurer la maintenance des sismos portables (qui étaient venus s’ajouter au réseau fixe), échantillonner les gaz et prélever des échantillons de tephra. La sismicité est restée faible ces derniers temps. La bouche la plus chaude accusait une température de 235°C tandis que les autres avaient des températures entre 95 et 104°C. Le 30 octobre, les émissions de SO2 atteignaient 154 tonnes par jour et celles de CO2 477 tonnes par jour. Le volcan continuait à dégazer abondamment.

 Le niveau d’alerte pour l’aviation reste au Jaune et le niveau d’alerte volcanique est maintenu à 1.

drapeau anglais.jpgAccording to GeoNet,  Ruapehu‘s summit Crater Lake was hot in December 2011 and January 2012, exhibiting temperatures over 35°C. The lake cooled afterwards, reaching 16°C in May and fluctuating between 18-24°C between June and October. Scientists visited the lake in late October and reported that the water temperature was 19.5°C. During that visit they observed weak convection near the centre of the lake.

As far as seismicity is concerned, during the last month weak volcanic tremor was recorded and more recently several small earthquakes under the volcano have been detected. The largest earthquake  had a magnitude of M 2. However, according to GeoNet scientists, the quakes have the potential to build up processes and push magma further to the surface, which would further increase the likelihood of an eruption. A warning has been issued for hikers and climbers to avoid the Summit Hazard Zone, a two- kilometre area from the centre of the Crater Lake.

An overflight on October 26th revealed that SO2 emissions reached 63 tonnes per day and CO2 was 908 tonnes per day.

The Aviation Colour Code remains at Green and the volcanic alert level remains at 1.

Several teams of scientists recently visited Tongariro‘s Te Mari Craters to service portable seismometers (complementing four permanent installations), sample gas vents, and collect samples of ejecta. The report noted that not many earthquakes had been recorded recently, and that the hottest gas vent was 235°C while the others ranged from 95 to 104°C. On October 30th, the SO2 flux was 154 tonnes per day and the CO2 flux was 477 tonnes per day. The volcano continued to actively degas. The Aviation Colour Code remains at Yellow and the volcanic alert level remains at 1.

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Le lac de cratère du Ruapehu (Photo: C. Grandpey)