Allègre: le retour?

Ce n’est pas vraiment de la volcanologie, mais la volcanologie est concernée, étant donné le rôle calamiteux joué par le personnage pendant « l’affaire de la Soufrière » en Guadeloupe en 1976.

Une rumeur court depuis pas mal de temps selon laquelle Claude Allègre serait pressenti pour entrer très prochainement au gouvernement (comme Ministre de l’Industrie ?) lors d’un remaniement ministériel. Il aurait même confié à Pierre Moscovici – député PS du Doubs – que « c’était fait ». Allègre a démenti l’information il y a quelques jours sur France Info, traitant de « menteurs » ceux qui colportaient la nouvelle ! Entendre le mot « menteur » dans la bouche du « dégraisseur de mammouths » prête à rire quand on se souvient de son attitude vis-à-vis de l’équipe Tazieff en 1976 ! Personnellement, j’ai honte d’avoir eu ce bonhomme à la tête du ministère de l’Education !

La perspective de voir Allègre venir une nouvelle fois au sein du gouvernement a fait violemment réagir Nicolas Hulot qui a déclaré que l’éventuelle nomination de Claude Allègre au gouvernement serait « un bras d’honneur aux scientifiques » et « un signal tragique », six mois avant le sommet de Copenhague où doit être conclu un accord mondial sur le climat. Toujours selon Nicolas Hulot, l’homme est sincère quand il dit qu’il ne croit pas à l’origine humaine du changement climatique et qu’il se refuse donc à mobiliser contre ce phénomène. Le problème, c’est qu’« il ne pense pas la même chose que les 2.500 scientifiques du GIEC, qui mettent le monde en garde contre la catastrophe. C’est son droit. Mais s’il devait être recruté au gouvernement, ça deviendrait une politique, et ce serait un bras d’honneur à ces scientifiques. La France expliquerait à l’Académie des Nobel (qu’elle a) remis (ses) prix à des chercheurs fantasques. »

Espérons donc que la rumeur n’est pas fondée….

 

Ol Doinyo Lengai (Tanzanie)

1475806114.38.jpgL’Ol Doinyo Lengai est un volcan d’exception. Il est le seul volcan actif sur terre à produire de la carbonatite, lave de couleur noire, très fluide et donc très différente de celle émise par un volcan comme l’Etna, par exemple. Une équipe de chercheurs américains et français, gérée par l’Université du Nouveau Mexique, pense avoir trouvé la raison pour laquelle le volcan tanzanien émet une lave aussi inhabituelle. Ces scientifiques pensent qu’elle réside dans la situation géographique et dans l’avenir du continent africain.

L’Afrique est en train de se fracturer. Toute la partie du continent située à l’est de la grande Vallée du Rift se déplace imperceptiblement  en direction de l’Océan Indien. La Vallée elle-même est en train de s’enfoncer et dans quelques millions d’années, elle se trouvera au fond de l’océan. L’Ol Doinyo Lengai se dresse en plein milieu de cette vallée. Sa lave, la célèbre carbonatite, est très pauvre en silice, le minéral que l’on associe habituellement aux volcans et qui détermine la viscosité de leur lave. Elle est aussi beaucoup plus froide – seulement 500°C environ – comparée aux 1000°C ou plus des laves traditionnelles. Elle s’écoule beaucoup plus rapidement et ressemble par sa fluidité plus à de l’eau qu’à de la lave. A sa source, la carbonatite est noire mais elle blanchit rapidement au contact de l’air ambiant et de l’eau de pluie.

Les scientifiques ont remarqué que le volcan présentait un grand nombre de petites fissures à l’intérieur de son cône ; ces fissures émettent des gaz en provenance directe de la partie du manteau terrestre située sous la surface. D’après l’article publié dans la revue Nature, les échantillons de gaz prélevés dans ces fissures contiennent du gaz carbonique, de l’hélium, de l’azote et de l’argon dans des proportions identiques aux gaz volcaniques émis par des fractures situées sur le plancher océanique. Cela montre que le volcanisme de la région présente les caractéristiques du processus qui se déroule au fond de l’océan et qui sera le devenir de la Grande Vallée du Rift africain.

Les scientifiques pensent que l’origine de la carbonatite est due à la minceur de la croûte terrestre sous le volcan. Il est vraisemblable que la carbonatite s’accumule dans des petites zones dans la partie supérieure du manteau, juste sous l’écorce terrestre. Là où l’écorce est suffisamment mince – au niveau du plancher de l’océan ou de la Rift Valley – la carbonatite peut atteindre la surface plus facilement. C’est un matériau qui a une vie éphémère. D’une part, le Lengai est une montagne trop imposante (elle culmine à près de 3000 mètres) pour avoir été formée uniquement de carbonatite qui est un matériau friable et très érosif. D’autre part, les analyses effectuées par l’équipe de chercheurs montrent que les éruptions de carbonatite tirent à leur fin. Actuellement, la carbonatite est remplacée par de la néphélinite.

Si les conclusions de cette équipe scientifique se confirment, le mystère qui entourait la carbonatite du Lengai sera enfin levé. Ce succès montrera – si nécessaire – l’importance du travail de recherche sur le terrain.

Source : Live Science.

 

993348610.47.jpgOl Doinyo Lengai is an exceptional volcano. It is the only one currently producing carbonatite, black, fast-flowing lava, very different from the one generated by Mount Etna, for instance. A team of American and French scientists, led by the University of New Mexico thinks it has found the explanation for the unusual behaviour of the Tanzanian volcano, which has to do with its location and the future of the African continent.

Africa is fracturing. Everything east of the Great Rift Valley is imperceptibly moving into the Indian Ocean. The valley itself is slowly sinking, and millions of years from now it will rest on the sea floor. Ol Doinyo Lengai sits right in the middle of this valley. Its lava, called carbonatite, is nearly free of silicon oxide, a mineral typically associated with volcanoes, and that determines the viscosity of their lava. It is much cooler – only about 500°C – compared with 1000°C or more for conventional eruptions. It also flows easily and rapidly, more like water than lava. Initially, the carbonatite is black but turns white quickly after exposure to rain and surface water.

The scientists noticed the volcano contains numerous small fissures inside its cone that are venting gas coming directly from the mantle layer deep below the surface. The team reports in Nature that the gas they collected from these fissures contains carbon dioxide, helium, nitrogen, and argon – indistinguishable from volcanic gas released from vents in the sea floor. Essentially, the volcanology of the region is beginning to take on the characteristics of the processes at work at the bottom of the ocean, because that’s where the Great Rift Valley is headed.

The scientists think the origin of carbonatite has to do with the thinness of Earth’s crust beneath the volcano. The carbonatite probably collects in small zones near the top of Earth’s mantle, just below the crust. Wherever the crust is thin enough – on the ocean floor and the floor of the Great Rift Valley – the carbonatite can push through to the surface more easily. It is a fleeting product. For one thing, Ol Doinyo Lengai is too big a mountain to have been formed out of carbonatite, which is relatively soft and erodes quickly. For another, the team’s analysis shows that the carbonatite eruptions are ending. Right now, the volcano is switching back to nephelinite.

If the conclusions of this scientific team are confirmed, the pystery around the carbonatite of Ol Doinyo Lengai will vanish. This success will show – if necessary – the importance of on-the-field research work. 

Source: Live Science.

 

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La carbonatite de l’Ol Doinyo Lengai (Photos: C. Grandpey)

Exploration d’un volcan sous-marin (Archipel des Mariannes / Océan Pacifique)

1475806114.33.jpgSitué à seulement une centaine de kilomètres au nord de l’île de Guam, un volcan sous-marin (seamount en anglais) baptisé NW Rota-1 est actuellement en éruption dans l’arc volcanique des Mariannes, l’une des chaînes volcaniques les plus actives de la planète. C’est l’occasion de ne pas oublier que 70% du volcanisme du globe se situe au fond des océans.
Une équipe scientifique américaine rassemble actuellement des données sur NW Rota-1 qui est en éruption quasi continue depuis cinq ans. Il a d’ailleurs grandi d’une quarantaine de mètres depuis la dernière visite des scientifiques en 2006. Ces derniers ont observé le volcan à plusieurs reprises depuis 2003, mais ce n’est qu’en 2004 qu’ils ont eu confirmation de l’éruption. Ils ont pu analyser des échantillons d’eau de mer autour du volcan, effectuer des mesures sur les roches et les dépôts et étudier les colonies de crevettes et de coquillages tels que les patelles qui survivent au sommet du NW Rota-1 grâce aux microbes qui recouvrent le volcan.
Le site de l’éruption se trouve à 500 mètres sous la surface de l’océan. Les chercheurs y ont observé « de volumineux nuages de fumée jaune et blanche » à base de soufre, des bulles de CO2, ainsi que des projections de cendre et de « roches de la taille de galets » qui s’échappaient en abondance de ces panaches.
En plus des sonars, des analyseurs de panache et des hydrophones, les scientifiques utilisent également un Jason ROV, véhicule télécommandé capable de collecter des données océaniques en milieu inaccessible aux êtres humains. Le Jason ROV a été capable de s’approcher à moins de trois mètres du site éruptif principal du NW Rota-1.
Des instruments seront laissés sur place pour permettre un contrôle continu du volcan pendant les mois à venir.
Source : The Pacific Daily News.

993348610.38.jpgJust 100 km north of Guam, NW Rota-1, an undersea volcano or seamount , is erupting in the Marianas Volcanic Arc, one of the most active volcanic chains on the planet. It is the opportunity not to forget that 70% of the world’s volcanic activity lies at the bottom of the oceans.
A team of U.S. scientists has been gathering data on NW Rota-1 which has been erupting almost continuously for five years. It has grown about 40 metres in height since scientists visited it in 2006. They had made several visits to this volcano since 2003, with the first confirmation of an active eruption during their 2004 visit. The scientists analyzed samples of seawater around the volcano, measured the rock and deposits, and studied shrimp and shellfish such as limpet that survive atop NW Rota-1 thanks to the microbes that blanket the volcano.
The site of the eruption is 500 metres below the ocean surface. The scientists observed « billowing clouds of yellow and white smoke » made of sulphur, carbon dioxide bubbles as well as “ash and pebble-sized rocks profusely coming out of the plume. »
Along with sonar systems, plume sensors, and hydrophones, the researchers are also using a Jason ROV, a remotely operated vehicle that can collect oceanic data in conditions inhospitable to humans. The Jason ROV approached within 3 metres of a major eruptive site on NW Rota-1.
Instruments will be left behind to monitor the area continuously over the next months.
Source : The Pacific Daily News.

Polémique en Italie

Suite au violent séisme qui a détruit la ville d’Aquila dans les Abruzzes, une polémique est née après qu’un chercheur de l’Institut de physique nucléaire – Gioacchino Giuliani – ait déclaré qu’il avait prévu l’événement, en s’appuyant en particulier sur les émissions de radon.
Il prétend avoir mis au point un moyen de prévoir les séismes vingt-quatre heures à l’avance grâce à un système baptisé «précurseur sismique», qu’il aurait breveté. Guido Bertolaso, patron de la protection civile italienne, en a réfuté toute crédibilité scientifique, accusant l’inventeur de vouloir semer la panique dans la population.
Cette situation appelle plusieurs remarques. La première c’est que le plus urgent après une telle catastrophe, ce n’est pas de polémiquer mais de porter très rapidement secours aux personnes prises sous les décombres et qui peuvent être sauvées. Tout le monde sait que chaque minute est importante, voire vitale.
Je ne connais ni Gioacchino Giuliani, ni le système qu’il prétend avoir mis au point. Toutefois, pour que son invention soit crédible, il faudrait qu’elle ait fait ses preuves dans plusieurs circonstances et de manière irréfutable. Prévoir un seul tremblement de terre ne suffit pas. Il faut en avoir prévu plusieurs dans différents points du monde, ce qui ne semble pas avoir été le cas. A l’heure actuelle, la prévision des séismes est au niveau zéro. Comme le faisait remarquer un sismologue sur FR3, les scientifiques américains ont étudié les séismes qui se produisent très fréquemment le long de la faille de San Andreas en Californie, mais ils n’ont jamais pu tirer des conclusions permettant de prévoir ne serait-ce que l’un d’entre eux. Quand on connaît les moyens dont disposent les Américains, on comprend très vite que le problème n’est pas près d’être résolu.
Il en va d’ailleurs de même dans le domaine volcanique. Ce n’est pas parce que l’on a été capable de prévoir une éruption que l’on peut dire que l’on est capable de prévoir toutes les éruptions, comme le prétendent certains. Certes, la volcanologie a fait des progrès, mais il reste beaucoup à faire !
Pour terminer, il n’est pas surprenant de voir qu’un scientifique indépendant se heurte aux autorités scientifiques nationales qui n’admettent pas qu’un olibrius vienne marcher sur leurs plates-bandes. Haroun Tazieff en est le meilleur exemple. Ce comportement semble propre aux pays latins, que ce soit la France ou l’Italie, où prévalent sectarisme et jalousie entre les laboratoires. C’est très différent aux Etats Unis où les cachotteries ne sont pas de mise. Me concernant, j’ai toujours été bien accueilli en Amérique, que ce soit par l’USGS de Vancouver ou l’HVO à Hawaii où l’on m’a accordé un permis de travail sur le Kilauea en me demandant, en retour, de faire part du résultat de mes observations.

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Faille de San Andreas dans la plaine de Carrizzo en Californie (Photo: C. Grandpey)