Quand je vous dis qu’ils sont frileux !

Dans une note mise en ligne avant-hier, j’ai poussé un coup de gueule et regretté la frilosité des climatologues, ainsi que leur lenteur à admettre l’impact du réchauffement climatique, en particulier sur les glaciers. Comme je l’ai fait remarquer à des personnes qui critiquaient la sévérité de mes propos, je suis parfaitement au courant de la lenteur administrative qui accompagne les publications et les travaux de recherche des scientifiques. C’est ainsi qu’il a fallu un an avant que le Marion Dufresne se rende à Mayotte pour étudier le volcan apparu au fond de l’océan!

Je viens d’avoir confirmation de cette frilosité des climatologues en lisant un article paru dans le journal L’Est Républicain. Comme beaucoup de gens, le journaliste qui a écrit l’article se pose des questions sur la canicule actuelle et les 40°C à répétition enregistrés dans plusieurs régions de France. Comme il l’écrit fort justement, « cette barre extraordinaire il y a seulement un demi-siècle est aujourd’hui de plus en plus souvent dépassée, un symbole du dérèglement climatique.»

Selon Météo France, un tel seuil de température n’a été dépassé qu’une fois dans les années 1960 et une fois dans les années 1970. Depuis 2008, au moins une station de mesure dépasse les 40°C chaque année (sauf en 2014). Et les étés 2019 et 2020 ont vu un véritable festival de 40°C, avec une extension vers le nord du pays. Ces chiffres sont la preuve évidente de l’accélération du réchauffement climatique. Comme je l’ai écrit précédemment, les glaciers alpins ont montré l’accélération de leur fonte dans le milieu des années 1970.

Le point de vue du climatologue interrogé par L’Est Républicain est assez surprenant. Selon lui, les derniers épisodes de chaleur intense des deux dernières années ne sont pas représentatifs d’une accélération du réchauffement climatique ! .Il ajoute à propos des températures de 40°C dépassées deux années de suite : « Ça peut paraître un peu étonnant, mais c’est probablement un hasard. » C’est aussi le point de vue d’un climatologue du Centre Européen de Recherche et de Formation Avancée en Calcul Scientifique (CERFACS) de Toulouse. C’est bizarre, mais je n’avais pas cette conception du mot ‘hasard’ !

Après avoir émis ces doutes, les scientifiques reconnaissent pourtant que la répétition des 40°C que l’on observe cet été risque de n’être qu’un avant-goût des décennies à venir. Les simulations avancent des températures pouvant dépasser 45°C ou 50°C, voire 55°C. .Le record de France de 46°C a été établi en 2019. Il faut noter que les températures avoisinant 50°C sont celles que l’on relève dans la célèbre Vallée de la Mort aux Etats-Unis, mais sur des périodes beaucoup plus longues. Nous n’en sommes heureusement pas là.

Le climatologue toulousain explique que ces extrêmes ne se produiront que si on ne réduit pas immédiatement et de manière tenace les gaz à effet de serre. Là encore, je suis surpris par une telle déclaration. En effet, on sait pertinemment que même si, par un coup de baguette magique, on arrêtait ces émissions de gaz à effet de serre, il faudrait – à cause d’un effet de latence – des décennies pour que l’atmosphère se purifie et retrouve un semblant d’équilibre avec, à la clé, une baisse des températures. Au cours de la période de confinement due au coronavirus, on a vu que la baisse des émissions de CO2 n’avait eu aucune incidence sur leur concentration dans l’atmosphère.

J’aimerais rafraîchir la mémoire de ces deux climatologues en leur montrant le hit-parade des années les plus chaudes. Ils verront que le hasard a tendance à se répéter !

Classement établi à l’issue du mois de juillet 2020 (Source : NCEP-NCAR)

5 réflexions au sujet de « Quand je vous dis qu’ils sont frileux ! »

  1. Bonjour,
    Si mes restes de cours de statistiques du lycée sont pas trop mauvais, la proba d’avoir les 6 années les plus chaudes sur 150 ans de mesures, ces 6 dernières années est de 150^6 ( plutôt 150x149x148…). Improbable hasard, n’est ce pas?
    Je crois que les climatologues auxquels vous faites référence ont consigne de ne pas paniquer la population avec des messages anxiogènes. Ils ne font pas de la science dans les médias, mais du politiquement correct, de la com’ positive, même s’ils ne doivent certainement pas en penser moins.
    Bonne journée

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    1. Bonjour Guillaume,
      Merci pour votre commentaire qui rejoint mon opinion sur les climatologues vis à vis de la presse. Bien sûr qu’il ne faut pas paniquer la population, mais il ne faut pas non plus cacher la vérité car on tombe dans la rétention d’informations qui n’est pas louable elle non plus. De toute façon, va arriver le jour où la population découvrira forcément la vérité quand il faudra affronter de longues vagues de chaleur à répétition et des saisons qui n’en auront que le nom.
      Très cordialement,
      Claude Grandpey

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  2. L’une des questions que vous soulevez est de savoir pourquoi autant de monde minimise les événements climatiques des dernières décennies. Il y a probablement foultitude de raisons mais tant que les différentes sphères de la société, politiques, économiques, sociales, sociétales, scientifiques, religieuses, éducatives, … ne seront pas à l’unisson sur le sujet, on peut penser que rien de réellement sérieux ne sera entrepris.

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    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire qui soulève un réel problème: le manque d’harmonisation entre différentes entités à propos du réchauffement climatique. Comme vous le dites fort justement, tant qu’elles ne parleront pas le même langage, nous n’avancerons pas vraiment…mais le réchauffement continuera à galoper!
      Très cordialement,
      Claude Grandpey

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    2. «on peut penser que rien de réellement sérieux ne sera entrepris.»
      Ce pourrait être exactement le but recherché !
      Même nos climatologues et surtout leurs mécènes pourraient être très frileux de devoir renoncer à une partie de leur confort (et de leur passions) en guise d’unique solution. Continuons de patienter avec des discours bellicistes et acceptables, une accumulation de preuves et de modèles et parions sur l’état des sciences et des technologie pour posséder prochainement, et si nécessaire, une réponse technique au défi perpétuel : avoir le beurre, l’argent du beurre sans la colère noire du producteur.
      D’après certaines estimations, nous en avons encore pour 30 ans d’augmentations garanties. 30 ans de records à venir pour peut-être faire changer d’avis les indécis. Rien n’est perdu, voyons !

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