Les « Réunionnais de la Creuse » contre-attaquent

La fédération qui regroupe la majorité des associations de défense des ex-pupilles réunionnais vient d’adresser un courrier à Jacques Toubon, le Défenseur des droits. Elle dénonce l’inaction du gouvernement depuis la remise d’un rapport sur leur situation il y a deux ans.

Rédigée par l’avocate de la Fédération des Enfants Déracinés des Départements et Régions d’Outre-Mer (FEDD), elle traduit l’impatience et désormais l’exaspération des associations de défense des ex-enfants réunionnais dits « de la Creuse ».
Entre 1962 et 1984, à la Réunion, 2015 enfants et adolescents ont été enlevés à leurs parents par les services de l’aide sociale à l’enfance. Ils ont été transférés dans des foyers et des familles d’accueil en métropole, en majorité dans le département de la Creuse. Tous les liens avec leur famille d’origine ont été volontairement coupés, provoquant de graves traumatismes chez la plupart d’entre eux. Ces traumatismes persistent encore parfois chez les victimes qui ont aujourd’hui entre 40 et 75 ans. Beaucoup demandent désormais reconnaissance et réparation pour le préjudice subi.
En avril 2018, un volumineux rapport de 700 pages a été remis à la ministre des Outre-Mer Annick Girardin sur cette affaire. Ce document faisait un état des lieux historique, démographique et sociologique précis mais faisait aussi une série de propositions pour aider les victimes. Deux ans après, les propositions de ce rapport n’ont toujours pas été suivies d’effet. C’est pour forcer le gouvernement à agir que l’avocate des Réunionnais a décidé de saisir le Défenseur des droits.
Dans sa lettre à Jacques Toubon, l’avocate rappelle que « cette politique, initiée par l’État français, a » déjà « été officiellement reconnue comme ayant attenté aux droits fondamentaux de ces ex-mineurs », notamment par le biais d’une résolution mémorielle adoptée solennellement par l’Assemblée Nationale le 18 février 2014. Elle rappelle également que le chef de l’Etat Emmanuel Macron a reconnu que « la politique de transfert des enfants réunionnais déracinés et exilés dans l’hexagone était une « faute » de l’État » et avait  appelé à ce que « fonctionne dans la simplicité, la transparence et la justice l’accompagnement juridique et administratif des personnes qui font le choix de reconstituer leur histoire personnelle sur place, sur l’île de La Réunion ».
Dans leur requête la FEDD et son avocate demandent à Jacques Toubon des excuses publiques de l’Etat, l’entrée de l’histoire des « Réunionnais de la Creuse » dans les manuels de l’Education Nationale, la création d’un lieu de mémoire et d’un centre de ressources et d’interprétation mémorielle et l’institution d’une journée commémorative.

Source : France3 Nouvelle Aquitaine.

Etant moi-même Creusois, je me suis intéressé à cette affaire et j’ai publié plusieurs notes sur ce blog, comme celle du 17 novembre 2019. J’ai eu l’occasion d’aborder ce problème avec des Réunionnais au cours de mon séjour sur l’île pendant le mois de juin de cette même année. Dans l’ensemble, les sentiments sont mitigés. La plupart des personnes que j’ai rencontrées pensent que l’idée n’était pas si mauvaise que cela pour éviter une surpopulation de l’île. En revanche, toutes sont unanimes pour condamner la méthode employée par Michel Debré qui manquait vraiment de tact.

Voici une petite vidéo réalisée en avril 2018 et qui résume bien la situation :

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