La cendre de l’Eyjafjallajökull au microscope

Les scientifiques britanniques du British Geological Survey sont en train d’examiner la cendre de l’Eyjafjallajökull retombée en Grande Bretagne pendant l’éruption du printemps dernier. Elle a été récupérée à l’aide d’adhésif double face qui permet de ne pas modifier sa structure. Cette analyse permettra de mieux comprendre comment la cendre se disperse dans l’atmosphère après une éruption et aidera peut-être à éviter une paralysie du trafic aérien, comme cela s’est produit pendant l’éruption islandaise.

Les échantillons de cendre observés au microscope par les chercheurs britanniques se présentent sous toutes sortes de formes et de dispositions. Certains ont une forme allongée, d’autres présentent une structure anguleuse ; d’autres encore ont une forme arrondie. Il y a aussi de minuscules cristaux d’un aspect très séduisant au microscope.

Certaines particules de cendre ont moins d’un micron (un millionième de mètre) de diamètre et elles cohabitent avec des amas de cendre pouvant atteindre 200 microns (environ deux fois l’épaisseur d’un cheveu).

Les échantillons recueillis en Grande Bretagne seront comparés à ceux récoltés en Islande. On comprendra alors mieux comment la cendre contenue dans le panache éruptif a pu former des agrégats avant de retomber au sol. En Islande, on pense que l’électricité statique et l’eau en provenance du glacier ont largement contribué à ce processus qui s’est poursuivi pendant la douzaine d’heures nécessaires à la cendre pour atteindre le Royaume-Uni. .    

Il est essentiel de comprendre la rapidité de ce processus et savoir quelle quantité de cendre fine est restée dans l’atmosphère pendant l’éruption de l’Eyjafjallajökull. Cela permettra de créer des modèles de dispersion de la cendre et permettra aux responsables de l’aviation civile de prendre de meilleures décisions et éviter – peut-être – le chaos d’avril 2010.

Source : BBC News.              

La géothermie en Amérique Centrale

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, le potentiel géothermique des zones volcaniques est énorme et encore largement sous-exploité. L’Islande, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis ont fait de gros efforts pour exploiter cette énergie naturelle. On a vu que le forage prévu dans les Champs Phlégréens en Italie pourrait donner naissance à un captage géothermique.

 

L’Amérique Centrale n’est pas en reste et un pays comme le Guatemala a des projets intéressants dans ce domaine, même si le pays n’a pas forcément les moyens financiers de construire à grande échelle des centrales coûteuses. Pourtant, il a l’intention de produire 60% de son énergie à partir de sources géothermique et hydroélectrique d’ici 2022. Le gouvernement guatémaltèque accorde des réductions d’impôts sur les équipements géothermiques et les distributeurs sont fortement incités à se tourner vers cette énergie propre.

L’une des deux centrales géothermiques du Guatemala – avec une production de 20 MW – se trouve sur les basses pentes du Pacaya, avec des tuyaux qui transportent de l’eau et de la vapeur à 175°C. La centrale est gérée par le groupe israélien Ormat Technologies qui veut procéder à de nouveaux forages ailleurs dans le pays mais qui reste prudent car les résultats de tels forages – au demeurant fort coûteux – peuvent s’avérer décevants et donc peu rentables. 

Les autorités guatémaltèques pensent que le pays a le potentiel nécessaire pour produire jusqu’à 1000 MW d’énergie géothermique, soit le tiers des besoins en énergie, d’ici 2022.

 

D’autres pays d’Amérique Centrale font des efforts en matière de géothermie. Plus d’un cinquième des besoins énergétiques du Salvador sont fournis par deux centrales géothermiques d’une capacité installée de 160 MW et une troisième structure pourrait bientôt voir le jour.

Le Costa Rica produit 152 MW à partir de quatre centrales géothermiques. Une cinquième sera opérationnelle en janvier 2011 et deux autres sont en projet.

Le Nicaragua produit actuellement 66 MW géothermiques et a l’intention de porter cette production à 166 MW.

 

Source : Agence Reuters.

Pacaya-pour-blog.jpg
Le Pacaya (Photo: C. Grandpey)

Analyse des gaz volcaniques

Haroun Tazieff a toujours défendu l’idée que les gaz volcaniques étaient le moteur des éruptions et que l’étude de ces gaz devait être prioritaire. C’est pour cela qu’il s’est entouré de scientifiques comme François Le Guern ou René-Xavier Faivre-Pierret, spécialistes dans ce domaine. Tazieff a toujours insisté sur la nécessité de prélever des échantillons de gaz à leur source, avant qu’ils soient modifiés par l’air ambiant. Ce genre de travail est extrêmement difficile et dangereux et il fallait la ténacité d’un homme comme Le Guern pour l’effectuer.

 

Un article publié par The New Scientist indique que des recherches effectuées par des scientifiques britanniques de l’Université de Newcastle pourraient permettre de faire de tels prélèvements dans de meilleures conditions. Ces chercheurs utilisent le carbure de silicium pour fabriquer des composants électroniques capables de fonctionner dans des environnements extrêmement hostiles, là où le matériel traditionnel rend l’âme rapidement. Alors que le silicium se comporte correctement jusqu’à environ 175°C, le carbure de silicium résiste jusqu’à 600°C.  

Les deux chercheurs britanniques sont parvenus à intégrer le carbure de silicium dans des composants électroniques avec des capteurs sensibles à l’oxygène, à l’hydrogène, à l’H2S, au SO2 et pouvant atteindre une sensibilité de 10ppm.

 

L’étape suivante consistera à intégrer ces composants dans des boîtiers de la taille d’un téléphone portable et à les rendre autonomes en énergie, par exemple en utilisant de petits panneaux solaires. Ainsi, on pourrait les utiliser dans des environnements dangereux comme les sites de stockage de déchets nucléaires ou pour analyser la pollution des moteurs d’avions à réaction. S’agissant des volcans, on pourrait laisser l’appareil au bord d’un évent de gaz afin de mesurer ce dernier en permanence. Un émetteur radio-fréquence transmettrait les résultats au laboratoire.

Ce travail de recherche me semble fort intéressant. Je suis « tazieffien » jusqu’au bout des ongles et j’ai toujours défendu cette approche de la volcanologie par les gaz. A mon modeste niveau, j’ai effectué des travaux de mesure de température et d’échantillonnage de gaz sur l’île de Vulcano et sur les basses pentes de l’Etna (voir documents dans la colonne de gauche de mon blog). Pour moi, il ne fait aucun doute que c’est en pousuivant les recherches sur les gaz volcaniques que nous parviendrons à mieux prévoir les éruptions et, de ce fait, à protéger les populations.

 Source : The New Scientist.

Mesure-gaz.jpg
Mesure de température des gaz à Vulcano

Faut-il cacher les données sismiques?

Dans un article de la revue Science publié au début du mois de septembre, on peut lire qu’Enzo Boschi – directeur de l’INGV – envisagerait la possibilité de ne plus divulguer les données sismiques des zones sensibles auprès des médias et du public afin, semble-t-il, de réduire les risques de panique au sein de la population ou de déformation de l’information par les journalistes. Par la suite, Boschi aurait affirmé que sa suggestion n’était pas vraiment sérieuse. Sa déclaration pourrait venir du fait que la commission italienne d’évaluation des risques majeurs (dont il fait partie) a été accusée de ne pas avoir su prévoir le séisme de L’Aquila qui a secoué le centre de l’Italie l’année dernière.

 

Il n’empêche qu’il n’y a pas de fumée sans feu et on peut se demander si le fait d’occulter la publication des données sismiques serait une bonne solution. Personnellement, je suis contre à 100%. En effet, je suis persuadé que leur diffusion permet de garder la population en état de vigilance, sans pour autant déclencher des mouvements de panique. Il suffit de voir ce qui se passe à la Réunion, aux Etats Unis, à Montserrat ou encore en Amérique latine. Grâce à ces informations, les gens sont informés et savent – surtout dans le cas des volcans explosifs – qu’une évacuation peut être décrétée à tout moment. Que je sache, aucun mouvement de panique n’est survenu à la suite de la diffusion de telles informations. Si panique il y a, c’est lorsque le volcan commence à gronder et à émettre des panaches de cendre menaçants. Si les autorités refusaient de publier ces données, on pourrait les accuser de rétention d’informations et les tenir pour responsables de catastrophes, faute d’avoir su avertir le public.

 

Une autre hypothèse serait que les scientifiques ne veulent pas divulguer ces données et leurs conclusions afin de ne pas être accusés de s’être trompés dans leurs prévisions. Je pense que ce risque est faible. Tout le monde a compris que la volcanologie – au même titre que la météorologie – n’est pas une science exacte. Lorsque les météorologues français n’ont pas su prévoir que les vents allaient s’accélérer en entrant dans notre pays lors de la tempête de fin 1999, personne ne les a accusés de s’être trompés. Il en va de même de la volcanologie. Tout récemment, les volcanologues indonésiens n’ont pas su prévoir l’éruption du Sinabung et personne n’a demandé qu’ils aillent en prison !

 

Restons modestes. Acceptons nos faiblesses face à la Nature. La science progresse lentement, mais elle progresse. Ce n’est pas en cachant des données sismiques – qui ne sont d’ailleurs pas les seules à prendre en compte dans le cas d’une éruption volcanique – que l’on fera avancer l’étude des tremblements de terre et des éruptions volcaniques. Prenons modèle sur les Américains et le site web du Pacific Northwest Seismic Network (http://www.pnsn.org/WEBICORDER/VOLC/welcome.html) qui permet de contrôler quasiment en temps réel les soubresauts des volcans de la Chaîne des Cascades.