Un nouveau réseau de capteurs thermiques à Yellowstone (Etats Unis)

Alors que j’effectuais manuellement des mesures de températures au mois de juin pour le compte du Yellowstone Volcano Observatory, les scientifiques de l’USGS (United States Geological Survey) installaient un réseau de capteurs capables de donner des informations en temps réel sur le comportement des bassins hydrothermaux du Parc National de Yellowstone.

Une dizaine de capteurs de ce type ont été mis en place dans le Norris Geyser Basin qui est, comme je l’écrivais précédemment, l’une des zones les plus chaudes du Parc. Les données récoltées par ces capteurs sont transmises quotidiennement par de petites radios et l’Internet vers les bureaux de l’USGS à Menlo Park (Californie) où elles sont archivées et mises à la disposition du public dans les 24 heures sur le site web du Yellowstone Volcano Observatory qui pourra les obtenir en temps réel en cas de besoin.

Vous pouvez dès maintenant voir les courbes de températures du Norris Geyser Basin à l’adresse suivante :

http://volcanoes.usgs.gov/yvo/activity/monitoring/norris/index.php

Ces informations en temps réel permettront aux scientifiques de s’apercevoir des changements de température, en particulier au moment où des essaims sismiques se produisent dans le Parc de Yellowstone, comme ce fut le cas au cours de l’hiver dernier. Elles permettront également aux responsables du Parc de contrôler les sources chaudes à la fois dans un but de sécurité et de pédagogie à l’attention du public dans la nouvelle structure qui a récemment été inaugurée à Yellowstone.

Jusqu’à présent, les mesures de températures des sources chaudes étaient contrôlées par des capteurs qu’il fallait visiter régulièrement pour récupérer les données…quand ils ne tombaient pas en panne à cause des vapeurs acides ou des basses températures hivernales ! De plus, la transmission des données par radio manquait de fiabilité. Les relevés manuels comme ceux que j’ai effectués permettent une harmonisation avec les mesures des capteurs.

Le nouveau réseau de capteurs devrait bien résister à des conditions adverses. Les appareils sont fournis par une firme californienne spécialisée dans l’équipement des camions et des entrepôts frigorifiques où des denrées périssables nécessitent un contrôle strict.

En même temps que le nouveau réseau de capteurs thermiques, le Yellowstone Volcano Observatory a amélioré le matériel sismique, installé une webcam mobile et déployé un équipement d’échantillonnage de l’eau dans les rivières du Parc.

L’adresse informatique du Yellowstone Volcano Observatory est la suivante :

 http://volcanoes.usgs.gov/yvo/

 

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Norris Geyser Basin (Photo: C. Grandpey)

 

Vers une meilleure compréhension des séismes volcaniques?

En 2009, je m’étais fait l’écho de plusieurs articles de presse qui indiquaient qu’un essaim de plusieurs milliers de séismes avait secoué la partie de l’Arabie Saoudite la plus proche de l’Egypte. A l’époque, cet événement avait surpris beaucoup de scientifiques car la région était considérée comme très calme d’un point de vue géologique ; peu de séismes ou d’éruptions volcaniques avaient été recensés au cours du dernier millénaire.

Entre avril et juin 2010, plus de 30 0000 secousses ont affecté la région de Harrat Lunayyir, avec des événements de M 4 ou plus et une secousse de M 5,4 le 19 mai qui a causé des dégâts matériels dans la ville de Al Ays où des murs ont été fissurés. Pris de panique devant cet événement inhabituel, le gouvernement a fait évacuer 40 000 personnes.

La zone volcanique de Harrat Lunayyir concernée par ces séismes fait partie d’une région de 180 000 km2 qui a commencé à se former il y a 30 millions d’années quand l’Arabie s’est détachée de l’Afrique, contribuant à la formation de la Mer Rouge.

Suite aux séismes de 2009, les scientifiques ont découvert une faille de 3 km de long qui a même atteint une longueur de 8 km quand s’est produit la secousse la plus forte de M 5,4. Les images radar fournies par les satellites ont montré que la cause la plus probable de cette ouverture de faille était une intrusion magmatique.    

Les chercheurs ont toutefois estimé que le risque d’une éruption volcanique restait « modéré » et qu’il était « peu probable » que des séismes de M5 ou plus se produisent au cours des deux mois suivants. Une baisse de la sismicité en août 2009 a confirmé leur pronostic et montré que la crise était terminée. Les personnes évacuées ont pu rentrer chez elles.  

A l’avenir, les autorités devront se montrer vigilantes. En effet, on estime que le magma se trouve maintenant à faible profondeur (environ 2 km) et le risque éruptif est devenu réel car il  sera maintenant plus facile au magma d’atteindre la surface.

Les scientifiques sont persuadés que l’étude des données sismiques collectées en Arabie Saoudite permettra à l’avenir de mieux prévoir les éruptions volcaniques. En effet, les séismes volcaniques génèrent souvent simultanément des ondes haute fréquence et basse fréquence qui aident à connaître le moment où une éruption est susceptible de se produire. Le problème est que ces signaux sont souvent atténués par la nature du sol qu’ils traversent. Dans le cas de l’Arabie, on a pu les détecter très clairement à travers les roches cristallines de la région. Les ondes sismiques basse fréquence générées par les séismes de Harrat Lunayyir semblent montrer que le magma circulait dans les profondeurs tandis que les ondes haute fréquence révèlent une fracturation des roches volcaniques provoquée par le magma au cours de son ascension. Les chercheurs sont persuadés qu’une bonne compréhension de ces signaux ne peut que faire avancer la prévision et la prévention des éruptions volcaniques à travers le monde.

Source : Nature Geoscience.

La cendre de l’Eyjafjallajökull au microscope

Les scientifiques britanniques du British Geological Survey sont en train d’examiner la cendre de l’Eyjafjallajökull retombée en Grande Bretagne pendant l’éruption du printemps dernier. Elle a été récupérée à l’aide d’adhésif double face qui permet de ne pas modifier sa structure. Cette analyse permettra de mieux comprendre comment la cendre se disperse dans l’atmosphère après une éruption et aidera peut-être à éviter une paralysie du trafic aérien, comme cela s’est produit pendant l’éruption islandaise.

Les échantillons de cendre observés au microscope par les chercheurs britanniques se présentent sous toutes sortes de formes et de dispositions. Certains ont une forme allongée, d’autres présentent une structure anguleuse ; d’autres encore ont une forme arrondie. Il y a aussi de minuscules cristaux d’un aspect très séduisant au microscope.

Certaines particules de cendre ont moins d’un micron (un millionième de mètre) de diamètre et elles cohabitent avec des amas de cendre pouvant atteindre 200 microns (environ deux fois l’épaisseur d’un cheveu).

Les échantillons recueillis en Grande Bretagne seront comparés à ceux récoltés en Islande. On comprendra alors mieux comment la cendre contenue dans le panache éruptif a pu former des agrégats avant de retomber au sol. En Islande, on pense que l’électricité statique et l’eau en provenance du glacier ont largement contribué à ce processus qui s’est poursuivi pendant la douzaine d’heures nécessaires à la cendre pour atteindre le Royaume-Uni. .    

Il est essentiel de comprendre la rapidité de ce processus et savoir quelle quantité de cendre fine est restée dans l’atmosphère pendant l’éruption de l’Eyjafjallajökull. Cela permettra de créer des modèles de dispersion de la cendre et permettra aux responsables de l’aviation civile de prendre de meilleures décisions et éviter – peut-être – le chaos d’avril 2010.

Source : BBC News.              

La géothermie en Amérique Centrale

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, le potentiel géothermique des zones volcaniques est énorme et encore largement sous-exploité. L’Islande, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis ont fait de gros efforts pour exploiter cette énergie naturelle. On a vu que le forage prévu dans les Champs Phlégréens en Italie pourrait donner naissance à un captage géothermique.

 

L’Amérique Centrale n’est pas en reste et un pays comme le Guatemala a des projets intéressants dans ce domaine, même si le pays n’a pas forcément les moyens financiers de construire à grande échelle des centrales coûteuses. Pourtant, il a l’intention de produire 60% de son énergie à partir de sources géothermique et hydroélectrique d’ici 2022. Le gouvernement guatémaltèque accorde des réductions d’impôts sur les équipements géothermiques et les distributeurs sont fortement incités à se tourner vers cette énergie propre.

L’une des deux centrales géothermiques du Guatemala – avec une production de 20 MW – se trouve sur les basses pentes du Pacaya, avec des tuyaux qui transportent de l’eau et de la vapeur à 175°C. La centrale est gérée par le groupe israélien Ormat Technologies qui veut procéder à de nouveaux forages ailleurs dans le pays mais qui reste prudent car les résultats de tels forages – au demeurant fort coûteux – peuvent s’avérer décevants et donc peu rentables. 

Les autorités guatémaltèques pensent que le pays a le potentiel nécessaire pour produire jusqu’à 1000 MW d’énergie géothermique, soit le tiers des besoins en énergie, d’ici 2022.

 

D’autres pays d’Amérique Centrale font des efforts en matière de géothermie. Plus d’un cinquième des besoins énergétiques du Salvador sont fournis par deux centrales géothermiques d’une capacité installée de 160 MW et une troisième structure pourrait bientôt voir le jour.

Le Costa Rica produit 152 MW à partir de quatre centrales géothermiques. Une cinquième sera opérationnelle en janvier 2011 et deux autres sont en projet.

Le Nicaragua produit actuellement 66 MW géothermiques et a l’intention de porter cette production à 166 MW.

 

Source : Agence Reuters.

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Le Pacaya (Photo: C. Grandpey)