Soulac-sur Mer (Gironde) : une bataille perdue d’avance

Concentrations de CO2 : 431,66 ppm

Concentrations de CH4 : 1945,85 ppb

Avec la hausse de niveau des océans et des tempêtes de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes, le trait de côte recule inexorablement et menace des zones où des habitations ont été imprudemment construites trop près de la mer. C’est le cas de Soulac-su-Mer dont j’ai parlé à plusieurs reprises sur ce blog. Il y a quelques années, l’immeuble Le Signal et ses 78 logements a été vidé de ses habitants puis démoli il y a quelques mois car l’océan menaçait de le mettre à terre. Il avait pourtant plus de 200 mètres de recul sur l’océan lors de sa construction en 1967.

Photo: C.  Grandpey

Aujourd’hui à Soulac, un vaste chantier de réensablement est en cours pour lutter contre l’érosion côtière. 200 000 m³ de sable sont pompés en mer puis redéposés sur la plage. C’est une opération coûteuse et spectaculaire, qui illustre l’urgence climatique et les limites des solutions actuelles. Le chantier mobilise deux dragues qui prélèvent du sable en mer, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde. Le navire se rend ensuite face à la plage de Soulac, où il se connecte à un immense tuyau relié à des canalisations installées sur 800 mètres sur la plage. Elles permettent au sable de se déverser là où c’est nécessaire.

Image extraite du reportage diffusé sur France Télévision et qui montre les travaux de réensablement

Le volume de sable ainsi transféré représente l’équivalent de 80 piscines olympiques, près du double du volume habituel pour ce type d’opérations. La situation est urgente car à Soulac se joue une course perpétuelle contre le temps. Cette partie du territoire s’érode jusqu’à 8 mètres par an sur les mauvaises années, comme l’hiver 2025-2026. L’objectif est de tomber à 1,50 ou 2 mètres d’érosion par an. Le coût du chantier s’élève à 3,5 millions d’euros, financé par des fonds publics et européens, avec la priorité de protéger les constructions du bord de mer.

Source : presse régionale, France Info.

Pour beaucoup – dont je fais partie – cette solution de réensablement n’a pas d’avenir à long terme. Comme l’a dit un membre du Réseau Océans, mers et littoraux : « Pour répondre et gagner du temps, on recharge, on réensable les plages, sachant qu’au bout du compte, de toute façon, il faudra reculer. » Il ne fait guère de doute que la prochaine tempête pendant des marées avec des coefficients de 100 et plus remettra rapidement à leur place les milliers de mètres cubes de sable empruntés au plancher marin. Une telle opération, c’est comme mettre un emplâtre sur une jambe de bois. La partie est perdue d’avance. On ne lutte pas contre les éléments.

À Soulac, comme à Lacanau plus au sud, le déplacement de population semble inéluctable. Les opérations de réensablements et les enrochements ne suffiront jamais à contrer les assauts de l’océan. Comme je l’ai expliqué dans une note publiée le 24 février 2019, en parcourant la côte girondine et landaise, on comprend facilement ce qui va se passer dans les prochaines années avec la hausse prévue du niveau de l’océan. Les photos que j’ai eu l’occasion de prendre ne laissent pas le moindre doute. En plus, cette partie du littoral atlantique est soumise à de très forts courants, ce qui n’arrange rien. Il suffit de voir à quelle distance de la côte se trouvent les blockhaus datant de la Seconde Guerre mondiale.

Photo: C. Grandpey

Les employés de l’Office National des Forêts font tout leur possible pour protéger les dunes , en particulier en plantant des oyas et en demandant aux visiteurs de respecter la forêt, mais on sait parfaitement qu’à la fin, c’est l’océan qui aura le dernier mot…

Photo: C. Grandpey

Dans son dernier rapport, l’Observatoire de la Côte Aquitaine fait état d’un recul moyen du trait de côte de 2,50 mètres par an en Gironde et de 1,70 m par an dans les Landes. Sur la côte sableuse (de la Pointe du Médoc à l’embouchure de l’Adour), l’érosion chronique ainsi estimée est de l’ordre de 50 mètres à l’horizon 2050. Il faut ajouter à cela un recul lié à un événement majeur en général de l’ordre de 20 mètres.

Photo: C. Grandpey

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.