La situation n’évolue guère sur le Kilauea, avec une certaine stabilité du tiltmètre du Pu ‘uO’o et une accumulation de phases de gonflement et de dégonflement au niveau de l’Halema’uma’u (voir graphique ci-dessous). Ces dernières traduisent une grande irrégularité dans l’alimentation du lac de lave au fond du pit crater. On l’aperçoit nettement sur les images de la webcam pendant les épisodes d’inflation et on le perd de vue pendant les phases de déflation.

Alors que l’on peut parler de lac de lave dans l’Halema’uma’u, on peut difficilement utiliser cette expression pour le Pu’uO’o où l’on a davantage affaire à un épanchement de lave sur le plancher du cratère.
Pour qu’un lac de lave se forme, il faut que l’alimentation soit soutenue et constante, avec production d’une lave à très haute température qui assure sa fluidité. De plus une bonne alimentation permet l’accumulation d’une grosse quantité de lave fluide qui va ensuite se mettre en mouvement sous l’effet de la pression générée par cette alimentation. On va alors observer des courants de convection, comme c’est le cas dans le pit crater de l’Halema’uma’u où l’on voit parfaitement ce phénomène. La formation d’un lac de lave dans l’Halema’uma’u est facilitée par la morphologie du pit crater dont la taille relativement réduite permet une meilleure concentration de la lave et son maintien à haute température.

La situation est différente dans le Pu’uO’o où l’alimentatHon n’avait pas une vigueur suffisante jusqu’à présent pour produire la quantité de lave nécessaire à la formation d’un lac. Même si l’on observe de temps à autres des zébrures à la surface de la lave, celle-ci ne fait que s’épancher au fond du cratère et sa quantité est trop faible pour que la pression de la source d’alimentation génère des courants de convection.

Le dernier lac de lave digne de ce nom dans le Pu’uO’u s’est vidangé en 2008. J’ai eu personnellement la chance de l’observer en 2006, un soir où sa surface était agitée de vagues dont le bruit rappelait celui du ressac de l’océan à une douzaine de kilomètres en aval. Auparavant, j’ai vu le lac de lave du Kilauea en 1996 ; il présentait l’aspect classique des lacs de lave, comme ceux de l’Erta Ale ou du Nyiragongo, avec des plaques de lave refroidie se déplaçant à sa surface et, de temps en temps, de petites fontaines de lave.


A noter par ailleurs qu’il n’y a pas actuellement de coulées de lave sur les flancs du Kilauea. De toute évidence, la pression n’est pas suffisante sur l’East Rift Zone pour permettre au magma de percer la surface. Les émissions de SO2 sont très basses dans ce secteur du volcan, ce qui montre que la lave demeure en profondeur.