Un forage en Campanie (Italie)

En décembre ou janvier prochain devrait voir le début du « Campi Flegrei Deep Drilling Project » qui consistera à forer jusqu ‘à près de 4 kilomètres de profondeur afin d’essayer de savoir si une éruption se profile à l’horizon dans cette région de la Campanie. Bien que les scientifiques pensent que cette initiative ne présente pas vraiment de risques, le projet est critiqué par certaines personnes qui affirment que nous ne connaissons rien à l’intérieur de la terre et que le forage pourrait déclencher une éruption majeure. Ils citent l’exemple de l’Islande en 2005 où le « Icelandic Deep Drilling Project (IDDP) » avait été interrompu car le forage géothermique avait provoqué une explosion. Les chercheurs répondent à cela qu’un forage à 4 km de profondeur dans les Champs Phlégréens n’est pas dangereux car c’est à peine la moitié de la distance nécessaire pour atteindre le réservoir magmatique

On ne sait que très peu de choses sur l’histoire géologique de ce volcan qui a produit une grosse éruption il y a 39 000 ans en laissant une caldeira de près de 15 kilomètres de largeur. Si une éruption semblable se reproduisait, nul doute qu’elle aurait des conséquences désastreuses à l’échelle européenne. La dernière éruption connue remonte à 1538.

En pénétrant à l’intérieur du volcan, les chercheurs espèrent pouvoir localiser les zones de fractures et les chambres magmatiques, ce qu’ils ne savent pas faire avec les techniques actuelles. De plus, des échantillons de roches pourront être testés sous de très fortes pressions en laboratoire, ce qui permettra de modéliser les déformations du sol avant une éruption. Ce denier point est particulièrement important quand ont sait que le sol de la région de Pouzzoles est le siège de phénomènes bradisismiques (Voir ci-dessous le temple de Sérapis à Pouzzoles, dont le bas des colonnes est incrusté de coquillages, restes d’une époque où la mer montait jusqu’à cet endroit).  

Source : New Scientist.

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Bas de colonne du temple de Sérapis à Pouzzoles (Photo: C. Grandpey)

Les neiges du Kilimandjaro (Tanzanie)

Il n’est pas certain – comme dit la chanson – que les neiges du Kilimandjaro fasse « un blanc manteau » au volcan tanzanien pendant très longtemps. Selon une étude conduite par des chercheurs américains, la glace qui recouvre le sommet du point culminant de l’Afrique (5891 mètres) pourrait avoir disparu d’ici 13 à 24 ans. Les scientifiques accusent la hausse de la température, résultat du changement climatique, ainsi que des conditions météo plus sèches et moins nuageuses que dans le passé. Ils ont constaté que la montagne avait perdu 26 pour cent de sa couverture glaciaire entre 2000 et 2007. Ils font par ailleurs remarquer que le réchauffement aura non seulement un effet sur les glaciers, mais aussi sur le climat des basses pentes, là où habitent les hommes.

La disparition des glaciers risque également de freiner l’attrait touristique suscité par le Kilimandjaro. Il faut savoir que le volcan accueille chaque année quelque 40 000 visiteurs qui apportent une cinquantaine de millions de dollars à la Tanzanie.

Le Kilimandjaro n’est pas le seul exemple de glacier en perdition. Il y a quelques mois, j’ai mis en ligne des photos du Glacier des Bossons (près de Chamonix) qui montraient parfaitement que le glacier avait considérablement reculé, surtout  au cours des 20 dernières années.

De la même façon, j’ai observé ce phénomène inquiétant en Alaska. C’est ainsi que sous l’effet du réchauffement climatique, la vitesse de progression du Columbia Glacier s’est considérablement réduite ; à tel point que son front est en train de reculer. Il a perdu en moyenne 6 kilomètres par an depuis 1982 et est aussi moins épais. Au train où vont les choses, il est probable qu’il n’atteindra plus la mer dans quelques décennies.  Il y a une dizaine d’années, on pouvait marcher sur le Worthington Glacier (près de Valdez) en sortant de sa voiture. Aujourd’hui, le glacier a reculé de près de 200 mètres !

La faune subit elle aussi les effets du réchauffement climatique et du recul de la masse glaciaire. J’ai pu lire en septembre dans l’Anchorage Daily Newsqu’une centaine de morses venaient de périr noyés car ils n’avaient plus la force nécessaire d’atteindre la terre ferme depuis la banquise. Plus récemment, le gouvernement américain a décidé de protéger une partie de la banquise qui servira de refuge aux ours polaires dans les prochaines années.

Que ceux qui – comme Claude Allègre – réfutent la notion de  réchauffement climatique aillent visiter les zones glaciaires et ils se rendront très vite compte de la situation ! Qu’ils aillent au Canada jeter, par exemple, un coup d’œil au glacier Athabasca. Ayant perdu au cours des dernières décennies la moitié de son volume et connu un retrait de plus de 1,5 km, il fait place dans son sillage à un paysage lunaire de moraines rocheuses.

A mon avis, il est  déjà trop tard pour réagir. Banquise et glaciers se réduisent à une trop grande vitesse pour que l’on puisse inverser la tendance. Le risque principal, c’est que l’eau douce qui envahit actuellement les océans modifie le comportement des courants marins et génère une modification climatique de très grande ampleur contre laquelle l’homme ne pourra rien !

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 Glacier Athabasca (Canada)  [Photo: C. Grandpey]

 

 

Les gaz du Lac Kivu (République Démocratique du Congo)

Située sur les berges du Lac Kivu, la ville de Goma est confrontée à de nombreux dangers tels que les rebellions armées, la famine et les éruptions du Nyiragono ou du Nyiamulagira. Mais un autre danger, beaucoup plus sournois, menace aussi la population. D’énormes poches de gaz carbonique et de méthane sont prisonnières des eaux du lac et débordent parfois sur ses rives. Un journal congolais raconte l’histoire d’un homme qui a voulu dormir dans un fossé, mais ne s’est jamais réveillé, probablement tué par une poche invisible de gaz carbonique, appelée mazuku ou « mauvais vent » en swahili.

En 2002, l’éruption du Nyiragongo a fait renaître l’intérêt pour les réserves gaz qui sommeillent sous la surface du lac : 380 milliards de mètres cube de CO2 et 60 milliards de mètres cubes de CH4. Le danger, c’est que ces gaz risquent d’atteindre le point de saturation et s’échapper du lac, provoquant un désastre semblable à celui du lac Nyos au Cameroun. Selon les scientifiques, cette évolution peut prendre des siècles, peut-être moins, sans oublier qu’une éruption du Nyiragongo ou du Nyamulagira est susceptible d’accélérer le processus.

Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, l’extraction de ces gaz représente une opportunité financière pour le Congo et le Rwanda. D’ailleurs, la Banque Mondiale a dégagé un budget de 3 millions de dollars dans ce but. Malheureusement, l’instabilité politique de la région a considérablement ralenti les études de faisabilité de cette exploitation énergétique.  

Chaque année une centaine de personnes sont victimes des émanations de CO2 le long de la rive nord du lac. Les récits de nageurs qui se retrouvent à bout de souffle ou qui sont pris de vertiges sont très nombreux. Il n’est donc pas surprenant que le nombre de noyades soit élevé, en particulier parmi les enfants au cours de la saison sèche. En effet, la tradition veut que ce soit eux qui aillent chercher l’eau du lac pour leurs familles. Beaucoup ne savent pas nager et sont victimes des émanations de gaz. La meilleure protection serait bien sûr d’alimenter correctement la ville de Goma en eau potable. Là encore, les conflits ethniques qui minent la région risquent de retarder considérablement la mise en place des canalisations….

Source : The New York Times.   

Bientôt un nouvel océan en Ethiopie?

Une étude récente sur le rift africain vient de confirmer l’hypothèse déjà émise par Haroun Tazieff dans les années 1950 : si le rift qui déchire l’Afar continue à s’élargir, il y a de fortes chances pour qu’un nouvel océan naisse dans cette partie du monde.

 

En septembre 2005, une nouvelle fracture s’est ouverte dans l’Afar, accompagnée par l’éruption avortée du volcan Dabbahu, à l’extrémité nord du rift. En effet, le magma n’a pas atteint la surface pour jaillir en fontaines de lave. Au lieu de cela, il s’est refroidi et solidifié en profondeur pour former une structure en forme de dyke dont le soulèvement a fracturé la surface et donné naissance à une faille de 500 mètres de long et 60 mètres de profondeur.

 

En analysant la séquence d’événements sismiques qui a accompagné la naissance de cette faille, des chercheurs américains et éthiopiens ont apporté une nouvelle preuve de la formation d’un rift continental généré par l’écartement des plaques arabique et africaine. Ils ont montré en particulier que la naissance d’un rift ne s’étalait pas forcément sur une très longue période comme en Islande. Leur étude révèle que la formation de dykes peut s’effectuer sur des étendues plus grandes et sur des périodes beaucoup plus courtes.

 

Même si le rift du Mont Dabbahu se situe encore à des centaines de kilomètres à l’intérieur des terres, il n’est pas impossible qu’il continue à s’élargir et à s’étirer. Avec l’écartement des plaques arabique et africaine, il finira par ressembler à la morphologie de la Mer Rouge. Au final, lorsque le rift atteindra la côte orientale de l’Ethiopie, il sera envahi par la mer. Même si ce processus est  plus rapide que dans d’autres parties du monde, les chercheurs éthiopiens et américains pensent qu’il prendra au moins 4 millions d’années dans cette région. Toutefois, il ne faut pas oublier que d’autres zones de l’Afar se trouvent en dessous du niveau de la mer et pourraient être plus rapidement envahies par la mer si une fracturation similaire de l’écorce terrestre s’y produisait.

Source : The New Scientist.