Les gaz du Lac Kivu (République Démocratique du Congo)

Située sur les berges du Lac Kivu, la ville de Goma est confrontée à de nombreux dangers tels que les rebellions armées, la famine et les éruptions du Nyiragono ou du Nyiamulagira. Mais un autre danger, beaucoup plus sournois, menace aussi la population. D’énormes poches de gaz carbonique et de méthane sont prisonnières des eaux du lac et débordent parfois sur ses rives. Un journal congolais raconte l’histoire d’un homme qui a voulu dormir dans un fossé, mais ne s’est jamais réveillé, probablement tué par une poche invisible de gaz carbonique, appelée mazuku ou « mauvais vent » en swahili.

En 2002, l’éruption du Nyiragongo a fait renaître l’intérêt pour les réserves gaz qui sommeillent sous la surface du lac : 380 milliards de mètres cube de CO2 et 60 milliards de mètres cubes de CH4. Le danger, c’est que ces gaz risquent d’atteindre le point de saturation et s’échapper du lac, provoquant un désastre semblable à celui du lac Nyos au Cameroun. Selon les scientifiques, cette évolution peut prendre des siècles, peut-être moins, sans oublier qu’une éruption du Nyiragongo ou du Nyamulagira est susceptible d’accélérer le processus.

Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, l’extraction de ces gaz représente une opportunité financière pour le Congo et le Rwanda. D’ailleurs, la Banque Mondiale a dégagé un budget de 3 millions de dollars dans ce but. Malheureusement, l’instabilité politique de la région a considérablement ralenti les études de faisabilité de cette exploitation énergétique.  

Chaque année une centaine de personnes sont victimes des émanations de CO2 le long de la rive nord du lac. Les récits de nageurs qui se retrouvent à bout de souffle ou qui sont pris de vertiges sont très nombreux. Il n’est donc pas surprenant que le nombre de noyades soit élevé, en particulier parmi les enfants au cours de la saison sèche. En effet, la tradition veut que ce soit eux qui aillent chercher l’eau du lac pour leurs familles. Beaucoup ne savent pas nager et sont victimes des émanations de gaz. La meilleure protection serait bien sûr d’alimenter correctement la ville de Goma en eau potable. Là encore, les conflits ethniques qui minent la région risquent de retarder considérablement la mise en place des canalisations….

Source : The New York Times.