Le Merapi: un volcan et des hommes

Alors que le bilan de l’éruption du Merapi est actuellement de 324 morts, on peut se poser une double question : pourquoi le volcan a-t-il tué autant de personnes et pourquoi les autorités n’ont-elles pas mis en place plus tôt une zone de sécurité de 20 km, au lieu de le faire par étapes, avec le résultat que l’on sait ?

Aujourd’hui, tandis que la fureur du Merapi décline chaque jour un peu plus, le volcanologue indonésien responsable de la surveillance du volcan essaye d’expliquer les difficultés qu’il lui a fallu affronter pour convaincre la population de fuir le danger.

Dès le 25 octobre, les volcanologues indonésiens avaient élevé le niveau d’alerte à son maximum car ils avaient réalisé que le Merapi avait accumulé une énergie considérable et qu’une éruption était imminente même si, contrairement à l’accoutumée, on ne voyait pas croître un dôme incandescent à son sommet. Cette absence d’incandescence a fait croire aux villageois qu’une éruption n’était pas sur le point de se produire et qu’il n’y avait donc aucune raison de partir.

Malheureusement, le 26 octobre, le lendemain de l’alerte maximale, le Merapi entrait en éruption avec des nuées ardentes dévastatrices et mortelles. Pourtant, le pire restait à venir et le 5 novembre des coulées pyroclastiques encore plus puissantes faisaient monter en flèche le nombre de morts et de personnes gravement brûlées.

On peut se demander pourquoi, à ce moment-là, autant  de villageois étaient encore présents sur le volcan. Le responsable de la surveillance du Merapi indique que le problème est moins une affaire de prévision éruptive que de communication avec la population. La relation entre cette dernière et le volcan est très différente de celle que l’on trouve dans des pays comme les Etats-Unis, par exemple. En effet, la plupart des habitants qui vivent sur les flancs du Merapi pensent connaître les humeurs de leur volcan et ne tiennent donc pas compte de l’avis des volcanologues. Ils se fient à leur intuition, à une espèce de sixième sens qui leur fait croire que la montagne peut être comprise et domptée. Se référant à ce type de croyance, les volcanologues locaux parlent de vaudou, un mélange d’animisme et d’hindouisme qui existait avant l’arrivée de l’Islam en Indonésie. Un contact français en Indonésie m’expliquait récemment que certains de ses amis javanais étaient persuadés qu’un homme-démon vivait à l’intérieur du Merapi. D’autres habitants affirment que l’éruption du volcan a permis expier les pêchés de certains de leurs concitoyens.

L’autre élément à retenir est le lien qui unit les Indonésiens à la terre. Les pentes du Merapi sont extrêmement fertiles. Les volcanologues doivent en permanence veiller à maintenir un équilibre : mettre les gens hors de danger d’une part, mais en même temps leur permettre de rester le plus longtemps possible dans leurs fermes. Si l’on évacue les gens très longtemps et qu’une éruption ne se produit pas, la crédibilité des volcanologues est vite mise en cause et leurs prévisions sont laissées pour compte. C’est pour cela qu’il faut procéder avec beaucoup de doigté, ne pas hésiter à convoquer les chefs des villages, leur expliquer que le volcan va entrer en éruption et qu’il faut convaincre les personnes sous leurs ordres de quitter les lieux. Les efforts des volcanologues se heurtent aussi à la confiance des habitants vis-à-vis du gardien du Merapi. Cette fois, Maridjan avait refusé de quitter sa demeure mais avait demandé aux autorités de faire évacuer les gens de son village. Certains ont accepté, d’autres sont restés avec le gardien et sont morts près de lui. 

Il y a aussi la rumeur. Les villageois du Merapi font volontiers confiance à l’opinion de leurs voisins ou aux animateurs de la radio locale qui se prennent pour des volcanologues et font des prévisions hasardeuses sur le comportement du volcan.

Tout cet univers rend donc quasiment impossible une évacuation immédiate et à grande échelle des zones menacées par les coulées pyroclastiques. Quand on examine la situation depuis l’Europe, on se dit que l’ampleur de la catastrophe était prévisible car le volcan avait déjà tué des dizaines de milliers de personnes dans le passé. On se dit qu’il aurait fallu, d’emblée, mettre en place une zone de sécurité de 20 km autour du monstre. On se dit qu’il aurait fallu décréter la loi martiale dès le 26 octobre et demander à la police et à l’armée d’évacuer de force la population sur les flancs du volcan. Malheureusement, de telles mesures radicales sont envisageables sur des volcans américains ou japonais, mais pas en Indonésie où, comme on vient de le voir, de nombreux autres paramètres doivent être pris en compte. Ceux qui seront présents lors de la prochaine éruption du Vésuve réaliseront vite que, même en Europe, la situation est difficile à gérer lors d’une éruption majeure et que les mesures d’autorité se heurtent à de nombreux obstacles !  

Tungurahua (Equateur)

drapeau francais.jpgUne éruption soudaine du Tungurahua a envoyé une colonne de cendre à plus de 7 km dans le ciel. Selon l’Institut Géophysique, l’événement s’est produit lundi à 22h35 avec des matériaux incandescents qui ont jailli dans les airs avant de retomber sur les pentes du volcan. La colonne de cendre était verticale et parcourue d’éclairs. La première séquence éruptive, relativement puissante, a été suivie d’autres de moindre importance.

L’éruption a été confirmée par la chaîne de télévision  Latin America’s News in English:

 http://news.ntn24.com/news/112410-ecuador-volcano-spews-vapor

 

drapeau anglais.jpgA sudden eruption of the Tungurahua volcano sent a column of ash more than seven km into the sky. According to the Geophysical Institute, the eruption occurred at 10:35 pm on Monday and the incandescent material shot into the air and then descended onto the slopes of the volcano. The powerful eruption was followed by smaller ones. The column of ash from the first eruption was vertical and flashes of light could be seen inside it.  

The eruption was confirmed by the TV channel Latin America’s News in English:

 http://news.ntn24.com/news/112410-ecuador-volcano-spews-vapor

Bromo (Ile de Java / Indonésie)

drapeau francais.jpgL’activité du Bromo est en train de décliner mais le niveau d’alerte est maintenu au maximum. Les volcanologues indonésiens pensent que cette recrudescence récente d’activité n’annonce pas forcément une éruption à court terme mais indique que de l’énergie est en train de s’accumuler sous le volcan.

Les villageois qui habitent à proximité du Bromo continuent à vaquer tranquillement à leurs occupations. Ngadisari est seulement distant de 2 kilomètres du volcan. Comme le montrait la photo de ma note d’hier, les habitants sont persuadés qu’ils sont en sécurité car ils procèdent à des prières rituelles tous les Legi (Legi est le premier jour de la semaine javanaise qui en compte cinq) et déposent des offrandes de jenang et tamping, deux plats locaux à base de riz, sur la lèvre du volcan. 

Source : The Jakarta Post.

 

drapeau anglais.jpgThe volcanic activity of Mount Bromo has decreased from a day ago but its current highest alert status has not changed. According to Indonesian volcanologists, the increasing seismic activity at the mountain did not necessarily mean there would be an eruption soon, but rather could imply a building up of energy that could trigger a larger eruption at a later date.

People living near Mt. Bromo volcano are going about their daily activities with an air of calm. Located 2 kilometres away, Ngadisari is the closest village to the volcano. Confirming the photo I inserted yesterday, the villagers say they are feeling felt safe from the volcano because they are holding ritual prayers every Legi (Legi is the first day of the Javanese five-day week), bringing offerings of jenang  and tamping, two rice-based dishes onto the crater rim..

Source : The Jakarta Post.

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Bouche éruptive dans le cratère du Bromo.
(Photo: C. Grandpey)

Tazieff, le joueur de feu

En furetant dans la librairie du festival photo de Montier-en-Der, j’ai découvert un livre fort intéressant publié au cours du premier trimestre 2010 aux éditions Sang de la Terre. Intitulé Tazieff, le joueur de feu, il retrace la vie du célèbre volcanologue aujourd’hui disparu. Selon Roger Cans, son auteur, l’ouvrage n’est pas une biographie « autorisée ». Il est « une entreprise qui ne relève que de l’auteur et de son éditeur ». Je dois dire que j’ai pris un réel plaisir à dévorer le livre et apprécié le style qui se marie bien avec la personnalité de Tazieff. On y retrouve les principales étapes de sa vie en tant que volcanologue mais l’ouvrage dévoile aussi des épisodes de sa vie sentimentale. Frédéric Lavachery, son fils, pense que Roger Cans a « bien senti et rendu le personnage ». Je suis d’accord avec lui quand il m’écrit que « le vrai défaut du livre est l’absence de caractérisation du travail scientifique conduit, impulsé ou induit par Garouk ».

A noter que Tazieff le joueur de feu est en fait une deuxième édition. La première comportait beaucoup d’erreurs qui ont été largement corrigées. Lors de la conception de la deuxième édition, Roger Cans a contacté Frédéric Lavachery, ce qui a permis de corriger le tir. Néanmoins, la deuxième édition comporte encore certaines erreurs. Avec l’accord de l’auteur et de l’éditeur, Frédéric Lavachery a rédigé une feuille de corrections qu’il tient à la disposition des personnes qui seraient intéressées. ( Frédéric Lavachery – 43430 Chaudeyrolles).

  

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