Suite au violent séisme qui a détruit la ville d’Aquila dans les Abruzzes, une polémique est née après qu’un chercheur de l’Institut de physique nucléaire – Gioacchino Giuliani – ait déclaré qu’il avait prévu l’événement, en s’appuyant en particulier sur les émissions de radon.
Il prétend avoir mis au point un moyen de prévoir les séismes vingt-quatre heures à l’avance grâce à un système baptisé «précurseur sismique», qu’il aurait breveté. Guido Bertolaso, patron de la protection civile italienne, en a réfuté toute crédibilité scientifique, accusant l’inventeur de vouloir semer la panique dans la population.
Cette situation appelle plusieurs remarques. La première c’est que le plus urgent après une telle catastrophe, ce n’est pas de polémiquer mais de porter très rapidement secours aux personnes prises sous les décombres et qui peuvent être sauvées. Tout le monde sait que chaque minute est importante, voire vitale.
Je ne connais ni Gioacchino Giuliani, ni le système qu’il prétend avoir mis au point. Toutefois, pour que son invention soit crédible, il faudrait qu’elle ait fait ses preuves dans plusieurs circonstances et de manière irréfutable. Prévoir un seul tremblement de terre ne suffit pas. Il faut en avoir prévu plusieurs dans différents points du monde, ce qui ne semble pas avoir été le cas. A l’heure actuelle, la prévision des séismes est au niveau zéro. Comme le faisait remarquer un sismologue sur FR3, les scientifiques américains ont étudié les séismes qui se produisent très fréquemment le long de la faille de San Andreas en Californie, mais ils n’ont jamais pu tirer des conclusions permettant de prévoir ne serait-ce que l’un d’entre eux. Quand on connaît les moyens dont disposent les Américains, on comprend très vite que le problème n’est pas près d’être résolu.
Il en va d’ailleurs de même dans le domaine volcanique. Ce n’est pas parce que l’on a été capable de prévoir une éruption que l’on peut dire que l’on est capable de prévoir toutes les éruptions, comme le prétendent certains. Certes, la volcanologie a fait des progrès, mais il reste beaucoup à faire !
Pour terminer, il n’est pas surprenant de voir qu’un scientifique indépendant se heurte aux autorités scientifiques nationales qui n’admettent pas qu’un olibrius vienne marcher sur leurs plates-bandes. Haroun Tazieff en est le meilleur exemple. Ce comportement semble propre aux pays latins, que ce soit la France ou l’Italie, où prévalent sectarisme et jalousie entre les laboratoires. C’est très différent aux Etats Unis où les cachotteries ne sont pas de mise. Me concernant, j’ai toujours été bien accueilli en Amérique, que ce soit par l’USGS de Vancouver ou l’HVO à Hawaii où l’on m’a accordé un permis de travail sur le Kilauea en me demandant, en retour, de faire part du résultat de mes observations.
Faille de San Andreas dans la plaine de Carrizzo en Californie (Photo: C. Grandpey)
