Un petit tour en Ardèche…

Comme c’est la tradition à la Pentecôte, L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) vient de tenir son Assemblée Générale. Le site choisi était celui de Vogüe, près de Vallon-Pont d’Arc dans l’Ardèche. Le volcanisme de cette région est très ancien car les dernières manifestations éruptives ont eu lieu il y a au moins 100 000 ans. Les géologues s’en donnent malgré tout à coeur joie. N’étant pas attiré par les très vieilles pierres, je me contente d’écouter les explications des spécialistes en essayant de retenir les propos qui me paraissent les plus intéressants et en relation possible avec des phénomènes plus récents. Mon approche des volcans endormis (je n’aime pas trop dire qu’ils sont éteints car on a connu des surprises dans le passé!) est un peu celle d’Haroun Tazieff qui disait qu’étudier un volcan éteint revenait, pour un médecin, à ausculter un mort…
S’agissant de l’association, elle est en bonne santé et les 140 adhérents présents sont repartis satisfaits. Vous trouverez tous les détails utiles concernant L.A.V.E. sur le site: http://www.lave-volcans.com.

J’ai profité de mon séjour en Ardèche pour aller jeter un coup d’oeil à l’exposition consacrée à la Grotte Chauvet à Vallon-Pont d’Arc. Pour des raisons évidentes de préservation, la grotte ne se visite pas mais les clichés présentés au public montrent la richesse des dessins qui ornent ses parois. Il s’agit d’une découverte majeure à l’échelle mondiale.

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Le neck volcanique de Sceautres (Ardèche)

[Photo: C. Grandpey]

Une « cordée de la réussite » à Vulcania!

Lancées le 18 novembre 2008 dans le cadre de la Dynamique Espoir Banlieues par la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et par la Secrétaire d’Etat en charge de la politique de la ville, les « cordées de la réussite » ont pour objectif de promouvoir l’égalité des chances et la réussite des jeunes issus de milieux défavorisés face à l’entrée dans l’enseignement supérieur, et notamment dans des filières d’excellence comme les Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles.

 

L’une de ces « cordées de la réussite » a été mise en place au Lycée Turgot de Limoges (http://www.lyc-turgot.ac-limoges.fr/) et le chef d’établissement m’a demandé si j’accepterais de parrainer cette initiative conjointement avec un universitaire québécois. Ayant enseigné pendant de nombreuses années en classes préparatoires, j’ai accepté cette proposition. Mon rôle consistait à faire découvrir à de jeunes élèves la volcanologie au travers d’images recueillies sur le terrain et de les conduire à Vulcania, au cœur de l’Auvergne.

 

Les jeunes et leurs accompagnateurs sont revenus très satisfaits de leur journée auvergnate. Il est vrai que l’encadrement des groupes par des guides charmants et très compétents – un grand merci à Fabrice et Laurent – a largement contribué au succès de cette visite de Vulcania. Les manipulations, aussi simples soient-elles, qui ont été proposées aux collégiens et lycéens sont excellentes.

 

Le site de Vulcania appelle toutefois un certain nombre de remarques de ma part. Cette infrastructure a tout d’abord été créée pour être un centre de culture scientifique autour du volcanisme, mais elle est aujourd’hui devenue davantage un parc d’attraction destiné à divertir des touristes en mal de sensations. On est bien loin du rêve caressé par les regrettés Katia et Maurice Krafft et leur projet de musée du volcanisme à l’intérieur du Puy de Dôme! L’exposition qui leur est consacrée constitue toutefois l’un des pôles intéressants de Vulcania. J’espère personnellement qu’une salle identique sera dédiée à Haroun Tazieff dans les prochains mois ou les prochaines années. Par leur charisme et leurs films, ces trois volcanologues ont joué un rôle majeur dans la vulgarisation de la volcanologie. Ils ont laissé un grand vide derrière eux et, à l’heure actuelle, personne n’a réussi à le combler.

 

Comme je l’ai déjà signalé, un défaut majeur de Vulcania est la qualité médiocre de bon nombre d’images proposées. Nous sommes loin de la Haute Définition ! Quelle différence avec le Kennedy Space Center que j’ai visité il y a quelques semaines en Floride! S’agissant des films, on baigne davantage dans l’ambiance de réalisations comme Le Pic de Dante, Volcano ou L’Age de Glace que dans la réalité volcanique de l’Etna ou du Kilauea !! Il faudra que l’on m’explique pourquoi les guides précisent (avec raison) que le Puy de Dôme et les autres volcans du même type sont des volcans monogéniques qui n’entreront plus en éruption alors que le film « Le Réveil des Volcans d’Auvergne » simule le Géant d’Auvergne – ou l’un de ses voisins immédiats – en train de déverser des coulées pyroclastiques !!! Cherchez l’erreur !!

 

Je ne voudrais pas être critique à 100%. Certains pôles comme la reconstitution de bassins hydrothermaux ou la forêt de fougères arborescentes sont dignes d’intérêt. Pourtant, en sortant du bâtiment et en regardant le fond de la pseudo Bocca Nuova de l’Etna, je me disais que je n’avais encore jamais vu de bouches souffleuses de flammes (avec relents de gas-oil!) au fond du modèle sicilien ! Les grondements émis sont pourtant assez authentiques. Quant au geyser, il ressemble davantage au jet d’eau de Genève qu’aux jaillissements de Yellowstone! Il est vrai que ces défauts échapperont à la plupart des visiteurs qui n’ont jamais eu l’occasion d’arpenter les pentes de volcans actifs.

 

Au bout du compte, même si Vulcania mérite le détour, je trouve personnellement que la visite du Puy de Lemptégy – «  Le volcan à ciel ouvert » situé de l’autre côté de la route – présente une plus grande authenticité en permettant de pénétrer au cœur même du volcan dont les projections avaient recouvert, il y a quelque 30 000 ans ….le site de Vulcania !

 

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La montre de Maurice Krafft s’est arrêtée le 3 juin 1991 à 15h18…
(Photos: C. Grandpey)
 

 

Eclairs volcaniques (suite)

En complément à ma note précédente sur les « éclairs volcaniques » et au commentaire de mon ami Jeffe Castan, je peux ajouter que la foudre et les éclairs sont des phénomènes relativement fréquents sur les volcans, même en dehors de périodes éruptives. L’Etna (Sicile) en est un parfait exemple. Ainsi, on peut voir des impacts de foudre au sommet de la Montagnola. La foudre frappe de préférence les zones où la lave est riche en fer. Dans l’une de mes Volcanecdotes*, je raconte comment un couple de jeune randonneurs a été tué par la foudre sur le volcan sicilien. Je recommande toujours de consulter la météo locale avant de grimper sur un volcan comme l’Etna. En effet, en plus de la foudre, le brouillard peut poser de sérieux problèmes. Les GPS de randonnée sont de précieux outils de repérage dans ce cas.

*Volcanecdotes sous forme papier est épuisé. Afin de satisfaire les demandes de plusieurs personnes, j’ai mis le livre sur CD. avec quelques images pour illustrer les chapitres.  Le prix reste le même. N’hésitez pas à me contacter par courrier électronique si ces anecdotes volcaniques vous intéressent.

Eclairs volcaniques

drapeau francais.jpgOn sait depuis fort longtemps que les éruptions volcaniques s’accompagnent d’éclairs mais ce n’est que récemment que les scientifiques ont commencé à installer des stations afin de pouvoir analyser cette activité électrique et étudier ses causes.

Au début de l’année 2009, l’augmentation de l’activité sismique sous le Mont Redoubt (Alaska) a attiré des chercheurs du Mexique et d’Alaska. Ils ont rapidement installé de petites stations équipées d’antennes VHF afin d’enregistrer les radiations émises par les décharges électriques des éclairs si une éruption venait à se produire. Deux mois plus tard, le Redoubt entrait effectivement en éruption et fournissait à l’équipe scientifique une très grande quantité d’informations.

Les chercheurs ont découvert qu’il existait une corrélation entre le nombre d’éclairs et la hauteur du panache, un phénomène qu’ils n’avaient pas été en mesure de tester auparavant car ils ne disposaient pas de suffisamment de données. Ils ont alors suggéré d’installer sur d’autres volcans, en particulier les moins accessibles, des stations VHF comme celles sur le Redoubt. Cela permettrait d’annoncer une éruption et d’avoir une idée de son importance.

Les informations recueillies ont aussi permis aux scientifiques de comprendre comment les nuages volcaniques s’électrifient selon les processus qui séparent les charges négatives et positives dans différentes régions du nuage. Comme lors des éruptions précédentes, ils ont mis en évidence deux types d’éclairs volcaniques : de petites décharges électriques au niveau de la bouche éruptive et des décharges beaucoup plus importantes plus haut dans le panache. Les deux types d’éclairs semblent avoir des origines différentes. Les décharges les plus faibles proviennent d’une électrification qui se produit quand la lave sort de la bouche et se trouve réduite en petites particules. Les éclairs dans le panache proprement dit sont probablement dus à la congélation de l’eau, phénomène qui, pense-t-on, électrifie les nuages pendant les orages. L’hypothèse de la congélation de l’eau a été confirmée par l’éruption de l’Eyjafjallajökull (Islande) en 2010. Les scientifiques ont alors découvert que les éclairs apparaissaient dans le panache uniquement lorsque la température au sommet du panache chutait en dessous de -20°C.

Le Met Office islandais a une approche différente des éclairs volcaniques : il utilise des stations situées pour la plupart en Europe et qui enregistrent les ondes radio de très basse fréquence. L’avantage de ce système est qu’il peut détecter les éclairs produits par les éruptions à plus de 10 000 km de distance alors que les systèmes VHF doivent être à proximité du volcan. En revanche, le système VHF bénéficie d’une meilleure résolution et il est capable de capter des décharges d’éclairs beaucoup plus faibles.

La meilleure solution serait probablement d’associer les capteurs VHF et les capteurs basse fréquence pour contrôler les éclairs et ainsi mettre en garde sur la présence de nuages de cendre.

Source : Nature.com.

 

drapeau anglais.jpgWe have known for a very long time that eruptions often trigger lightning storms, but researchers have only recently started to set up monitoring stations to capture that electrical activity and study its causes. In early 2009, seismic activity beneath Alaska’s Mount Redoubt provided an opportunity for a Mexican-Alaskan team. They raced to the mountain and set up four small monitoring stations with very high frequency (VHF) antennas to record the radiation from any lightning discharges. Two months later, Mount Redoubt erupted and the team was deluged with data.

The researchers found that the amount of lightning correlated with the height of the plume, something they could not test using more limited data collected previously. They suggested that VHF stations similar to the ones they installed at Mount Redoubt could be used to monitor other volcanoes, especially remote ones, to give early warning of an eruption and an estimate of its size.

The readings could also help researchers to determine how volcanic clouds become electrified through processes that separate negative and positive charges in different regions of the cloud. As in previous eruptions, the team found two different types of volcanic lightning: small bursts right at the mouth of the vent and much larger discharges higher up in the ash plume. The two may have different origins. The small bursts seem to stem from an electrification process that happens when the magma is emerging from the vent and breaking into small particles. But the lightning in the plume could relate to the freezing of water, which is thought to electrify clouds in thunderstorms. Support for the freezing hypothesis came from a study of the 2010 eruption of Eyjafjallajökull in Iceland. Scientists found that the lightning in the plume only occurs when the temperature at the top of the ash cloud dips below -20 ºC.

The Met Office uses a different approach to monitoring lightning: a network of stations located mainly in Europe that record very low frequency radio waves. The advantage of that system is that it can detect lightning from eruptions more than 10,000 kilometres away, whereas the VHF system must be within sight of the volcano. But the VHF system has much better resolution and can pick up weaker lightning discharges.

The best solution would probably be to combine both VHF and low-frequency sensors to monitor lightning and provide quick warning of dangerous ash clouds.

Source : Nature.com.

 

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Eclairs dans le panache de cendre du Chaiten (Chili) – Copyright: The Daily Mail.