La confusion qui règne en ce moment autour de l’éruption (ou la non éruption !) du Kelud est intéressante à plusieurs titres et suscite un certain nombre de réflexions.
Même si l’Indonésie n’est pas aussi bien équipée en instruments de mesure que d’autres contrées du monde (Hawaii par exemple), on se rend compte que les sismographes, thermocouples et autres tiltmètres installés sur le volcan n’ont pas permis d’établir un état des lieux fiable et susceptible de servir de point de repère à une opération d’évacuation de la population. Comme je l’indiquais précédemment, il est clair que l’évacuation des pentes du Kelud a été décrétée trop tôt, même si on ne peut pas vraiment reprocher aux autorités indonésiennes d’avoir usé du principe de précaution.
Cette évacuation trop précoce génère forcément des problèmes dans les camps de réfugiés. D’une part, il n’est pas évident de faire admettre aux gens qu’ils doivent rester aussi longtemps loin de leurs maisons et de leur travail. Quand on sait l’importance que revêt le travail des champs en Indonésie, la situation est encore plus difficile à gérer. Plus l’évacuation sera longue, plus les gens auront tendance à quitter les camps, avec tout le risque que cela comporte en cas d’éruption soudaine du volcan. D’autre part, s’agissant des camps proprement dits, il faut ajouter les problèmes sanitaires qui risquent de s’amplifier si l’évacuation dure trop longtemps.
L’alerte sur le Kelud révèle un autre point important : Beaucoup de gens refusent de quitter leurs habitations pour rejoindre les abris temporaires. En dehors de l’armée, de nombreux volontaires ont été engagés par les autorités locales indonésiennes ; leur rôle est d’aller convaincre les paysans du danger et de leur demander de ne pas rester chez eux. Or, dans de nombreux cas, comme le souligne le Jakarta Post du 5 novembre, les volontaires se voient opposer un refus catégorique, parfois sous la menace.
Ma dernière note insistait par ailleurs sur les intérêts politiques ou privés qui peuvent venir se greffer sur une telle situation d’urgence. Ce n’est pas une nouveauté et on avait déjà pu s’en rendre compte en 1985 lors de la catastrophe d’Armero en Colombie par exemple. La proximité d’élections en particulier peut jouer un rôle déterminant dans la prise de décisions des gouvernants.
Certes, l’Indonésie n’est pas l’Europe ou les Etats-Unis. La mentalité des gens est très différente. Les notions de vie et de mort n’ont rien à voir avec celles que nous connaissons. Toutefois, je suis certain de les problèmes que je viens d’énumérer ne manqueront pas d’apparaître le jour où un volcan comme le Vésuve entrera en éruption. A ce moment-là, ce ne sont pas 130 000 personnes qu’il faudra évacuer, mais des centaines de milliers. Les scientifiques européens seront-ils en mesure de faire mieux que leurs homologues indonésiens ? Ce n’est pas sûr ! Comme me le confiait il y a quelques années Franco Barberi, alors responsable de la Sécurité Civile italienne : « Si je donne l’ordre d’évacuer et qu’il ne se passe rien, on me prend pour un imbécile ; si je ne fais pas évacuer et qu’une catastrophe se produit, je vais en prison!»
Jour : 6 novembre 2007
Kelud (Ile de Java / Indonésie)
En lisant le Jakarta Post d’aujourd’hui, on apprend qu’une énorme dalle de lave refroidie trône – « telle une île » – dans le cratère du Kelud, au milieu des nuages de gaz. La dalle, d’une centaine de mètres de diamètre, provient de l’éruption de 1990 et c’est l’énergie actuelle du volcan qui l’a faite remonter à la surface. Selon le scientifique indonésien interviewé par le journal, cette dalle de lave pourrait avoir un effet positif : « empêcher le cratère de produire une terrible explosion ». Il rappelle cependant à la population qu’une éruption est toujours possible, mais que le volcan aura besoin de beaucoup d’énergie pour surmonter l’obstacle constitué par cette dalle de lave et, si une éruption devait survenir, elle serait moins dévastatrice. En revanche, si le volcan parvient à se débarrasser de la dalle de lave, « l’éruption sera très puissante ».
Reading today’s issue of the Jakarta Post, one learns that “a huge slab of cold lava resembling an island has appeared inside Mt Kelud’s rumbling crater, in the middle of billowing sulphuric smoke”. The slab, about 100 metres in diameter, is a remnant of the 1990 eruption and was pushed to the surface by the energy of the volcano. According to the scientist interviewed by the newspaper, the slab could have a positive effect “by preventing the volcano from producing e terrible explosion”. However, he reminds the population that an eruption is still possible but the volcano will need a lot of energy to overcome the obstacle of the slab of lava. Should an eruption occur, it will be less devastating. On the contrary, if the volcano manages to get rid of the slab of lava, “the eruption will be very powerful”.