Cumbre Vieja (La Palma) : une éruption de destruction massive // An eruption of mass destruction

Si vous comprenez la langue de Shakespeare, je vous conseille de lire un article publié le 22 octobre 2021 dans The Christian Science Monitor :

https://www.csmonitor.com/World/Europe/2021/1022/A-volcano-erupts-in-Spain-and-challenges-notions-of-recovery?icid=rss

L’article décrit la situation sur l’île de La Palma et surtout l’état d’esprit des habitants victimes de l’éruption du Cumbre Vieja. En découvrant le ressenti de certains qui ont tout perdu, vous comprendrez pourquoi j’ai décidé de ne pas aller assister à l’éruption. Il y a deux raisons à cela. Pour quelqu’un qui a eu la chance d’observer des fontaines de lave sur l’Etna à quelques centaines de mètres de distance et qui a marché sur le champ de lave actif à Hawaii, observer une éruption depuis 2 ou 3 km ne présente guère d’intérêt. Les webcams et leurs puissants zooms font très bien ce travail en fournissant des images et un son de bonne qualité, et les organismes scientifiques (IGN, Involcan, Pevolca) ne sont pas avares de données. De plus, à supposer que j’aie pu obtenir une autorisation d’accès, je me serais senti mal à l’aise en visitant des quartiers entiers détruits par la lave. Cela ressemble à du voyeurisme, un mot qui ne fait pas partie de mon vocabulaire. D’après la presse espagnole, l’éruption attire pourtant des foules de touristes, ce qui compensera un peu les pertes économiques. Il semblerait que les propriétaires d’hébergements en aient profiter pour faire grimper les prix…
L’auteur de l’article donne l’exemple d’un homme, victime de l’éruption, qui « a aidé autant qu’il a pu sa famille à quitter leur maison dans la précipitation pour échapper aux panaches de fumée grise et aux rivières de lave qui engloutissaient l’île. » Mais bientôt, la lave a englouti sa propre vie faite de souvenirs. « J’ai toujours pensé que ça allait s’arrêter. Mais ensuite l’église de la ville a été détruite, puis la maison de mon oncle, la maison de mes parents, les maisons de mon frère et de ma sœur. Le 20ème jour, la mienne a disparu elle aussi. »
Maintenant, cet homme et sa famille se retrouvent dispersés à travers l’île dans des logements temporaires, sans savoir quand, ni où, ils pourront revenir un jour. « Où irons-nous pour Noël ? Pour la nouvelle année? »
Son sort est celui de 7 000 habitants qui ont été forcés de quitter leurs maisons. Le Cumbre Vieja a détruit plus de 2000 structures et 906 hectares de terres qui étaient couvertes de bananeraies, de vignobles et d’avocatiers, les principales ressources économiques de l’île avec le tourisme.
Personne ne peut prédire quand l’éruption se terminera. La sismicité reste élevée et ne semble pas prête à baisser. Il se pourrait qu’il s’écoule des années avant que le sol se refroidisse suffisamment pour permettre la reconstruction. Beaucoup de personnes dont les maisons ont été englouties par la lave se demandent si elles auront un jour le courage de revenir.
Aujourd’hui, les insulaires comptent sur la solidarité des organisations caritatives, des églises, des militaires et des voisins qui se démènent pour préserver un sentiment d’appartenance. La Palma connaît une vague de bénévolat et de dons depuis les premières heures d’éruption du volcan. Les personnes ayant des résidences secondaires ou des chambres libres proposent leurs lits ; les hôtels, les centres de loisirs et les écoles offrent également des possibilités d’hébergement. Un tel élan de solidarité n’avait jamais été observé auparavant.
L’armée espagnole a, elle aussi, fourni des abris et des services d’urgence aux personnes déplacées. Les soldats travaillent dans la zone d’exclusion pour évacuer la couche de cendre, atteignant parfois 50 centimètres, qui s’est accumulée sur les toits des maisons, et éviter leur effondrement.
Même à distance, hors de la zone d’exclusion de 3 km, on entend les grondements assourdissants des explosions. Une habitante a déclaré : « C’est horrible; c’est comme avoir un avion dans la tête… Parfois, le volcan devient fou et la maison se met à trembler. Vous commencez à pleurer la nuit et pensez que c’est peut-être l’heure de partir. Je n’aurai nulle part où vivre. »
Les églises essaient d’apporter de l’aide. Depuis le début de l’éruption, celle de Tajuya est devenue un point de rencontre; elle reste ouverte 24h/24 et 7j/7. Les dons affluent du monde entier et les églises locales participent à la distribution des vêtements et des articles de toilette. Elles fournissent aussi un espace au sol pour dormir.
Les gens sont perplexes quant à leur avenir. Comme l’a dit une personne évacuée: « De quoi avons-nous vraiment besoin pour être heureux? » Certains habitants se sont déjà mis en tête qu’ils allaient revenir, tandis que d’autres ont l’intention d’aller s’installer en Espagne continentale et d’y commencer une autre vie…

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I invite you to read an article published on October 22nd, 2021 in The Christian Science Monitor:

https://www.csmonitor.com/World/Europe/2021/1022/A-volcano-erupts-in-Spain-and-challenges-notions-of-recovery?icid=rss

The article explains its readers what the situation is like on the island of La Palma and what people feel during the eruption ofthe Cumbre Vieja volcano. Discovering the residents’ feelings after they have lost everything, you will also understand why I have decided not to go to wattch the eruption On the one hand, watching an erption from a distance (2 or 3 km) is of little interest to a person who has observed lava fountains on Mt Etna drom a few tens of meters and walked on the active lava flows in Hawaii. The webcams with their powerful telelenses provide high quality images and sound. Moreover, supposing I had got a permit to do so, I think visiting the villages destroyed by lava amounts to some sort of voyeurism, a word that does not belong to my vocabulary. According to the Spanish press, the eruption is attracting crowds of tourists, which will somewhat offset the economic losses. It seems that accommodation owners took the opportunity to drive up prices …

The author of the article gives the example of a man who « frantically helped his family evacuate their homes in a rush to escape the spewing gray plumes of smoke and rivers of lava engulfing the island. But soon, it swallowed up his own lifetime of memories too. I always thought it was going to stop. But then the town church fell, my uncle’s house, my parents’ house, my brother’s and sister’s houses. On the 20th  day, mine fell as well.”

Now, he and his family have been dispersed across the island in temporary housing – with little idea of when they might return if ever. “Where will we go for Christmas? New Year’s?” he asks.

His fate has been met by 7,000 residents who have been forced from their homes. The Cumbre Vieja has since destroyed more than 2,000 structures and 906 hectares of land that used to be covered with banana, grape, and avocado plantations, the island’s primary economic resource along with tourism.

No one can predict when the eruption might end. Seismicity is still high and does not seem ready to decline. It could be years before the ground cools enough to rebuild, and many whose homes have been swallowed up wonder whether they will ever feel confident enough to return.

Today, the islanders are relying on the solidarity of local charities, churches, the military, and neighbours who are scrambling to preserve a sense of home. La Palma has seen a wave of volunteerism and donations since the volcano first erupted. People with second homes or extra rooms are offering their beds; hotels, recreation centers, and schools are also coming forward. Such relief work had never been seen before. “

The Spanish army has provided shelter and emergency services to displaced people, The soldiers are also working in the exclusion zone, removing ash that has piled up on roofs to heights of 50 centimeters, to prevent their collapse.

Even from a distance, out of the 3-km exclusion zone, one can hear the deafening booms of the explosion. Said one resident: “It’s horrid, like having a plane inside my head. … Sometimes the volcano goes berserk and the house starts to shake. You start crying at night, thinking maybe it’s your time to go. I’ll have nowhere to live.”

The churches are trying to bring some help. Since the eruption, the one in Tajuya has become a meeting point, remaining open 24/7. Donations have poured in from around the world, and local churches are collaborating to distribute clothes and personal care items and provide floor space to sleep.

People are perplexed about what to do now. As one evacuee said: What do we really need in order to be happy?” Some residents already have return on their minds while others intend to move to continental Spain and start another life there…

 

  La lave dans La Laguna le 21 octobre 2021 (Crédit photo: (Saul Santos / AP)

3 réflexions au sujet de « Cumbre Vieja (La Palma) : une éruption de destruction massive // An eruption of mass destruction »

    1. C’est tout à fait mon point de vue. C’est la raison pour laquelle j’en ai fait la synthèse.Dans une telle situation, c’est l’aspect humain qui prime, avec des gens qui ont tout perdu. Depuis le début de l’éruption, je me suis refusé à montrer des maisons en train de se faire détruire par la lave. Si c’était la mienne, je n’accepterais pas que des gens viennent prendre des photos et faire du voyeurisme.

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      1. L’aspect humain doit primer en effet.
        Merci pour eux.
        Merci pour ce que vous faites.
        Cordialement.

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