Le glacier Thwaites (Antarctique) inquiète jusqu’en Corse // Corsica worries about the Thwaites Glacier (Antarctica)

Comme je l’ai indiqué à de nombreuses reprises, la fonte du glacier Thwaites dans l’Ouest Antarctique inquiète les scientifiques et cette inquiétude est également ressentie en Corse où l’on redoute une hausse rapide du niveau de la mer dans les prochaines décennies. La sonnette d’alarme vient d’être tirée par un hydrobiologiste à l’Université de Corse, par ailleurs président du conseil scientifique du Parc naturel régional de la Corse (PNRC).

Le chercheur rappelle que le glacier Thwaites, avec 120 kilomètres de large et 600 kilomètres de long et par endroits 3 kilomètres d’épaisseur, a une superficie comparable à celle de la Floride. Il recule de 500 mètres par an en moyenne depuis deux décennies. De plus, comme je l’ai expliqué précédemment, une cavité de 10 kilomètres sur quatre vient d’être découverte par la NASA à la base du glacier suite à l’intrusion des eaux plus chaudes en provenance de l’océan. Cela correspond à 14 milliards de tonnes de glace fondue déversées dans l’océan.

Le pire scénario, serait que le glacier Thwaites se détache de son substrat rocheux et se mette à flotter. Une telle situation entraînerait une réaction en chaîne qui affecterait la totalité de l’Antarctique de l’Ouest car les systèmes glaciaires sont interconnectés. Un tel scénario provoquerait une hausse du niveau de la mer de plus de trois mètres.

Dès lors, la carte de la Corse serait à revoir et l’aménagement actuel du territoire serait remis en cause. Selon l’hydrobiologiste, les infrastructures aéroportuaires Ajaccio-Campo dell’Oro et Bastia-Poretta seraient menacées de fermeture et les pistes de la base aérienne de Solenzara seraient en partie, sous les eaux. Les dépôts pétroliers et gaziers de l’Arinella, de Lucciana, du Ricanto disparaîtraient du paysage.

Si ces prévisions pessimistes se confirmaient, le bilan serait lourd pour le secteur de la recherche aussi car la plateforme Stella Mare ainsi qu’une partie des bâtiments de l’institut d’études scientifiques de Cargèse risqueraient fort d’être submergés. Le coût des préjudices causés à l’économie locale serait considérable. Il faudrait compter environ un milliard d’euros pour les deux aéroports, 0,8 milliard pour les deux ports d’Ajaccio et Bastia, 1,2 milliard d’euros pour les stations d’épuration des eaux usées.

Selon l’hydrobiologiste, la priorité est de « limiter les émissions de gaz à effet de serre, et donc le réchauffement de la planète et la fonte des glaces ». La solution préconisée a toutefois ses limites. La plupart des climatologues s’accordent à penser que la montée des eaux est inéluctable, même en réduisant fortement nos émissions. Il faudra donc anticiper et s’adapter à ces bouleversements. Dans cette optique, le projet de recherche « Padduc Change – Puits de carbone : atout du développement durable de la Corse face au défi du changement climatique », sous l’égide de l’Université de Corse, pourrait constituer un outil efficace. Ce programme est destiné à évaluer la contribution d’écosystèmes clés présents en Corse à l’atténuation des effets du changement climatique.

Source : Corse Matin.

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As I have written many times, the melting of the Thwaites Glacier in western Antarctica worries the scientists and this concern is also felt in Corsica where one fears a rapid rise in sea level in the coming decades. The alarm bell has just been pulled by a hydrobiologist at the University of Corsica, also chairman of the scientific council of the Regional Natural Park of Corsica (PNRC).
The researcher recalls that the Thwaites Glacier, 120 kilometres wide and 600 kilometres long, and in places 3 kilometres thick, has an area comparable to that of Florida. It has retreated by 500 metres per year on average for two decades. In addition, as I explained previously, a 10-kilometre-wide cavity has just been discovered by NASA at the base of the glacier due to the intrusion of warmer waters coming from the ocean. This corresponds to 14 billion tonnes of melted ice discharged into the ocean.
The worst situation would occur if the Thwaites Glacier came off its bedrock and started floating. This would lead to a chain reaction that would affect all of West Antarctica because glacial systems are interconnected. Such a scenario would cause sea level rise of more than three metres.
Therefore, the map of Corsica would have to be reviewed and the current development of the territory would be questioned. According to the hydrobiologist, the airport infrastructures Ajaccio-Campo dell’Oro and Bastia-Poretta would be threatened with closure and the runways of Solenzara airbase would be partly underwater. The oil and gas storage areas of Arinella, Lucciana, Ricanto would disappear from the landscape.
If the pessimistic predictions were confirmed, the balance sheet would be heavy for the research sector as well because the research and service platform Stella Mare as well as a part of the buildings of the institute of scientific studies of Cargèse might become submerged. The cost to the local economy would be considerable. It would take about one billion euros for the two airports, 0.8 billion for the two ports of Ajaccio and Bastia, 1.2 billion euros for wastewater treatment plants.
According to the hydrobiologist, the priority is to « limit greenhouse gas emissions, and therefore global warming and melting ice. » The solution which has been advocated, however, has its limits. Most climatologists agree that rising water levels are inevitable, even if we reduce our emissions significantly. It will therefore be necessary to anticipate and adapt to these deep changes. With this in mind, the research project entitled « Padduc Change – Carbon sinks: an asset for sustainable development of Corsica in the face of the challenge of climate change », under the guidance of the University of Corsica, could be an effective tool. This program is intended to assess the contribution of key ecosystems present in Corsica to mitigating the effects of climate change.
Source: Corse Matin.

Glaciers de l’Ouest Antarctique (Source: NASA)

9 réflexions au sujet de « Le glacier Thwaites (Antarctique) inquiète jusqu’en Corse // Corsica worries about the Thwaites Glacier (Antarctica) »

  1. Bonjour Claude.

    Je cite votre post : Selon l’hydrobiologiste, la priorité est de « limiter les émissions de gaz à effet de serre, et donc le réchauffement de la planète et la fonte des glaces ».

    Bien.
    Mon choix est vite fait : entre un moteur essence (voiture de tourisme je précise) qui consomme 5,5 l/100 et un moteur diesel qui consomme 4,5 l/100 (même cylindrée) et hors tout autre argumentaire (au fait les derniers diésels émettent moins de particules fines que l’essence) il faut passer massivement au diésel… Le diésel a volume de carburant constant émet moins de CO2 que l’essence.

    Je pousse un peu loin le bouchon mais je pense à Corsica 🙂

    Bonne journée.
    Frédox.

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    1. Mieux ! Pour citer directement l’article de Corse Matin : «Les dépôts pétroliers et gaziers de l’Arinella, de Lucciana, du Ricanto disparaîtraient du paysage.» pour limiter le CO₂ parce qu’homo çapionce çapionce n’a pas le courrage de le faire lui-même, on se dit vraiment que la « nature » est parfois bien fichue… bon débarras !

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    2. Bonjour Frédox

      je ne pense pas et j espère que vous non plus
      que le recours massif au diesel soit LA solution

      et j espère
      surtout pour nos amis insulaires
      que vous ne serez jamais président d une république

      PS: les particules fines n ont jamais réchauffé personne

      Bonne nuit
      Jojo le jardinier

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  2. Pour info, il existe des dizaines de centrales nucléaires en bord de mer autour du monde. On ne sait toujours pas les démonter proprement et plus rapidement qu’en un demi siècle (voir Brennilis en Bretagne, où j’habite, arrêtée depuis 1985), donc bien plus de temps qu’il n’en faudra pour l’effondrement probable de Thwaites, et même les arrêter prend de 1 à 3 mois, c’est plus long que d’appuyer sur un simple interrupteur. J’ai écrit un article sur ce risque combiné aux super-tempêtes à venir (Irma et ses vents à 360 km/h en était un modeste avant-goût) sur docuclimat.com, en français, et sur le blog (onglet library) du site ScientistsWarning.org, en anglais, pour qui je traduis aussi des vidéos de sensibilisation. En bref, les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour être noyées sous plusieurs mètres d’eau (marées de tempêtes) soulevés par des vents à 500 km/h, se prendre des vagues de trente mètres de haut (le double du tsunami qui a frappé Fukushima daiishi), ni résister à l’impact de rochers de 2300 tonnes (comme les vestiges des tempêtes passées qui sont aux Bahamas à 20 mètres au-dessus du niveau de la mer) charriés du fond des océans par ces super-tempêtes. On a eu du bol avec Tchernobyl et avec Fukushima, mais cette chance finira par tourner si on n’envisage pas d’urgence un programme pour arrêter toutes ces centrales à risque, car « quand l’enfer se déchaînera » (when hell will break loose), pour citer le climatologue James Hansen, on ne maîtrisera plus rien du tout. J’en parle dans mes doléances d’écolo que j’envoie cette semaine au gouvernement, pour voir si leur flanquer la frousse en évoquant Thwaites et les super-tempêtes fait plus d’effet que les appels impuissants des scientifiques.

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    1. Bonjour,

      Je suis d’accord avec vous: notre société n’a pas pris la mesure des conséquences du réchauffement climatique avec l’accumulation d’événements extrêmes qui nous pend au nez. Vous avez raison d’insister sur le risque de submersion d’infrastructures particulièrement sensibles. J’ai très peur pour mes petits-enfants.
      Très cordialement,
      Claude Grandpey

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    2. Nos politiciens et leurs électeurs sont au courant depuis longtemps mais ils ne feront rien
      à part augmenter les taxes et faire la gréve (désolé pour Frédox et sa voiture diesel)

      car l échéance climatique dépasse celle de leurs mandats électoraux.
      Et les lobbys en place n ont pas d intérêts à ce que les choses changent.

      Et il est évident que lorsque le grain de sable climatique viendra bloquer les rouages du libéralisme, nous pauvres électeurs consommateurs ne seront pas prêt; ramenant le mot pouvoir d achat à un pauvre souvenir nostalgique

      Si on regarde la Terre comme un cellule vivante alors le réchauffement est un fièvre climatique et l humanité une maladie incurable.

      Ce bon Albert a dit un jour « Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue.  »

      JOJO LE JARDINIER un humain comme les autres

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  3. en tout cas un grand merci à vous M Grandpey
    pour votre excellent blog et le partage de toutes ces infos photos et analyses.
    Vraiment passionnant

    bonne continuation

    Jojo

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